DzActiviste.info Publié le mer 22 Oct 2014

Paul Van son : Pour l’Algérie, le renouvelable plutôt que le gaz de schiste

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Paul Van Son, Pdg du consortium Desertec Industrial Initiative (Dii)

Les énergies renouvelables représentent une opportunité sûre pour l’Algérie, estime Paul Van Son, Pdg du consortium Desertec Industrial Initiative (Dii) dans cet entretien accordé à Elwatan.com. Il revient aussi sur le changement de stratégies adopté suite à la tenue de la 5ème conférence à Rome ».

La 5ème Dii vient de se tenir à Rome. Quelle évaluation faîtes-vous de cette conférence ?

La transition énergétique vers les énergies renouvelables en Méditerranée nécessite une convergence des agendas de tous les acteurs de la région. Notre conférence, avec environ 200 participants politiques, industriels et scientifiques, a donné l’occasion de discuter des modalités de cette transition, et surtout des barrières qu’il reste à lever. Dans le cadre de la conférence a eu lieu l’assemblée générale des actionnaires de Dii, pendant laquelle s’est décidé que Dii, à partir de 2015, fonctionnera en tant que prestataire de services pour faciliter des projets d’énergies renouvelables concrets. Les domaines de services concernés seront par exemple les systèmes d’information géographiques pour définir des sites idéaux de développement de projets ou des analyses réglementaires. Les trois premiers actionnaires de Dii sous cette nouvelle forme sont l’entreprise saoudienne ACWA Power, la société allemande RWE et le gestionnaire de réseau chinois SGCC.

 

L’autorité européenne de l’électricité (ENTSO-E) a décidé de reporter à 2030, un projet d’interconnexion électrique avec l’Afrique du nord. Desertec Industrial et Initiative (DII) et neuf de ses partenaires ont dénoncé ladite décision. Pourquoi ?

Nous défendons l’idée qu’une transition vers les énergies renouvelables en Méditerranée, à long terme, nécessite une plus grande intégration des marchés de l’électricité de l’Europe, de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. L’Europe en a compris les avantages et avait inclus dans son plan de développement du réseau des interconnexions avec l’Afrique du Nord. Cependant, dans la nouvelle ébauche de plan (qui est révisée tous les deux ans), elle fait plusieurs pas en arrière, en prévoyant des interconnexions plus petites et en ne précisant pas l’année de réalisation. Nous pensons que l’Europe, au lieu de penser à court terme, devrait envoyer un signal fort aux entreprises du secteur sur les énormes opportunités qu’offrent les marchés MENA, en soutenant notamment des projets d’interconnexion.

 

Quel impact sur le développement des énergies renouvelables dans la région de l’Afrique du Nord ?

La vision de l’intégration des marchés est une vision à long terme. Dans un premier temps, les pays de la région MENA doivent développer leurs capacités renouvelables pour couvrir avant tout leur propre demande. L’Égypte a par exemple ces derniers temps de gros problèmes à couvrir sa demande et les pannes d’électricité sont récurrentes. Elle a donc tout intérêt à déploiement des technologies de production d’électricité renouvelables, indépendamment de l’existence d’un projet d’interconnexion avec l’Europe ou les pays voisins.

 

Bien avant la décision d’ENTSO-E, deux des principaux actionnaires et bailleurs du fond de Dii ( Bosch et Siemens) se sont retirés. Quel impact a eu ce retrait ? Et comment votre fondation compte aller de l’avant et réaliser les objectifs tracés lors de sa création ?

Il y a toujours eu des changements dans le cercle de partenaires de Dii, bien que le noyau, c’est-à-dire les actionnaires de Dii, soit resté jusqu’à maintenant relativement stable. Cependant cela va changer en 2015 avec la transformation de Dii en une société prestataire de services pour les énergies renouvelables. En fait, pour les actionnaires de Dii, une phase de travail de sensibilisation aux énergies renouvelables, d’analyse des marchés et d’élaboration de scénarios globaux se termine. Il est maintenant temps d’aller vers quelque chose de plus concret, en facilitant notamment des projets sur place. Voilà la raison pour laquelle ils ont décidé d’aller vers une plus petite organisation plus flexible et plus présente sur le terrain dans la région MENA.

 

La situation politique et sécuritaire qui prévaut dans certains pays de la région MENA n’entravent-t-elle pas l’avancée du projet ?

Au-delà de l’instabilité politique et sécuritaire de certains pays de la région MENA, ce sont surtout les barrières réglementaires et les subventions aux combustibles fossiles qui rendent aujourd’hui difficiles les investissements dans les énergies renouvelables. Au Maroc par exemple, les développeurs de projets et investisseurs attendent toujours la publication d’un décret d’application sur l’accès au réseau moyenne tension, sans laquelle un certain nombre de projets d’énergies renouvelables ne sont pas viables.

 

Quel est l’état d’avancement du projet avec l’Algérie ?

En Algérie, Dii et Sonelgaz ont démontré à travers une étude de faisabilité que les énergies renouvelables pourraient être compétitives dès aujourd’hui par rapport aux centrales à gaz algérien en prenant en compte le prix international du gaz. L’Algérie a déjà lancé une première tranche de projets photovoltaïques qui est maintenant en construction. Les énergies renouvelables représentent une opportunité sûre, durable et propre sur laquelle l’Algérie devrait se concentrer au lieu d’explorer les opportunités, très incertaines, du gaz de schiste.

Entretien réalisé par Mina Adel
El Watan 22 10 2014


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