DzActiviste.info Publié le sam 12 Oct 2013

«L’incertitude politique contraste avec le dynamisme que requiert le secteur des hydrocarbures»

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PIERRE TERZIAN. DIRECTEUR DE PETROSTRATÉGIES
El Watan, 9 octobre 2013

Pierre TERZIAN, directeur de Petrostrategies. Photo Jean-Christophe MARMARA / Le Figaro

Pierre TERZIAN, directeur de Petrostrategies. Photo Jean-Christophe MARMARA / Le Figaro

-Petrostratégies a récemment publié un article à propos de la situation du secteur des hydrocarbures en Algérie. Il est notamment question d’une incertitude politique qui affecterait l’évolution du secteur. En termes clairs, comment pourrait-on expliquer ce qui se passe aujourd’hui ?

Nous avons écrit cet article suite à l’appel de sociétés pétrolières abonnées à Petrostratégies, qui nous posaient cette question : «Que se passe-t-il en Algérie sur le plan politique ? Où est-ce qu’on en est ? Où va-t-on ?» Pour résumer toutes ces interrogations, on pourrait dire qu’elles se demandent s’il y a un pilote dans l’avion. Par rapport à l’aspect politique, les gens sont perdus, ils se disent que c’est opaque et qu’il y a surtout de l’incertitude. D’abord, en ce qui concerne la prochaine élection présidentielle, avec un Président qui est apparemment diminué. On parle de reconduction pour un nouveau mandat, d’une prorogation du mandat actuel ou de l’élection d’un nouveau Président. C’est assez rare qu’un pays, aussi près d’échéances électorales, offre une telle incertitude sur l’avenir.

Par contraste, nous voyons un secteur des hydrocarbures qui bouge. Il existe un certain dynamisme. Malgré une situation politique qui tourne au ralenti, une nouvelle loi sur les hydrocarbures a été publiée. De nouvelles découvertes sont réalisées et on s’attend à une augmentation de la production et des exportations. C’est un contraste assez saisissant entre, d’un côté, de l’incertitude et de l’opacité sur le plan politique, et même de la stagnation, et de l’autre, un secteur des hydrocarbures qui essaie de retrouver son dynamisme après être passé par une période, sous l’ancien ministre, caractérisée par des affaires très douloureuses, et qui ont conduit à une semi-paralysie de Sonatrach.

-Incertitude sur le plan politique, corruption et nouvelles menaces sécuritaires. Ne croyez-vous pas que ce sont autant d’éléments qui pourraient échauder les compagnies pétrolières dans la perspective du lancement d’un nouvel appel d’offres pour des blocs d’exploration en partenariat avec Sonatrach ?

Les sociétés internationales, pétrolières ou autres, sont d’abord soucieuses de la sécurité de leur personnel. Après l’attaque d’In Amenas, elles attendent que l’on donne des garanties sur ce plan-là. C’est la première des priorités. La seconde priorité a trait à l’existence d’un potentiel de découvertes en matière de pétrole et de gaz, car s’il n’y a pas de potentiel, ce n’est pas la peine d’y aller. En revanche, si le potentiel existe, les perspectives sont prometteuses et la sécurité est garantie, on prend le risque d’y aller, quand bien même il y a une incertitude politique. Mais à condition que ces incertitudes ne nuisent pas à la bonne marche des opérations. Il faut aussi que les conditions de rentabilité soient assurées. Les compagnies pétrolières raisonnent de cette manière : d’abord assurer la sécurité, ensuite vérifier le potentiel, et avoir un bon contrat et une bonne rentabilité. Elles peuvent vivre avec une certaine incertitude à condition que cela ne constitue pas une menace sur la poursuite des opérations.

-Le secteur des hydrocarbures a vécu ces derniers mois au rythme des annonces. Nouvelle loi sur les hydrocarbures et potentiel en matière d’hydrocarbures conventionnels et non conventionnels alimentent l’optimisme du ministre de l’Energie et des Mines, qui parle de doubler les capacités de production de l’Algérie. Pensez-vous que cet optimisme est justifié ?

Pendant plusieurs années, on pensait que les compagnies pétrolières se sont un peu désintéressées de l’Algérie, parce qu’on croyait que le potentiel en matière de découvertes n’était pas là, l’ancienne loi sur les hydrocarbures était dépassée. Dans ces conditions et comme les possibilités d’investissement sont extrêmement nombreuses dans d’autres pays du monde, il y a eu, durant quelques années, une sorte de désintérêt par rapport à l’Algérie. Aujourd’hui, grâce à la nouvelle loi et à des découvertes réalisées dans le conventionnel et le potentiel des hydrocarbures non conventionnels, il y a un énorme intérêt pour l’exploration et la production des hydrocarbures en Algérie. La question est de savoir si cet intérêt va se traduire par des engagements d’investissements et des contrats fermes, ou si la situation politique et sécuritaire ne posera pas d’entraves à ces investissements.

-Autrement dit, il existe un certain nombre de préalables aux investissements, comme la stabilité politique, juridique, la sécurité, la formation des compétences… Croyez-vous que ces préalables sont susceptibles d’être réunis aujourd’hui ?

Ce que l’on appelle stabilité en Algérie et que l’on oppose aux turbulences qui agitent le monde arabe est, du point de vue des sociétés pétrolières, appelé incertitudes sur l’avenir. Elles ont l’impression qu’il ne se passe rien sur le plan politique. Elles ont l’impression qu’il y a une opacité.

Roumadi Melissa


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