DzActiviste.info Publié le sam 9 Fév 2013

Pourquoi on est colonisables.

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Par Said Radjef

imposture1L’histoire se passe en 1959 en Kabylie durant l’opération Jumelles. Elle m’a été racontée par un commandant de l’ALN.

« Pris dans les tenailles de l’armée française, on s’est refugiés chez un kabyle qui occupait de hautes fonctions dans l’administration coloniale. Avec les blessés qu’on avait sur les bras, on n’avait que notre intuition pour sortir du pétrin dont nous nous trouvions. Tout en misant sur sa fibre d’algérien, on s’était dit qu’il est le seul à pouvoir nous aider. Prenant notre courage à deux mains, on s’est engouffrés dans son écurie, parmi son bétail. C’est l’une de ses brus, une fille de mon village avec laquelle j’ai des liens de parenté du coté de ma mère, qui à découvert notre présence(…) C’est seulement la nuit tombée que le haut fonctionnaire accompagné d’un médecin français, vint nous rendre visite. Après s’être enquéri de l’état de santé des blessés, il s’assoit parmi nous en demandant avec une rare gentillesse : « Est-ce que vous avez bien mangé ? Est ce que vous avez besoin de quelque chose en particulier ? « Al Hamdou li Allah », avions nous répondu à l’unanimité. Rarement on a été aussi bien accueillis et bien entretenus…Une fois le médecin reparti chez lui, le haut fonctionnaire qui figurait sur la liste des gens qui devaient être exécutés par l’ALN, nous surprend par ses questions. On savait qu’il était un ami proche de Messali, mais on ne savait pas ce qu’il pensait de notre cause. Il venait juste de nous l’apprendre. « Comment allez-vous réussir votre révolution alors qu’aucun parmi vous n’a été à l’école ? Qu’allez vous faire de votre indépendance alors que la majorité parmi vous ne sait ni lire ni écrire ? » Et d’ajouter : « Il faut beaucoup de savoir pour construire une indépendance ».

Si ailleurs tout est réglementé par la science, l’art, le talent, la compétence, le savoir et les technologies de pointe, en Algérie la réussite de l’individu et la puissance de la junte au pouvoir reposent exclusivement sur le mensonge, les faux semblants et l’imposture. Les grandes puissances sont passées à l’ère de la numérisation de tout : l’homme, la société, les organisations, le savoir, les interactions, le corps biologique de chacun, etc. C’est la science qui décide de l’avenir. Nous, en Algérie, on n’a pas d’avenir. Notre cupidité est si dissuasive qu’on peut faire face même à des menaces extraterrestres.

Alors qu’ailleurs de nouveaux champs scientifiques sont ouverts avec de nouvelles découvertes, l’Algérie continue de perfectionner tous les modes de populisme et de l’imposture. Le pays continue de sombrer sur tous les plans et paradoxalement c´est l´un des rares pays qui résiste aux crises et á la contestation, car la manne pétrolière et la servilité des dirigeants assure la longévité et la survie d´un système en phase terminale. Il n´y a qu´à voir la montée de la criminalité, l´incivisme et les ravages des stupéfiants sur la jeunesse. On ne peut être que pessimiste sur l´avenir du pays, surtout que l´élite squelettique qu’on a semble démissionnaire face aux délinquants qui dirigent le pays.

Face au spectre de la récession qui menace l’univers, les sociétés développées s’arment et se préparent aux exigences et aux défis qui vont se poser à elles. A ce titre, une nouvelle économie a déjà émergé, une nouvelle médecine basée sur les récentes découvertes du génome humain se développe, de nouvelles formes de communications voient le jour, la conquête de l’espace gagne de nouveaux horizons pour assurer la survie des milliards d’être humains qui vont venir après nous…L’Algérie est un pays vaste et riche. On peut vivre sans travailler. La preuve, c’est qu’avec un taux de chômage qui dépasse les 70%, de nombreuses régions du pays se permettent un train de vie qui n’a rien à envier à celui des grandes capitales de l’Occident. Dans mon village, par exemple, il y a plus de 4×4 que dans deux grands arrondissements de France réunis. Nous avons 65 boucheries et 24 débits de boissons alcoolisées pour une population qui fait à peine 20 000 habitants. Bientôt, nous allons exporter notre modèle à l’étranger.

C’est la révolution trotskiste made in Algéria ! Chez nous, il suffit d’être un caporal, un ancien moudjahid, un ayant droit ou un auxiliaire permanent des services pour dénoncer les agitateurs, pour vivre comme un Pacha. Grâce à la corruption, à la violence, au terrorisme et aux mensonges, nous sommes devenus une puissance régionale. Nous avons même réussi à déstabiliser la pauvre Tunisie en détournant le cours de la révolution du Jasmin…Même la Libye est dans notre collimateur. Il faut dire, lorsqu’on a des généraux comme les nôtres, la presse comme la notre et autant de pétrole, le patriotisme est de rigueur. On n’a pas besoin de la science et du savoir pour comprendre les choses, pour survivre et faire face à la menace de la main de l’étranger. D’ailleurs, toutes les mains de l’étranger, ont été neutralisées grâce au pétrole…Mais, vraiment, a-t-on besoin de la science et du savoir quand on une cervelle de moineau !


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