DzActiviste.info Publié le mer 17 Avr 2013

Pourquoi les Américains auraient empêché Cahuzac par Olivier Ravanello

Partager
Les Américains ont du bon. Leur démocratie comme toutes les autres est critiquable, mais les USA ont développé un système de nominations des ministres qui, à la lumière de l’affaire Cahuzac,
pourrait nous inspirer. A Washington donc, le président des Etats-Unis choisit les noms de ceux avec qui il veut gouverner, mais ils doivent recevoir l’approbation du Sénat. Les candidats ministres
sont donc entendus pendant de longues heures par une commission regroupant des membres des deux partis, procédure appelée « hearings » (« auditions »). Les auditions sont publiques et tournent souvent
à un véritable interrogatoire, courtois mais sans pitié. Le candidat ministre est mis sur le grill : les sénateurs cherchent à avoir une idée claire de qui est l’homme ou la femme qui est devant
eux et qui va prendre des décisions pour et au nom du pays. Ils cherchent la vérité du personnage. On lui demande donc la politique qu’il compte mener. S’il a été élu dans le passé, on ira chercher
dans l’historique des votes de l’assemblée pour vérifier la cohérence de ses positions. « Vous nous dites blanc mais il y a 8 ans vous avez voté noir sur la même question. Pouvez-vous nous expliquer
pourquoi ? ». Certaines promesses faites à chaud durant la campagne se mettent alors à peser très lourd… On passe aussi au crible les revenus du candidat Ce qui est très intéressant à noter, c’est
que les Etats-Unis sont un pays où il n’y a pas de gêne vis-à-vis de l’argent et des fortunes qu’un élu peut avoir accumulés. Au contraire même. Les sondages le soulignent à chaque scrutin, un
candidat qui a gagné de l’argent rassure l’électorat. Sa richesse prouve aux yeux de beaucoup d’Américains qu’il est efficace et qu’il va bien gérer le pays et les deniers publics. Mitt Romney
était riche à millions et ce n’est vraiment pas ça qui l’a fait perdre. Tout le monde sait par ailleurs que John Kerry, l’actuel chef de la diplomatie américaine, est marié avec l’héritière de la
famille Heinz (les Ketchup) et qu’il ne se demande jamais comment il va boucler ses fins de mois ! Mais il est indiscutablement un secrétaire d’Etat apprécié. Donc que le futur ministre dise à la
commission « j’ai 15 millions de dollars sur un compte » n’est pas du tout un obstacle. En revanche, on veut savoir s’il les a gagné légalement et même moralement ; s’il n’y a pas eu de conflit
d’intérêt dans des contrats publics par exemple. D’autant plus que dans ce pays le lobbying est admis, donc il suffit de dire les choses… sauf si vous pensez d’abord à votre compte en banque.
Car, et c’est le plus important, les candidats témoignent sous serment. Ce n’est pas par puritanisme que les Américains traquent le mensonge. C’est pour préserver la parole publique, la parole
politique. Au commencement de la politique, il y a la force des mots, la force de la persuasion. « Je dis ce que je ferai, je fais ce que j’ai dit ». Si ce principe est galvaudé, on ne croit plus la
parole politique, on ne croit plus les élites et c’est la porte ouverte au populisme. Pour maintenir la foi dans la politique, il faut que les mots engagent comme des actes. Sinon il est trop
facile de raconter n’importe quoi. Les candidats ministres américains parlent donc sous serment et si ensuite on s’aperçoit qu’ils ont menti, ils sont morts politiquement et ça peut aussi aller
devant la justice. L’affaire Lewinsky Si l’affaire a pris une telle ampleur ce n’est pas parce que le président Bill Clinton avait eu une historie avec une stagiaire de la Maison blanche (les
présidents américains travaillent dans un siège qui a été occupé par Kennedy, ça laisse de la marge…), mais bien parce que Clinton avait menti sous serment en disant qu’il ne s’était rien passé. Un
parjure. La ligne rouge. L’homme le plus puissant du monde était à terre parce qu’il avait brisé la règle d’or politique : on ne ment pas sous serment. « L’impeachment », la procédure lancée contre
lui visait à l’empêcher de continuer, l’empêcher de gouverner. En France, il est admis qu’on ne ment pas droit dans les yeux au président de la République. C’est bien mais c’est de la morale. En
France, il est admis qu’on ne ment pas devant l’Assemblée nationale. Là encore, c’est bien, mais c’est de la morale. Mais « on ne ment pas sous serment » pourrait devenir une règle mieux que morale,
une règle démocratique. Entendu sous serment, Jérôme Cahuzac aurait sans doute été empêché d’aller trop loin…


Nombre de lectures: 309 Views
Embed This