DzActiviste.info Publié le mar 5 Fév 2013

Politique énergétique : Le débat, tout le débat est essentiel !

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J’ai lu avec un certain intérêt l’interview parue dans l’édition du soir d’Algérie du 05 février 2013 sous le titre « LE DÉBAT SUR LE GAZ DE SCHISTES EST SECONDAIRE » ; il me semble que son contenu appelle quelques remarques qui, je l’espère, auront de l’intérêt  et aideront à faire avancer le débat.

 La première remarque se rapporte à la façon qu’a Mr MOHAMED BOUCHAKOUR de considérer le « débat sur les gaz de schistes ». L’absence de toute référence au débat qui est mené depuis des mois, notamment dans les colonnes du soir d’Algérie, doublée de l’occultation de la révision de la loi 07-05 régissant le secteur des hydrocarbures, surprend et interroge. Le propos de Mr le professeur se rapporte-t-il à ces échanges qui mettent aux prises le gouvernement promoteur de la nouvelle loi 07-05 à des citoyens inquiets des répercussions stratégiques, écologiques et économiques que draine ce projet gouvernemental ? Ou bien est-il dans un débat désincarné et éloigné de ces enjeux ? Parce qu’il faut bien le souligner, nous ne sommes pas, comme semble le croire Mr BOUCHAKOUR, face à un débat d’école ; mais bel et bien en présence d’une intense confrontation politique majeure en rapport avec des choix stratégiques déterminants.

La seconde remarque concerne le décalage flagrant qu’il y a entre les propos de Mr BOUCHAKOUR lorsqu’il aborde l’exploitation des gaz de schistes en Amérique du Nord, et lorsqu’il se rapporte au cas de l’Algérie. Après qu’il ait relevé, à juste titre, que seules des motivations stratégiques justifient l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels aux États-Unis et au Canada, et qu’elle n’a été possible que par la grâce aux subventions et facilités multiples accordées par ces gouvernements, il en vient à considérer qu’en Algérie cette exploitation serait acceptable à la condition que son financement se fasse par des capitaux non issus des hydrocarbures conventionnels ! Cela, non sans avoir avancé auparavant que « si vous comptez financer le projet gaz de schistes avec l’argent des hydrocarbures conventionnels qui sont plus compétitifs, c’est comme si vous meniez une opération de troc dont le solde financier ou énergétique est négatif pour vous. ».

Examinons la chose. Les capitaux algériens proviennent pour 99% de l’exploitation des hydrocarbures. Ce qui place, à tous les coups, notre pays dans le cas de « l’opération de troc ». Surtout, comme le signale Mr BOUCHAKOUR, que cette exploitation ne brille pas par sa rentabilité économique, comment dans ce cas attendre que des capitaux étrangers se portent sur de tels projets ? Il semble bien que nous soyons devant un cercle vicieux.

Mais il n’en est ainsi que par le fait que Mr BOUCHAKOUR opte pour une démarche théorique qui ignore délibérément la nouvelle loi 07-05 et ses innovations. Ce cercle vicieux n’existe pas. La nouvelle loi qui est sur le point d’être promulguée, reproduit si ce n’est à l’identique, en mieux, ce qui a court en Amérique du Nord. Comme il m’a été donné de le dire, la nouvelle loi 07-05 adopte, en faveur des opérateurs dans les gaz de schistes, un mécanisme de subventions honteuses et cachées :

  • Elle fait supporter à SONATRACH de manière exclusive les coûts faramineux liés au transport.
  • Elle lui fait obligation de pratiquer des « tarifs raisonnables » pour permettre l’accès à ses canalisations.
  • Elle ouvre le marché national pour que les gaz de schistes y soient écoulés au prix du marché international.
  • Elle accorde un régime fiscal très favorable aux exploitants de gaz de schistes, au détriment des recettes de l’État.
  • Enfin, elle restaure le système de concessions que les nationalisations de 1971 avaient banni.

Dès lors l’intérêt des États-Unis et du canada s’explique : le « miracle des gaz de schistes » qui en Amérique du Nord peut s’appréhender comme un « new deal moderne », une politique keynésienne qui se double, mondialisation oblige, d’une bulle financière, arrive à saturation et la seule façon de différer l’explosion de « la bulle des gaz de schistes » c’est de l’exporter (comme cela a été le cas avec la bulle des surprimes de l’immobilier). Or, cela demande un minimum de conditions auxquelles la nouvelle 07-05 semble s’être pliée. En attendant de recevoir le choc de l’explosion de la bulle des shale gaz, nous allons nous soumettre un mécanisme démentiel de transfert de nos ressources financières vers les exploitants de gaz de schistes.

Troisième et dernière remarque, elle concerne les deux concepts qu’avance notre honorable professeur : sécurité énergétique et sécurité financière. Leurs contenus sont fuyants et imprécis.

La sécurité énergétique conceptualise les choix possibles qui s’offrent à chaque pays ou à chaque ensemble régional pour s’assurer un approvisionnement énergétique garantissant le rendement économique. Cela inclut la définition d’un mixe énergétique, l’identification de sources d’approvisionnements, leur diversification, la sécurisation des voies d’acheminement ; le concept s’étend à l’élaboration de stratégies de stabilisations des prix sur le marché et d’amortissement des crises (Stocks stratégiques de l’AIE et plafonds de productions et capacités supplémentaires de productions de l’OPEP). Ce concept s’étend pour englober le développement des énergies renouvelables, ou l’amélioration de l’efficacité énergétique, ou encore les politiques de préservation de l’environnement et de limitation du réchauffement climatique. C’est donc un concept suffisamment cerné, au contenu transparent. Par contre la Notion de sécurité financière reste floue et imprécise. La compréhension de MOURAD BENHAMZA, qui a recueilli les propos de Mr BOUCHAKOUR me semble clarifier quelque peu ce qui peut être entendu par ce concept. Il dit « On a compris que la sécurité financière renvoie à un programme de développement économique global qui transcende tous les secteurs. », donc il s’agit de la diversification de l’économie nationale ? Supposons que c’est cela. Nous nous trouvons alors devant la problématique récurrente du lien entre mobilisation de la rente pétrolière et de la diversification de l’économie nationale. Le rapport entre les deux n’est de l’ordre de la priorisation, il est de celui de la complémentarité. Nous ne pouvons diversifier notre économie qu’en mobilisant au maximum nos ressources en hydrocarbures. Or, tant que le fonctionnement de l’État répond à des logiques despotiques, opaques, antidémocratiques, il ne sera pas possible de soustraire la gestion de la rente pétrolière aux logiques claniques. Il ne sera pas de la mettre au service du développement de la nation sans démocratisation et réinstitutionnalisation de l’État. La boucle est donc bouclée. Le débat sur les gaz de schistes est essentiel. Il pose la question du cadre de prise de décisions concernant des choix stratégiques. Il affirme la volonté de citoyens de s’impliquer dans ces choix. Il interpelle sur les dérives patrimonialiste du pouvoir en place, des dérives de privatisation de l’état et des richesses nationales.

Terminons par cette question, Mr BOUCHAKOUR semble croire que la stratégie énergétique nationale c’est un peu comme la prose de Mr Jourdain, « il faudrait arriver à en faire, sans palabrer » parce que selon lui « un débat sur une notion de nature aussi doctrinale risque de nous entraîner dans des discussions qui risquent d’être à la fois stériles et interminables. ». Alors, Mr Bouchakour comment font les autres Nations pour définir leurs stratégies énergétiques ?

Lire l’interview Içi


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