DzActiviste.info Publié le dim 11 Mai 2014

Pourquoi les dictateurs organisent-ils des élections: Abdel Fattah al-Sisi, Bachar al-Assad et la légitimité de façade

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Bechar Elakit elmoudjrimEgypte Sassi el moudjrimROBERT FISK

Friday 9 May 2014

http://www.independent.co.uk/voices/commentators/fisk/why-dictators-hold-elections-abdel-fattah-alsisi-bashar-alassad-and-the-faade-of-legitimacy-9347585.html

(Traduction de l’anglais par  Dr Rachid Ziani Cherif)

Il est facile d’être cynique à l’égard de candidats qui remportent des élections avec 80 pour cent des voix, seulement, force est de constater que pour certains régimes du Moyen-Orient, l’apparence de démocratie est suffisante en elle-même pour leur garantir le soutien secret des puissances occidentales.

 

Pourquoi les dictateurs aiment-ils les élections? C’est une question très ancienne, dans les pays du Moyen-Orient, mais c’est une question qui a néanmoins besoin, une fois de plus, d’une réponse, maintenant qu’Abdel Fattah al-Sisi est sur le point de remporter ce mois, l’élection présidentielle en Egypte, et que le président Bachar al-Assad s’achemine vers une réélection en Syrie le mois prochain. La question qui se pose, vont-ils obtenir 90 pour cent des voix, ou se suffire d’une marge sécurisante, aux alentours des 80 pour cent, à l’image de Abdelaziz Bouteflika, le vieux président malade qui a glané un maigre 81,5 pour cent en Algérie?

 

Certes, Sisi devra obtenir au moins 82 pour cent afin de montrer qu’il n’est pas Bouteflika. Quant à Assad, la ligne des 90 pour cent est plus que prévisible, – compte tenu des 2,5 millions de réfugiés syriens qui vivent maintenant à l’extérieur du pays – ce qui pourrait repousser le seuil de la crédibilité encore plus loin. N’ayant pour seuls concurrents, deux membres du parlement actuel, qui oserait penser sérieusement que le règne de la famille Assad finirait en ce mois de Juin après 44 ans de mainmise au pouvoir? En conclusion, il ne faut s’attendre à aucun suspense éventuel, ni au Caire ni à Damas.

En vérité, le fait est que Sisi tout comme Al assad ne présentent pas leur candidature dans ces élections parce qu’ils ont besoin de soutien électoral. L’ancien maréchal égyptien –  il a officiellement quitté l’armée pour se présenter aux élections la fin de ce mois-ci – a besoin de protéger l’énorme empire économique des militaires égyptiens  et les investissements de ses collègues généraux dans les secteurs de l’énergie, des entreprises de la mise en bouteille des eaux minérales , de  l’immobilier, des supermarchés, des centres commerciaux et les magasins d’ameublement.

C’est pour cette raison que Sissi estime qu’il serait «inapproprié» pour les civils d’avoir un contrôle sur le budget de l’armée – et c’est pourquoi il veut instaurer une nouvelle clause dans la constitution égyptienne à cet effet.

De son coté, Assad, veut s’assurer que les pourparlers de «paix» tenus à Genève – supposés destinées à la création d’un gouvernement «de transition» à Damas – soient morts et enterrés. S’il est réélu président le mois prochain – et le ‘ si’ n’a en vérité aucun sens concret- comment se pourrait-il qu’il y ait création d’un gouvernement «transitoire»? Et puisque les nouvelles lois électorales en Syrie stipulent que les candidats à la présidence doivent avoir vécu en Syrie pendant 10 ans avant l’élection, aucun de ses opposants effectifs qui vivent à l’étranger n’est éligible, car sont exclus de facto. Donc il ne faut pas être surpris, si le pourcentage de sa victoire avoisinerait les  90 pour cent, ce taux étant devenu à l’air du temps.

Après tout, les forces d’Al Assad sont bien en train de gagner la guerre civile en Syrie où 150 000, hommes, femmes et enfants sont morts selon certains rapports- même si ce chiffre pourrait être aussi douteux que les résultats électoraux. Bien qu’une note de cynisme accompagne habituellement les élections arabes, il ne faut pas sous-estimer la popularité des figures patriarcales qui arrivent au pouvoir. Des millions d’Egyptiens supportent effectivement Sisi et ont supporté avec la même ferveur son coup d’Etat militaire contre le premier président élu dans le pays, Mohamed Morsi, dont la victoire électorale, avec 51,7 cent, constituait  selon les normes de dictateur – un taux pathétique.

Sisi a effectivement veillé à ce que les Frères musulmans, l’organisation à laquelle appartenait Morsi, soit maintenant interdite en Egypte, et considérée comme «organisation terroriste». En fait, aussi bien Sisi qu’Al Assad, proclament– tout comme Bush, Blair et d’autres dignes personnages historiques  appartenant à notre passé récent – mener avec acharnement la « guerre contre le terrorisme ».

C’est de la sorte que nos propres fantasmes occidentaux viennent en aide à des régimes du Moyen-Orient, et ce n’est pas par pur hasard si Tony Blair lui-même – qui se plaint inlassablement des dangers du «fondamentalisme» islamique – ait affirmé son soutien sans réserve au coup d’état de Sisi et sa future consécration à la présidence, il a même montré un enthousiasme feutré pour Assad qui selon lui pourrait être autorisé à rester au pouvoir pour accompagner « une sorte de transition pacifique vers une nouvelle constitution ». Ce soutien de Blair pourrait être considéré comme un échec politique grave par n’importe quel politicien – cependant ce n’est peut-être pas la même vision ni le même point de vue dans certaines parties du monde arabe.

Nous ne devons pas oublier non plus nos propres petites hypocrisies. John Kerry, dont la condamnation de l’annexion par la Russie de la Crimée n’a d’égal que le silence face à l’annexion par Israël du Golan et l’appropriation des terres volées, estime qu’il est grotesque pour Assad d’organiser une élection en période de guerre – mais en même temps, il est capital selon lui, que l’Ukraine organise des élections alors que ses villes de l’Est se trouvent totalement hors du contrôle du gouvernement. De même, le Président américain qui n’hésite pas à féliciter  le président afghan Hamid Karzai de sa dernière victoire, à l’issue d’élections frauduleuses,  ne manquera certainement pas de présenter ses bons vœux à Sisi, une fois sorti vainqueur des élections en Egypte – un message qui, bien sûr, sera accompagné avec beaucoup d’enthousiasme pour le rôle joué par Sisi et ses efforts consentis dans la voie de « transition » de son pays vers la «démocratie».

Sissi, et peut-être Assad aussi, sont assurés du  soutien non déclaré de l’Occident, dés lors qu’il protègeraient – ou ne contesteraient pas – la suprématie israélienne, ce qui en soit constitue une des raisons pour lesquelles nos diplomates parlent de la possible «nécessité» du maintien d’Al Assad à la présidence. Le fait que Sisi ait catalogué  les frères musulmans comme faisant partie d’al-Qaïda et accusé de «terreur» – sans la moindre preuve- n’a rencontré aucune réserve et encore moins de contestation en occident.

Et personne ne s’est plaint quand les diplomates de Beyrouth se sont glissés, à travers frontières, pour passer à Damas – tranquillement, bien sûr – dans l’espoir de renouveler de vieilles amitiés avec le régime d’Al Assad. Il est utile de rappeler qu’il n’ya pas si longtemps, ce même régime recevait des prisonniers « livré clandestinement » pour le compte des Américains et les soumettaient à un traitement extrêmement rude pendant leur interrogatoire sur leur prétendu  «terrorisme» anti-américain. Il convient également de rappeler, peut-être, les félicitations présentées par le régime syrien, au lendemain du coup d’état fomenté par Sisi contre Morsi l’an dernier– félicitations présentées en toute hâte par Assad lui-même.

Quatre-vingt-deux pour cent pour Sissi, 90 pour cent pour Assad – ce sont les chiffres prévisibles, attendons pour voir s’ils correspondent avec les chiffres «réels».

http://www.independent.co.uk/voices/commentators/fisk/why-dictators-hold-elections-abdel-fattah-alsisi-bashar-alassad-and-the-faade-of-legitimacy-9347585.html


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