DzActiviste.info Publié le mar 2 Avr 2013

Présidentielles algériennes de 2014: Le marché des lièvres est ouvert !

Partager
   


par D.Benchenouf

Malgré l’extrême naïveté de millions d’Algériens, dont une grosse majorité, particulièrement dans l’arrière- pays, comme on dit, a été laborieusement maintenue dans un état d’analphabétisme politique et civique qui frôle le coma, presque personne n’ignore que le Chef de l’Etat est désigné par un groupe de personnes. Les maîtres patentés du pays. Des crapules parmi les pires qui puissent s’imaginer. Ceux qui ont pu émerger du lot, d’un milieu de prédateurs et de charognards, la crème et l’élite, si on peut dire, de ce qu’il y a de plus sale et de plus monstrueux. Ce ne sont pas toujours les mêmes, mais ils évoluent tous, selon des fortunes diverses, dans les mêmes eaux vaseuses, depuis l’indépendance du pays, en 1962. C’est vraiment un secret de berrah. 

Tout le monde sait que le Président de la République Algérienne Démocratique et Populaire est le résultat d’une négociation, entre de véritables maquignons, qui gèrent du bétail, qui négocient des parts de butin, des espaces de décision, des brisées, des quotas, des rentes, des prébendes, et même des lois sur mesure, pour se ménager des coupes sombres. Les uns et les autres se rencontrent dans les salons politiques qui leur servent de souks. Et une fois d’accord sur l’essentiel, pour eux bien sûr, ils passent au détail. Ils se cherchent et se trouvent donc un candidat, un quidam, qui puisse donner le change, bon comédien, qui sait faire la grimace, se dandiner, faire la roue, porter le burnous, et donner le change. Ils le choisissent parmi les quelques bourrins qui piaffent dans les écuries, puis, quand ils se sont mis d’accord, ils envoient la populace aux bureaux de vote, pour faire comme si. Pour habiller l’illusion, pour enfoncer le suppo. Pour gueuler « Jich chaab, maak ya flène… » Sachant que flène c’est un bidule qui court les boulevards de la honte.
Pourtant, malgré la parfaite visibilité du tikherbichine, qui devrait par conséquent inciter à un tant soit peu de pudeur, à moins d’être journaliste de la télévision algérienne, militant du rnd ou du fln, voire même du pété et du msp, il se trouve que des gens, qui ne sont même pas des poulains patentés, ni même des leurres pour gogos, ont décidé de se porter candidats à ces érections de dechra. Et ils sont là, montés sur leurs petits ergots compensés, qui nous haranguent et nous interpellent, du haut de leurs perfides professions de foi. Ils  nous jurent que rien n’est joué, qu’ils peuvent inverser le cours des événements  et créer la surprise. Bigre!
Des Révolutionnaires ?
Des Résistants ?
Des Empêcheurs de tourner en rond ?
Veulent-ils casser la baraque ? Changer le cours des événements ? Forcer le régime à changer de règles ? A accepter le droit des citoyens de choisir le candidat de leur choix ? Houlaaaaaaaa! 
Vous n’y êtes pas les gars. Bechwiya yalkhawa ! Terminus ! Tout le monde descend ! 
Ces gens, qui donnent des intervious, et même qui passent dans les journaux et les télés du régime, et qui souvent ont même été de grands responsables du même incontournable régime, ces gens là nous disent une seule et même chose, essentielle, centrale, cardinale: Il faut changer ce régime de l’intérieur, nous affirment-ils, avec ses propres règles, et même en se servant de ses propres moyens. La théorie du judo, qui consiste à se servir de la force de l’adversaire, pour le culbuter. Le summum des théories de la libération. Il faut être un démon, pour se libérer du démon. Et autres stratégies fumeuses du genre. 
Le plus important dans leurs logorrhées, est leur reconnaissance de l’Etat, en ce régime crapuleux. Ils nous disent, et insistent, en le susurrant du bout des lèvres, que ce régime est un Etat digne de ce nom, malgré ce qu’on pourrait lui reprocher, puisqu’il est la seule alternative. Puisqu’il est la Légalité. Puisqu’il assure la sécurité. Et puisque, nous réaffirment-ils, mille et une fois, qu’il nous faut nous situer dans cette incontournable légalité, impérativement, inéluctablement, sous peine de mettre la nation en danger. En vérité, si nous les entendons bien, ils sont les excellents VRP de ce régime dont ils nous affirment qu’ils sont les adversaires.

Ils nous proposent, rien de moins, et avec le plus grand sérieux, de rester dans le cadre, donc de reconnaître la légitimité de ces brigands, d’accepter de se faire attacher les mains, de nous laisser bâillonner, de fermer les yeux sur la nature mafieuse des organisateurs de ces élections, d’oublier leurs crimes, d’accepter leurs règles, de reconnaître les résultats de leurs fraudes, malgré les innombrables scandales, depuis un demi-siècle, et ils nous exhortent, malgré tout, d’aller à ces élections qui n’ont d’autre objectif que de légaliser un énième fait du prince. Ils nous affirment qu’ils sont des candidats providentiels, que nous devons leur faire confiance, comme ça, pour leurs beaux yeux, et que nous n’avons pas d’autre choix que de  voter pour eux. Parce que cette fois-ci, nous disent-ils, ne sera pas comme les autres. Et ils nous disent la même chose, à chaque fois. Et à chaque fois, ils nous disent que ce n’est pas la même chose. Et ils ne nous disent même pas qu’une fois élus, ils demanderaient des comptes à ces criminels qui ont mis le pays sous le boisseau, depuis son indépendance. 
Et quels arguments nous donnent-ils, pour nous rassurer ? En plus de nous brosser de vagues perspectives, qui ressemblent étrangement aux discours de ce régime qu’ils disent affronter, ils nous jurent que le moment du changement est arrivé, et que le régime n’a plus le choix. Juste ça ! Juste que le moment est arrivé et que le régime n’a plus le choix. Comme s’ils avaient un don de voir, avant tout le monde, que le moment était enfin arrivé. A un moment où ces barons ont pris possession de tout le pays. Des barons qui ont acquis des richesses immenses, qui les ont propulsés au niveau des plus grosses fortunes mondiales. 

C’est ce genre d’argument approximatif, sans aucune consistance, dont ils se servent pour nous faire croire qu’ils peuvent être une alternative sérieuse à un régime qu’ils disent vouloir dégager, un régime de fauves qui n’a pas hésité à faire tuer des centaines de milliers de gens, juste pour garder le pouvoir, à la suite, justement, d’élections, qui n’ont pas tourné en sa faveur. Et donc, ces candidats miraculeux, sortis de je ne sais quel chapeau, pourraient donc chasser ce régime, qui, ô miracle de la démocratie, accepterait de s’en aller, la queue entre les pattes. Parce que de tels comiques l’auraient vaincu dans des élections honnêtes, des élections qu’il a lui-même organisées. 

Et si, d’aventure, nous rétorquions à ces vendeurs de festi qu’ils sont à côté de la plaque, dans le meilleur des cas, parce que rien ne nous empêche de penser qu’ils pourraient être les complices de l’habituelle arnaque électorale, de lièvres professionnels, qui vivent sur un créneau, alors ils nous sortent leur habituelle parade, et nous accusent de chercher à faire exploser le pays. 

DB


Nombre de lectures: 233 Views
Embed This