DzActiviste.info Publié le sam 10 Mai 2014

Pourquoi je suis pessimiste.

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moukribaSaid RADJEF

Il ne s’agit pas pour nous ici de refroidir les ardeurs des uns et des autres, mais force est de reconnaître que le mal est si profond pour être guéri par une initiative ou un regroupement de personnes autour d’idées générales qui ne suscitent plus l’engouement des élites et ne captent plus l’intérêt du peuple.
Depuis ces vingt dernières années, alors que le pays ne cesse de s’engouffrer malgré lui sur les sentiers de l’éclatement, tous les suffrages qui ont eu lieu, loin des manipulations scientifiques si chères au régime milicien, ont remis en cause de façon brutale la conception traditionnelle qu’ont les partis de la vie sociale du pays. A chaque scrutin, deux constats s’imposent : l’inadéquation entre la politique des partis et le vécu quotidien soumis rigoureusement aux nouvelles règles t exigences de la mondialisation d’une part, les méfaits de la politique d’un régime milicien qui a totalement perdu le sens des réalités d’autre part. Car, il n’est nullement exagéré de dire qu’on est en présence d’une milice dont l’esprit n’a guère évolué depuis l’insurrection armée du 1er novembre 1954, et non d’une armée qui a le sens de ses responsabilités historiques dans un univers dominé par la prédation des maîtres de la haute finance internationale et de la grosse industrie militaire. Le peuple ne reconnaît plus dans la conception classique (populiste héritée du mouvement nationaliste) qu’ont de nos jours les partis. Outre le niveau si désespéré de certains dirigeants, les pratiques militantes sont trop éloignées de la vie quotidienne des millions d’algériennes et d’algériens et en contradiction avec les aspirations de plus en plus complexes et nombreuses de tous les secteurs de la vie sociale. Si le général en chef de la milice algérienne, en l’occurrence Si Ali, n’a jamais lu le moindre ouvrage de sa vie, il n’en reste pas moins que plus de 85% de nos dirigeants politiques, de nos ministres et députés ne savent ni lire ni écrire.
C’est quoi le militantisme au juste ? Où plus exactement, que devrait être la tache d’un militant en Algérie ? Est-ce que fait de pondre un papier, un document ou l’on retrace scrupuleusement toutes les tares congénitales du régime milicien, est-il un acte militant ? Une fois de plus, n’en déplaise à tous mes amis et camarades, le militantisme dans le cas de notre pays, doit renvoyer obligatoirement au modèle révolutionnaire, à la conquête du pouvoir par les partis politiques, par tous les moyens. Le militantisme est conçu comme l’expression d’une vision globale d’un univers qui n’arrête pas de changer, d’évoluer et d’imposer de nouvelles règles et de nouvelles exigences à travers les époques, et non comme un moyen pour être l’interlocuteur privilégié de la milice.
Jamais un pays n’a autant peur de son passé et de son histoire comme l’Algérie. Tout le monde fuit le devoir de vérité. Comment peut-on réaliser le changement lorsque tout le monde a peur de la vérité, d’une vraie réconciliation ? Comment peut-on réaliser le changement, alors que chaque jour les rouages et les relais de la milice se fortifient un peu plus, à tous les niveaux de la société ? Comment de telles situations ont vu le jour s’il n’y avait pas eu la complicité, l’ignorance et tant de ressemblances entre l’opposition et le régime milicien ?
Notre opposition qui chante à cor et cri les vertus du changement, ignore t-elle ce qui s’est passé dans l’ex RDA et l‘Afrique du Sud lorsque ces deux pays pour réaliser le changement tant souhaité par leurs peuples respectifs, ont accepté de satisfaire les exigences du devoir de vérité ? Comment Si Ali et Gaid Salah vont-ils remettre le tablier alors personne ne leur demande rien ! Bien au contraire, c’est tout le monde qui veut être leur interlocuteur en faisant semblant d’ignorer par quel chemin passer pour réaliser le changement qu’attend le peuple depuis plus de soixante ans.
Pour se regrouper et se rassembler, il faut d’abord libérer la mémoire collective de ses vieux démons, il faut réconcilier l’imaginaire collectif avec ses véritables repères, il faut que la milice au pouvoir depuis plus de soixante ans rende public toutes les archives…Sans cette condition, aucun changement n’est possible, toute cette agitation faite par les uns et les autres n’est que de la poudre aux yeux, le miroir aux alouettes qui doit servir à sacrifier d’autres militants de race pour assurer la pérennité du régime. Ce que je dis à travers ce papier, les colonels Si Salah et Lotfi l’ont écrit bien avant à travers des lettres adressées à Ferhat Abbas, Lamine Debaghine et Benkhedda.


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