DzActiviste.info Publié le lun 13 Août 2012

Pas de Président, pas de Parlement, pas de nouveau gouvernement

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Le président ? Absent depuis le 16 juillet dernier. Son Premier ministre ? Sa dernière apparition publique remonte à vendredi 20 juillet à Londres où, avec son épouse, il assistait à la cérémonie d’ouverture des JO de Londres ? L’Assemblée nationale ? Sitôt installée le 26 mai, ses députés se sont mis en congé d’été. Le nouveau gouvernement ? Il attendra. Mais en fait qui gouverne l’Algérie ?


Evacuons d’emblée l’Assemblée nationale. Depuis l’accession au pouvoir d’Abdelaziz Bouteflika en avril 1999, cette institution est devenue un parlement plus que croupion. Les députés ne décident de rien, votent à main levée toutes les lois présentées par l’exécutif et ne moufettent pas quand le président légifère par ordonnance. Ce qu’il a fait des dizaines de fois.
Evacuons ensuite le gouvernement et ses ministres. Depuis l’amendement de la constitution en novembre 2008, l’exécutif a été transformé en un simple appareil assujetti à la présidence. Le Premier ministre qui a perdu l’ensemble de ses prérogatives au profit du président a été réduit au rang de simple factotum.
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M. Ahmed Ouyahia, en poste dès juin 2008, ne décide de rien, n’engage aucune décision sans s’en avoir au préalable l’aval de la présidence. C’en est encore plus vrai que les réunions du gouvernement se font presque dans la clandestinité, sans que le contenu de ce qui s’y décide ne soit porté à l’opinion.
Reste le président ! Jamais depuis l’indépendance, l’Algérie n’a pas connu pareille situation de vacance des pouvoirs à la tête de l’Etat.
Si. Au cours de l’été et de l’automne 1978, le pays était plongé dans pareil état avec la maladie puis l’agonie de Houari Boumediene, mort en décembre 1978, mais la situation n’aura pas duré plus de 6 mois.
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A bien des égards, nous sommes donc en face d’un remake de 1978 mais avec une différence notoire. A l’époque du parti unique, cette vacance aura duré 6 mois. Boumediene a pris des vacances en Yougoslavie en juillet, il a été évacué en octobre en URSS, et tombé dans le coma en novembre et il est décédé en décembre.
Aujourd’hui, c’est comme si le pays était plongé dans un état comateux qui peut encore durer des mois tant que Bouteflika restera aux commandes du pays. Du moins jusqu’en 2014 date de la fin de son troisième mandat.
Wikileaks : Bouteflika le président qui n’aime pas les 99 % mais se contente juste de 90,24 %
A mi-chemin de ce troisième mandat, Bouteflika est devenu un président fantôme. Sa dernière sortie remonte au 8 mai 2012 à Sétif. Depuis, l’homme qui court sur ses 75 ans, s’est bunkérisé. Pas le moindre discours, pas la moindre sortie sur le terrain. Bouteflika ne s’adresse même plus à ce peuple qui l’avait réélu en avril 2009 avec 90,24 % des suffrages. Que dire alors de ces Conseils des ministres qui se tiennent une fois tous les six mois.
Pour donner un semblant d’existence à sa fonction, il accorde des audiences aux hôtes de son pays, se fait photographier sur le perron du palais de la Présidence, envoie des messages à ses compatriotes ou se fait représenter à l’étranger par de hauts responsables de l’Etat.
Son absence s’est doublée d’une autre : celle du gouvernement. Songez que depuis le mini-remaniement ministériel de mai 2012, celui-ci fonctionne en mode stand-by. Avec sept ministres qui cumulent des portefeuilles par intérim, dont certains relèvent des fonctions régaliennes de l’Etat, à l’exemple de celui de la Justice. Existe-il un seul pays civile au monde où le ministère de la Justice est géré par un intérim depuis 4 mois ?
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Mais ce n’est pas nouveau. En 1999, Bouteflika aura attendu 8 mois pour former son nouveau gouvernement annoncé le 24 décembre 1999. Mais même à l’époque, il y avait un gouvernement celui de Smail Hamdani qui remplissait correctement ses fonction. 
Ceux qui attendent donc la formation d’un nouvel exécutif peuvent prendre leur mal en patience.
C’est que le président Bouteflika gère les affaires du pays comme il a toujours pu gérer son itinéraire depuis qu’il a quitté ses fonctions de ministre des Affaires étrangères en 1978 : au gré de ses humeurs, selon son propre rythme, en fonction de son propre agenda. Ce mode de gouvernance s’est davantage accentué avec l’âge et la maladie du chef de l’Etat.
Affaibli par la maladie, âgé, coupé du contact avec ses compatriotes, le chef de l’Etat a de fait pris en otage l’Algérie d’autant plus qu’il aura réussi à monopoliser tous les centres de décisions en hyper-présidentialisant l’exercice du pouvoir.


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