DzActiviste.info Publié le jeu 27 Déc 2012

Politique énergétique et valorisation des hydrocarbures : Pour un débat national et une gestion institutionnelle.

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La cacophonie sur les questions énergétiques continue….

Probable que tout cela n’est que manipulations et manœuvres pour rendre incontournable l’option de l’exploitation des gaz de schistes. D’autant plus que la gestion de ce secteur stratégique se fait dans l’opacité la plus totale. L’alarmisme orchestré ces derniers jours par les défenseurs de l’exploitation des gaz de schistes contraste avec le niveau des investissements envisagés pour assurer le renouvèlement de nos réserves[1].

Les questions énergétiques et pétrolières, en plus de toucher l’ensemble des secteurs de la vie du pays[2], engagent le sort de plusieurs générations. Elles ne peuvent plus être l’apanage de quelques décideurs fussent-ils les plus haut de la hiérarchie étatique.

Le diagnostic qui est distillé dans certaines déclarations rapportées par la presse ne peut être recevable en l’État, d’autant plus que le sujet connait un brouillage persistant qui ne peut qu’alerter sur l’existence de jeux occultes probablement liés à des intérêts inavouables. En témoigne cette série de faits :

  • Le premier ministre énonce quatre « vérités » différentes en moins d’un mois[3].
  • Le PDG de Sonatrach et son ministre de tutelle outrepassent leurs prérogatives de gestionnaires et engagent le sort même de la Nation, le plus souvent par des annonces faites dans des symposiums internationaux.
  • Le chef de l’État reste muré dans le mutisme malgré l’évaluation « alarmiste » que son gouvernement semble faire du seul secteur pourvoyeur de devises pour le pays.
  • Le parc immobilier s’étend sans prise en compte des impératifs de performance énergétiques et au détriment des terres agricoles.
  • La croissance à deux chiffres du parc automobile national est subie comme une fatalité, dans une totale passivité, sans qu’aucune contrainte particulière ne soit envisagée pour les motorisations essence et diesel[4].
  • Les énergies renouvelables continuent d’être le parent pauvre des partenariats envisagés avec nos voisins du nord.

En lieu et place d’un partenariat stratégique sur les renouvelables et le nucléaire, avec une France qui ne peut qu’être demandeuse, l’Algérie découvre, par la voix du ministre français des Affaires étrangères, que le Sud du pays va être à nouveau un champ d’expérimentation ! La France s’apprête à éprouver des « techniques » d’exploitation des gaz de schiste dans le grand sud.

Pour en être réduits à ce point, les officiels Algériens doivent faire face à une situation réellement alarmante, mais laquelle ? La question se pose. D’autant plus que le ministre de l’Énergie et des Mines promet l’extension du réseau de distribution de gaz aux zones rurales et montagneuses[5], le programme le doublement des capacités de production électrique et la construction de plusieurs raffineries ! Pour un pays dont la production énergétique décline, il faut reconnaître qu’il ne craint pas de multiplier des mesures qui ne manqueront pas de soutenir la progression rapide de la consommation intérieure d’énergie.

S’il y a de s’alarmer, c’est certainement de l’incompétence criarde des gouvernants algériens[6] qu’il faut le faire. Seulement, la cerise sur le gâteau c’est le désintérêt des patriotes et des démocrates devant ces questions. Il semble que les « combines » électorales au niveau des APC et de la chambre haute du parlement accaparent trop et parasitent leur attention.

Il est évident que cette situation doit cesser. Il faut que la politique énergétique et les choix pétroliers du pays soient définis et opérés dans un cadre institutionnel clair. Ce cadre est prévu par la loi, mais n’a jamais été mis en œuvre : c’est le Conseil National de l’Énergie. Sa mise en branle ne pourrait suffire pourtant. Un débat national doit impliquer l’ensemble des compétences nationales. Il doit être engagé de façon urgente.  La qualité et la pertinence des choix qui s’offriront au pays dépendront grandement de l’évaluation des options déjà opérées par le passé et de l’état réel des secteurs concernés. Toutes les compétences nationales doivent être associées à l’élaboration d’un livre blanc sur la politique énergétique du pays et ses choix gaziers et pétroliers.



[1] Selon l’agence d’informations économiques et financières, Bloomberg, l’Algérie troisième plus gros investisseurs pétrolier dans la région Afrique du Nord et Moyen-Orient pour les cinq prochaines années. Arabie saoudite (165 milliards US$), les Emirats arabes unis (107 milliards US$), l’Algérie (71 milliards US$

[2] Développement économique, sécurité nationale, environnement, aménagement du territoire, agriculture,…

[3] « L’Algérie n’a d’autres choix que d’exploiter les shale gas », « nous maitrisons de l’exploitation des gaz de schistes »; « l’exploitation doit intervenir à l’horizon 2020 », puis « on ne les pompera (Sic) pas avant 50 ans (resic) »

[4] Le gouvernement envisage l’implantation de nouvelles raffineries qui, en plus d’un impact environnemental majeur – ce sera le cas à Oued Souf -, induiront l’augmentation de nos importation pétrolières.

[5] Bientôt 90 % de la wilaya de Tizi-Ouzou selon une récente déclaration.

[6] Ils viennent de se faire enfariner dans l’affaire de l’atelier de montage par le constructeur automobile Renault Cet atelier de montage qui sera fonctionnel fin 2014 bénéficie d’une clause d’exclusivité de trois ans qui dans les faits assure un monopole de cinq années à l’usine de Tanger du même constructeur français sur les pays d’Afrique du Nord, du sahel, d’Afrique du Sud-Ouest et de Centre Afrique. Pour 24,5 million d’€, les négociateurs de Renault et Mr Raffarin méritent de rentrer dans le Guinness des records !

 


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