DzActiviste.info Publié le jeu 31 Jan 2013

Presse algérienne; Réponse à un ami internaute

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Par Amar Cheballah

journalisme« La presse est la faiseuse d’opinons. Elle oriente les masses selon le bon vouloir des magnats du moment. Certains appellent ça la démocratie d’autres, comme vous M. Cheballah , appellent ça corruption de l’imaginaire collectif ou oppression. Tout dépend de la barricade ou l’on se place. Cette pratique est mondiale. Partout la presse est aux ordres et rétribuée pour service rendu » Tel est le message que j’ai reçu de la part d’un ami. Je partage ce constat. Cependant, beaucoup de choses distinguent la presse occidentale de la presse arabe en général et de la presse algérienne en particulier. Nous imaginons mal la presse française, pour ne citer que celle-ci, étant donné que les lecteurs algériens lisent beaucoup plus la presse française que la presse de leur pays, participer à une entreprise de désœuvrement et d’aliénation de l’école, de la justice et de la libre pensée. Nous imaginons mal la presse française déclarer la guerre aux élites françaises ou persécuter un quelconque écrivain ou artiste. En 1968, alors malmené et vilipendé par les medias de son pays, de Gaulle a réaffirmé son soutien à la presse en déclarant en substance à la suite de l’arrestation de certains intellectuels français : « On n’arrête pas les Voltaire ». De même, le président américain F D Roosevelt, en pleine agonie sur sa chaise roulante, n’a pas hésité un seul instant à destituer ses propres amis pour réhabiliter les écrivains et artistes accusés arbitrairement lors de la « chasse aux sorcières », organisée par le sénateur McCarthy et quelques généraux, d’être à la solde de la révolution bolchevique. En la matière, la liste des exemples est interminable.

Et qu’en est-il de la presse algérienne ? N’est ce pas vrai que c’est cette même presse qui a refusé d’assumer son rôle dans l’éveil de la conscience nationale en participant pleinement à la destruction de l’école et de la justice ? N’est ce pas vrai que c’est cette même presse qui a humilié Mouloud Mammeri en l’accusant entre autre d’être un élément chrétien de hizb frança, alors que ce dernier était un pratiquant musulman comme il n’y a pas deux ? Qui a interdit à Bruno Etienne, Malek Benabi et Med Arkoun de s’exprimer au moment ou la junte au pouvoir complotait en engraissant le monstre terroriste ? Qui a humilié Assia Djebbar, Med Dib, Rachid Mimouni ; qui a banni et proscrit Kateb Yacine en faisant de lui un mendiant ? Il est inutile de remuer le couteau dans la plaie en remettant sur le tapis l’épisode douloureux de l’assassinat de Boucebci, Liabes, Flici…et de rappeler le rôle plus que déplorable joué par la presse durant cette période. Malheureusement, la presse poursuit toujours son terrorisme moral et sa persécution contre les élites du pays avec autant de zèle et d’arrogance. Il n’y a pas longtemps, c’est l’historien Mohamed Harbi qui voulait lever le voile sur une partie de l’histoire récente de notre pays, qui a été trainé dans la boue par la presse.

Tout récemment encore, c’est autour de l’honorable de Addi Lahouari d’être persécuté et de subir les affres du terrorisme intellectuel de la presse algérienne. D’ailleurs, je suis surpris qu’aucun éditeur algérien n’ait réagi aux propos diffamatoires contre Addi Lahouari au moment où il s’exprimait en sa qualité de politologue universitaire sur l’attentat terroriste qui a ciblé le site gazier de In Amenas. Et pourtant, tout le monde sait que le journal qui a proféré ces accusations imbéciles contre le sociologue Addi Lahouari, ne compte pas dans ses rangs deux journalistes capables d’aligner correctement une phrase. Deux journalistes capables d’aligner une phrase, alors que le pays regorge de talents et de lumières. A aucun moment, la presse française, même durant le procès de Dreyfus qui a divisé la France, ne s’est léguée contre l’art, le talent, le génie, le savoir et le savoir faire. Est-ce le cas de notre presse bien pensante ?

Pour justifier mon renvoi, un responsable d’un quotidien m’a dit que « vos articles ne conviennent pas à notre journal. Il faut chercher une revue spécialisée ». Cela m’a fait beaucoup rire. Comme si notre pays comptait réellement de journaux d’analyses et de revues spécialisées. A la vérité, à force de tourner entre un journalisme de caserne et un journalisme d’administration, notre presse à totalement sombré dans la psychose et schizophrénie. Notre presse parle comme si le peuple n’a jamais existé, comme si en Algérie il n’y a que des généraux, des ministres et des walis. Elle a définitivement perdu le sens des réalités.


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