DzActiviste.info Publié le sam 2 Mar 2013

Pour le CRIF, il faut tuer le soldat Hessel

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par Henry Moreigne

vendredi 1er mars 2013 




Il fallait bien s’attendre à ce que dans le concert d’hommages autour de la disparition de Stéphane Hessel s’élèvent des voix discordantes. A peine la nouvelle connue, le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF), s’est fendu d’un communiqué violent destiné à débuter « un travail de déconstruction ». L’évocation d’une entrée possible au Panthéon a fait redoubler une vague de commentaires et d’articles haineux. En cause, le soutien, jamais digéré, de Stéphane Hessel à la cause Palestinienne.


Pierre Larrouturou, rapporte que l’un de des plus grands regrets de Stéphane Hessel, dont il était proche, était de ne pas être parvenu à construire la Paix entre Israël et la Palestine et qu’en décembre encore, il se demandait quelle initiative pouvait être prise pour ouvrir les yeux de ceux qui ne comprennent pas ce qui se passe en Palestine.

Stéphane Hessel avait cette élégance d’avoir dans le même temps une fermeté sur le fond et une humanité dans le dialogue. La brutalité de la réaction de certains milieux Juifs Français confirme l’ampleur du chemin à accomplir pour qu’une solution de paix durable émerge entre Israël et les Palestiniens.

Le communiqué signé par Richard Pasquier, Président du CRIF témoigne de passions qui dépassent la raison. « Nous pensons que la mise au pavois de Stéphane Hessel, malgré ses accommodements avec la vérité historique et sa faiblesse argumentative, en dit beaucoup sur le désarroi intellectuel de notre société et sur le rôle aberrant qu’y joue le marketing des individus qu’on transforme à bas prix en luminaires idéologiques. Stéphane Hessel fut avant tout un maître à ne pas penser. Son grand âge, son sourire, son apparente ingénuité, son indignation focalisée et ses poèmes surannés évoquaient un monde angélique, mais pavaient la route, certainement sans qu’il le voulût lui-même, aux véritables criminels tapis derrière l’enfer des bonnes intentions. Le travail de déconstruction de Stéphane Hessel sera effectué. Mais en ce jour de sa mort, nous voulons aussi retenir de lui qu’il fut un résistant courageux, un contributeur, modeste, mais réel, à la lutte pour les droits de l’Homme (y compris à l’époque des refuzniks) et un amoureux passionné des lettres françaises ». Fermez le ban.

Ce communiqué à la kalachnikov n’est pas un dérapage quelconque. Il constitue une fatwa contre la mémoire de Stéphane Hessel. Et le message a été reçu 5/5 si on parcourt une presse souvent à droite et les réseaux sociaux ou les règlements de compte tournent à plein.


Pour bien enfoncer le clou, le CRIF publie sur son site outre le communiqué officiel, une tribune de Pierre-André Taguief au titre explicite : « Stéphane Hessel, le faux grand homme ». Une phrase suffit pour donner le ton « La vraie question est la suivante : comment un individu dont la contribution à la vie intellectuelle et politique de la France est à peu près inexistante a-t-il pu, par son charme, les légendes qu’il a tissées autour de lui et un immense réseau de relations mondaines, devenir une icône de la République ? »

Revenons sur l’acte d’accusation contre Stéphane Hessel. La compilation n’est pas exhaustive : indignation sélective, participation très secondaire à la rédaction de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, usurpation de l’identité juive, antisémite notoire, bonhomme nauséabond …

Le cœur du procès repose sur une accusation. Il faut remonter à 2011. Stéphane Hessel projette d’organiser à l’Ecole Normale Supérieure avec Lïla Shadid une conférence débat sur la légalité du boycott des produits israéliens. Le CRIF fait pression et obtient l’annulation de la conférence par la directrice de l’école, Monique Canto-Sperber.

C’est décidé, pour le CRIF, il faut tuer (symboliquement) le soldat Hessel en salissant durablement son image. La machination est en route. Un article est publié le 3 juillet 2012 dans l’édition française du Huffington Post par Jacques Tarnero, membre du Cercle de l’oratoire. Il y est fait état d’une interview qu’aurait donné Stéphane Hessel au quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung du 21 janvier 2011 avant qu’on ne dise plus tard qu’il s’agit de propos provenant d’un entretien remontant à 2008, avec l’historien Jörg Wollenberg de l’Université de Brème. Comme par hasard, ces éléments sont introuvables. Il semblerait néanmoins que le texte de cet entretien de 2008, ait été publié dans un supplément à la revue « Sozial Geschichte Zeitschrift für historische. Analyse des 20 et 21. Jahrhunderts »

Tarnero sans jamais citer le passage du texte original en allemand attribue à Stéphane Hessel, dans une traduction arrangée, un propos volontairement polémique. « Aujourd’hui nous pouvons constater ceci : la souplesse de la politique d’occupation allemande permettait, à la fin de la guerre encore, une politique culturelle d’ouverture. Il était permis à Paris de jouer des pièces de Jean-Paul Sartre ou d’écouter Juliette Gréco. Si je peux oser une comparaison audacieuse sur un sujet qui me touche, j’affirme ceci : l’occupation allemande était, si on la compare par exemple avec l’occupation actuelle de la Palestine par les Israéliens, une occupation relativement inoffensive, abstraction faite d’éléments d’exception comme les incarcérations, les internements et les exécutions, ainsi que le vol d’oeuvres d’art. Tout celà était terrible. Mais il s’agissait d’une politique d’occupation qui voulait agir positivement et de ce fait nous rendait à nous, résistants, le travail si difficile. »

Un mot ou une tournure de phrase discrètement remodelée et le mal est fait. Semer dans les esprits que Stéphane Hessel a déclaré que l’occupation nazie fut en France assez douce et que l’occupation par Israël de territoires palestiniens est pire que l’occupation nazie. Ignoble mais efficace.

Source : AGORAVOX


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