DzActiviste.info Publié le sam 10 Août 2013

Pour ou contre les dé-jeûneurs ?

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Djameledine Benchenouf (@Facebook)

1012443_10200907398660331_1563420225_nUn ami a voulu savoir ce que je pensais de ces gens qui ont bouffé le ramadhan à Tizi Ouzou. En vérité, je n’en pense rien du tout, et je m’en fiche complètement. Mais comme mon ami m’a vraiment poussé à mes derniers retranchements, et qu’il a absolument cherché à savoir ce que je pensais, au fond de moi, dans les plis cachés de mes archives les plus intimes, alors je lui ai dit ceci:

« Ca m’a un peu interpellé parce que l’opération a été initiée, ou du moins récupérée, par des politicards haineux, qui l’ont reproduite, à l’identique, au Trocadéro, à Paris, avec discours, harangues, et tutti quanti. Ca a carrément viré à l’islamophobie primaire. Dans certains forums ll’intolérance à même changé de camp puisque ce sont les dé-jeuneurs qui ont pris à partie les jeuneurs, les traitant de tous les noms de chameaux, d’arabaisés, de muzz, d’engeance d’Allah, de gens qui puent du bec, et autres gracieusetés du genre. Mais bon ! IIl faut dire que depuis l’autre camp, ils n’ont pas été en panne d’imprécations non plus, voire même de menaces de mort.

Elle m’a un peu interpellé aussi, cette initiative qui se disait un sursaut républicain, parce qu’elle m’a rappelé l’opération « casse-croûte jambon-pinard » organisée par Riposte Laïque face au semblant de mosquée de la Goutte d’or. Elle y ressemblait comme deux gouttes de pinard, justement.

Sinon, pour le reste, ca m’indiffère totalement. Qu’ils bouffent, qu’ils bouffent pas…

Personnellement, quand j’étais jeune, je cassais ramdhane allègrement, comme la plupart des gens de mon âge à cette époque. Les wakalines ramdhane, à cette époque, étaient presque majoritaires, avant ce regain de religiosité qui allait déferler sur nos sociétés. Mais on mettait un point d’honneur à ne jamais manger devant ceux qui le faisaient. Non pas par hypocrisie, ou parce que nous en avions peur, mais par respect, parce que même si nous assumions nos attitudes, on ne voulait surtout pas faire chier le monde. Nous avions une façon particulièrement sympa de nous rebeller. Une attitude exempte de cette haine et de cette exécration qui déborde par tous les orifices aujourd’hui. Nous, on ne vociférait pas, et on aimait bien sourire, faire du stop et fumer des joints.

D’ailleurs, la mode à cette époque, ce n’était pas les rangers, les pantalons à demi-fesse, et les cheveux coupés à la brosse américaine, comme aujourd’hui. Nous, c’était les chemises à fleur, les cheveux longs, de grosses médailles représentant le rameau d’olivier sur la poitrine, et nous nous nourrissions, du matin jusqu’au soir, et du soir jusqu’au matin, de Bob Dylan, Joan Baez, Léo Ferré, El Anka, Fergani et Mustapha Zmirli, dont on écoutait « tafaddali ya anissa » en boucle. Notre slogan était « Peace and love »

Ce qui était remarquable en ces temps là était que d’un bord comme en face, nous nous distinguions par notre tolérance respective, les uns pour les autres. On vivait chacun sur une comète, mais nous préférions, les conservateurs comme les novateurs, nous occuper plutôt de nos propres affaires, et cultiver nos jardins respectifs, pluôt que d’aller tripatouiller dans des trucs qui ne nous regardaient pas, et même qui ne nous interessaient pas. On avait trop à faire avec nos propres rêves.
Les mini-jupes cohabitaient avec les mlayas et les haïks. Dans les mariages, il y avait côté prière et côté biritif. Ceux qui priaient n’avaient pas cette plaque noire que nous observons aujourd’hui sur le front de plus en plus de gens, et ceux qui prenaient l’apéro ne le criaient pas sur tous les toits.
Chacun faisait ce qu’il voulait, avec la bienveillance, voire même la bénédiction de celui qui était de l’autre côté. Chacun portait ses convictions en bandoulière, dans le même sac que son casse-croute, sans chercher à les faire avaler aux autres.

Voilà! C’est ce que je pense, c’est ce que j’ai toujours pensé. Et à ce jour, je continue de ne jamais m’ériger ni en censeur des mœurs des autres, ni en leur juge. J’ai sévèrement mis en garde mon index, et je m’en sers comme de mes autres doigts, pour un tas de choses, sauf pour le pointer sur les gens qui ne roulent pas dans le même sens que moi.  »

DB


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Displaying 3 Comments
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  1. abou nouha dit :

    Et pourtant Bob Dylan,disait dans une de ses chansons,reprise plus tard par Leo Ferré: »le monde et les temps changent ».
    Vous pères et mères de tous les pays……………
    sachez que vous n’avez rien compris
    suivez les miennes ou bien restez cachés
    car le monde et les temps changent.
    alors si on projette ces « mots »,sur notre quotidien d’aujourd’hui,que dirait-vos monsieur Benchennouf?
    Ne me dis surtout pas que vous n’aviez pas changé,du tout,même d’un brin de……..et en fait,selon vos propos: »….Ceux qui priaient n’avaient pas cette plaque noire que nous observons aujourd’hui sur le front de plus en plus de gens,….. « ,n’est-elle pas injustes de votre part de la dissimuler dans ce que vous aviez appelé: »les plis cachés de mes archives les plus intimes. »
    sans rancunes,j’aime lire ce que vous écrivez,et même le roman que vous venez de mettre en ligne,est très intéressant,à première vue.
    merci de nous préciser,comment, nous en Algérie,on va procéder,pour payer ce « livre »,vu que nos banques sont des caisses enregistreuses,seulement.

  2. abou nouha dit :

    une faute de frappe,je m’excuse:
    que dirait-vous monsieur Benchennouf? et non pas : »que dirait-vos monsieur Benchennouf? ».
    merci

  3. abou nouha dit :

    une autre,
    « n’est-il pas injuste » et non pas : »n’est-elle pas injustes ».
    re-merci de votre compréhension.

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