DzActiviste.info Publié le jeu 3 Avr 2014

Pourquoi a-t-on rappelé Ouyahia aux affaires !? (source LeMatin DZ)

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Pourquoi a-t-on rappelé Ouyahia aux affaires !? (source LeMatin DZ)

Vu de Kabylie, le rappel d’Ahmed Ouyahia dans le premier cercle du pouvoir, revêt une lecture autre que celle qui le donne comme la clé de voûte d’un compromis "historique" entre les principaux clans du pouvoir et comme catalyseur du processus d’élaboration des décisions politiques majeures.

Ayant eu à jouer un rôle déterminant dans l’extinction de la révolte juvénile dite "Printemps noir de Kabylie" qui a vu l’assassinat de 126 jeunes manifestants pacifiques par les forces de sécurité de l’armée algérienne, Ahmed Ouyahia est vu comme l’ultime recours du pouvoir central pour renouer le dialogue rompu avec la Kabylie au moment où celle-ci, région névralgique dans l’équilibre historique du pouvoir central, a perdu son harmonie politique sous les coups de boutoir de la police politique et de la répression féroce de ses révoltes récurrentes. Le régime d'Alger (DRS-Présidence) avec à sa tête un président gravement malade n’a plus d'interlocuteur politique en Kabylie ! Le résidu du FLN, principalement des anciens moudjahidine, s'est rallié à Benflis à la faveur de la campagne électorale pour la pseudo-présidentielle du 17 avril 2014. Le mouvement populaire algérien (MPA) de l’actuel ministre de l’industrie Amara Benyounès, regroupant le microcosme des affairistes (importateurs et rentiers de l'administration) est rejeté par la population comme le symbole de la déchéance et de l’indignité. Le FFS, en se rapprochant du pouvoir depuis les dernières législatives, a éclaté en 4 groupes : l'appareil officiel tenu par Ali Laskri, le groupe de Karim Tabou, ex-premier secrétaire, le groupe des anciens Zenati-Bouhadef, le groupe de Khaled Tazaghart dernier à quitter le FFS emportant avec lui une importante frange militante en plus des anciens maquisards de 1963. Ayant perdu ainsi son homogénéité et sa base dynamique, l’appareil du FFS gère difficilement ses contradictions en attendant de muer en une fondation pour son leader charismatique Hocine Ait Ahmed. Il ne peut plus prétendre encore à un rôle de guide politique régional, sa dernière prise de position par rapport à l’élection présidentielle traduit son profond désarroi et la perte de son autonomie de décision depuis le retrait de son leader historique Hocine Ait Ahmed. Le RCD, nouvelle mouture, dirigé par Mohcine Belabbès, tente de sortir de sa vieille coquille élitiste en opérant sa mue générationnelle. Il passe, sous l’étroit contrôle de son ancien leader Saïd Sadi, dans l'opposition franche tentant avec le temps de faire oublier une période d'entrisme qui avait failli précipiter son déclin. Sa stratégie de renaissance par la réoccupation du terrain sociopolitique après les émeutes juvéniles dites «de l’huile et du sucre» de janvier 2011 lui avaient valu une sympathie populaire qu’il n’a pas encore capitalisée. Partagé entre un «destin» de Parti national entretenu par son élite dirigeante et l’attirance de sa base militante par les thèses autonomistes du MAK, le RCD vient encore d’innover en partageant la lutte contre le 4e mandat de Bouteflika avec le courant islamiste. Son rapprochement actuel, même conjoncturel, avec les islamistes BCBG, ne suscite pas un engouement populaire pour une feuille de route encore indéfinie. Le Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie, dirigé par Ferhat Mehenni (MAK) a toujours exprimé son rejet de tout compromis avec le pouvoir actuel. De mouvement pour l'autonomie cantonné dans les campus universitaires, il a mis le cap sur l'indépendance de la Kabylie, avec à la proue un gouvernement provisoire dont le président est installé à l’étranger, et en pratique de terrain une stratégie politique de déconstruction des liens avec l’Etat central d’Alger. Le PT de Louisa Hanoune, le FNA de Moussa Touati, le PST, l'ex-PAGS, tout comme les nouveaux partis embryonnaires, peinent à sortir de l'état de groupuscule dans les wilayas de Kabylie pour être pris au sérieux par un pouvoir rentier hégémonique par son administration, et ses forces de sécurité multiples et variées. Le courant islamiste, historiquement construit autour de la zaouia Rahmania, réformé par le courant de Ben Badis, a connu en Kabylie une période de reflux entre 1980 et la fin des années 1990 à la faveur de l’effervescence culturelle moderniste exprimant la revendication identitaire amazighe menée par le Mouvement culturel berbère (MCB). L’islamisme est actuellement en plein renouveau. Traversé par le salafisme expansionniste, il active avec de plus en plus d’ostentation investissant sur le long terme dans le travail socio-idéologique de proximité, squattant les anciens espaces du maraboutisme soufi, en alliance objective avec le pouvoir central rentier, sans expression politique officielle. Le pouvoir d'Alger, après avoir réussi la fragmentation des principales forces politiques de Kabylie, mise sur le Rassemblement national démocratique (RND), le parti de l'administration, resté en quasi totalité fidèle à Ahmed Ouyahia. Voilà, entre autres raisons, pourquoi le Clan des Bouteflika a rappelé l'homme des taches antisociales dans le premier cercle du pouvoir. La principale besogne, en Kabylie, de ce grand serviteur du pouvoir central jacobin sera de tuer dans l'œuf toute recomposition politique qui ne soit pas dans le sillage doctrinal du pouvoir d'Alger ! Nous nous attendons à la réanimation des comités des Archs, réseau en dormance fidèle à l’ancien premier ministre, conséquence pratique sur le terrain politique local de cette remise en selle dans la perspective de l'après-élection du 17 avril.


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