DzActiviste.info Publié le ven 27 Juil 2012

POURQUOI PAS UNE CHARTE DES OPPOSANTS ALGERIENS ?

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Ahmed Amokrane 25 07 2012
in Le Quotidien d’Algérie

« Il ne dépend pas des hommes de prolonger leur vie, il dépend d’eux de prolonger celle de l’Etat aussi loin qu’il est possible, en lui donnant la meilleure constitution qu’il puisse avoir » Le contrat social (Jean Jacques Rousseau)

L’heure est grave, notre pays souffre. Le régime en place se distingue par sa médiocrité. Notre économie est inexistante et reste à créer. Notre hôpital est malade. Notre école est sinistrée. La situation de notre pays ne fait que s’aggraver. Notre commerce se limite à un troc pétrole contre tout. Notre administration est archaïque, nos banques appartiennent à une autre époque, la corruption atteint des records sans précédents. L’anarchie est totale.

Les élections législatives du 10 Mai avaient pour but de mettre fin au semblant de vie politique qui existait. Tout est fait pour ramener les algériens à l’ère pré mouvement national des années 20. Le pouvoir veut réduire la vie politique en Algérie à de vulgaires dissidences et disputes au sein de tous les partis politiques. Dans le pays des Farhat Abbas,Abane Ramdane, Benbadis Essanhadji et Messali El Hadj, le régime se permet d’interdire aux algériens toute activité politique constructive et indépendante !

Face au vide créé par un régime en souffrance, l’opposition a du mal à s’affirmer. L’automutilation est de règle. Nous nous sommes tous livré un jour à cette activité autodestructrice qui consiste à nous opposer en tant qu’opposants aux opposants !

En l’absence d’un pouvoir digne de ce nom et vu l’état de l’opposition, l’Algérie est devenue un pays qui avance les yeux fermés.

Un changement de régime est devenu plus que nécessaire. Seule une opposition structurée, pragmatique, tolérante et respectueuse des spécificités politiques de ses différentes composantes, est capable de provoquer ce changement tant attendu tout en assurant une période de transition dans l’attente d’élections libres et transparentes.

Une opposition ne peut atteindre ses objectifs d’union et d’efficacité que si les différents opposants qui la composent s’engagent à respecter un minimum de principes qui sont :

-L’opposant ne s’oppose pas à l’opposant tant que le régime responsable de la faillite algérienne est toujours au pouvoir.

-Les difficultés d’une ou de plusieurs tendances de l’opposition, ne peuvent qu’affaiblir toute l’opposition.

– L’opposant œuvre avec les autres opposants malgré leurs différences idéologiques en vue d’instaurer une instance représentative de toutes les tendances de l’opposition algérienne.

– L’opposant s’engage à militer pacifiquement pour un changement radical du régime actuel.

-L’opposant, n’a pas de crise identitaire. Il considère l’Islam, l’amazighité et l’arabité, comme les trois composantes de son identité. Ces réalités historiques furent perverties par l’ex puissance coloniale et par l’actuel régime dans le but de diviser les algériens tout en les éloignant de l’essentiel qui ne peut être que la libération de leur pays.

-Par sa médiocrité et son manque de vision, le régime actuel a maintenu l’Algérie dans un banal statut de pays post colonial au même rang que n’importe quel pays du Sahel. L’opposant algérien sait que son pays a les moyens de devenir un pays émergent au même titre que l’Afrique du sud, le Brésil, la Russie ou la Chine.

-L’opposant sait que la crise algérienne prend ses origines dans l’histoire du mouvement national. En effet, la primauté du militaire sur le politique héritée de la guerre de libération est en grande partie responsable de l’échec algérien.

– L’opposant sait qu’au sein de l’armée nationale, existent de très nombreux officiers sincères, compétents et nationalistes qui ne partagent pas obligatoirement les tendances de la minorité de généraux formant le cabinet noir . En effet, ce cabinet noir agit comme un parti politique clandestin qui use de tous les moyens pour se maintenir au pouvoir. C’est ainsi que cette minorité de généraux, instrumentalise notre armée et la pousse vers une relation conflictuelle avec le peuple. Une fois l’instance de l’opposition nationale mise sur pied, elle se mettra en contact avec tous les officiers sincères pour les sensibiliser contre le caractère destructeur des activités politiques clandestines de ce cabinet noir.

-L’opposant est réaliste, il sait que tout changement de régime politique quel que soit son caractère pacifique, peut s’accompagner de troubles sociaux et économiques avec des risques d’insécurité sociales et financières. Contrairement à l’Egypte qui souffre d’un manque de ressources financières et à la Libye qui n’a plus d’armée, l’Algérie a la chance d’avoir le pétrole pour assurer les besoins financiers du changement et une armée qui peut accompagner le changement en assurant la sécurité en cas de débordements. Par son réalisme, l’opposant évitera de trop diaboliser l’armée et l’argent du pétrole qui auront un rôle à jouer dans la réussite du changement. En effet, l’idée qui consiste à considérer l’argent du pétrole et l’armée comme des malédictions, est à revoir.

– Quel que soit sa tendance politique, l’opposant propose des idées et des projets qui font avancer toute l’opposition.

-L’opposant privilégie l’intérêt de l’Algérie à ses propres considérations idéologiques.

-L’internationale socialiste, l’ internationale islamiste ou autres blocs idéologiques transfrontaliers, représentent des alliances que certains courants de l’opposition nationale ont tissé ailleurs qu’en Algérie . Dans un souci de renforcement de l’opposition, n’est-il pas plus logique d’investir ces efforts en se rapprochant localement des autres tendances sans tenir compte des barrières idéologiques ?

– L’opposant n’a pour objectif que l’intérêt de son pays. Il n’a pas de rancunes ni projets de règlements de compte contre personne y compris ceux qui ont confisqué l’indépendance du peuple.

-Le respect, la fraternité et la coopération qui caractérisaient les relations qu’entretenaient le démocrate Ferhat Abbas, l’islamiste réformateur Benbadis Essanhadji et le nationaliste Messali El Hadj ,peuvent constituer aujourd’hui une référence pour l’opposant quel que soit sa tendance politique .

-Le syndrome F.L.N–M.N.A, avec son lot de désolation, de meurtres et d’autodestruction, est le fruit justement de l’absence de respect, de fraternité et de coopération entre opposants.

-L’opposant rejette les projets qui visent à instaurer un Etat policier ou théocratique. Il milite pour un Etat démocratique et social respectueux des préceptes de l’Islam conformément à l’appel du 1er Novembre 1954.

-L’opposant doit savoir que quel que soit la popularité de sa tendance politique, elle ne peut à elle seule renverser le régime en place ni assurer toute seule la phase de transition qui s’annonce difficile vu les dégâts provoqués par le régime actuel.

-L’opposant agit au sein d’une opposition aux tendances diverses, selon le principe du compromis et essaye de rapprocher ses positions de celles des autres pour faciliter la cohésion et pour éviter l’éclatement de l’opposition.

– L’opposant n’a comme objectif que le changement de l’ordre établi depuis 62. Il n’a pas de projet personnel ni d’ambitions de carrière.

-L’opposant doit faire la différence entre l’Etat algérien et le régime politique actuel en Algérie. Le but est de débarrasser le pays de ce régime et non pas de détruire l’Etat algérien.

-La nature du régime actuel, pousse les détenteurs du pouvoir à agir en seigneurs qui exploitent tout le peuple y compris une partie de son élite. C’est ainsi que de nombreuses compétences sincères sont induites en erreurs et recrutées pour appliquer des politiques douteuses de « développement». La ruse des nouveaux seigneurs, leur permet de masquer le caractère personnel de leurs projets. La sincérité et le nationalisme de nombreux cadres sont exploités à des fins diaboliques. L’opposant doit laisser la porte toujours ouverte à nos frères ayant servi avec sincérité au sein de l’Etat algérien confisqué par les prédateurs au pouvoir.

-Le respect qui caractérisera la
nature de nos relations d’opposants appartenant à des tendances différentes, est un investissement qui profitera à l’Algérie post D.R.S. En effet, une fois le pays libéré, l’alternance au pouvoir se fera naturellement. Les équipes dirigeantes se succéderont sans conflits et sans chasse aux sorcières. La stabilité, la continuité et le respect du travail précédemment fait seront de règle.

-Cette charte n’est pas définitive. Tout opposant a le droit et le devoir de l’enrichir pour le bien du pays et de toute l’opposition.

-L’opposant doit savoir qu’il y a un temps d’analyse et de dissertation et un temps d’action. La situation actuelle, exige le passage à l’acte pour que l’opposition devienne une action réelle et non pas un éternel débat d’intellectuels.


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