DzActiviste.info Publié le lun 27 Mai 2013

Printemps arabes, langue et religion

Partager

L’effervescence des Printemps arabes, leurs expressions, désirs de libertés, d’émancipations, de nouveautés, de sorties hors des pouvoirs politiques, policiers, anachroniques et tyranniques, sans perspectives ni devenirs pour les générations actuelles et futures de femmes, d’enfants, d’hommes, s’est dite, si l’on tient compte des pays comme la Tunisie, l’Egypte – la Lybie ayant été le lieu de paroles, expressions en langue berbère – en langue arabe et, aussi, parfois, en langue française pour la Tunisie, en langue anglaise, plus spécifiquement, pour l’Egypte ; dans ces deux pays, comme dans la plupart des pays du Maghreb et du Machreq, la langue arabe y est majoritaire à coté d’autres langues parlées, écrites, d’enseignement, de recherches, d’échanges commerciaux, touristiques, en berbère, français, anglais, espagnol, aujourd’hui, japonais, chinois. Si l’expression « Printemps arabe » n’était qu’une référence ethnique, nous serions dans une interprétation ethniciste, plutôt raciste, de l’histoire, oubliant, effaçant que le terme « arabe », après avoir été un terme désignant un peuple, celui d’Arabie, est devenu un terme de langue. Il nous permet de saisir l’enjeu démocratique actuel dans les pays qui connaissent cette effervescence et profond désir de changement, d’émancipation et de révolution dans les mœurs et la pensée des mouvements politiques qui demeurent fixés à une croyance théologique et politique héritée d’une certaine histoire, qui a eu lieu, de la religion musulmane et de la langue arabe.

Cette histoire pourrait être celle d’une confusion – confusion efficace, mais confusion tout de même – entre la restriction d’une langue à  une croyance religieuse : la langue dite et écrite du Coran étant la langue arabe.

Une interprétation dogmatique et théologico-politique de ce lien entre langue arabe et texte coranique a fait, par simple retournement et torsade, entorse logique, de la langue arabe une langue sacrée, « lalangue » – un seul mot suffirait – du Coran, langue des musulmans. Or, l’histoire nous enseigne, ainsi que la vie des sociétés, que toutes les personnes qui parlent arabe, dans le monde, ne sont pas musulmanes, et que tous les musulmans ne parlent pas seulement, parfois pas du tout, l’arabe. Ce qui, sans doute, peut troubler celles et ceux pour qui la confusion, restriction entre langue et croyance religieuse, est totale, finissant, par simplicité et économie de pensée,  par être totalitaire.

« Les printemps arabes », dans leur vivacité, mettent en surface, donnent à voir et entendre cette confusion de la langue et du religieux en même temps que la nécessité de dépasser ce moment confusionnel afin de reconnaître à la langue son autonomie propre, son champ d’ouvertures et de constructions multiples, diverses, de développements et d’accueils, d’avenirs, aux personnes, êtres humains naissants, enfants, femmes, hommes d’aujourd’hui et de demain qui ont et auront à vivre, ce que ces « Printemps arabes » disent souhaiter, dans des sociétés aux possibilités de vies multiples, échangeables, transformables, plus égalitaires, non fixées dans des antériorités à jamais – et, faussement, révolution oblige – immuables.

L’enjeu des « Printemps arabes » est celui d’une ouverture de la langue arabe à elle-même, son devenir, hors du champ restreint, meurtrier pour soi et les autres, de cette confusion historique et mémorielle d’une langue, d’une religion, devenues, elles aussi, multiples, diverses, à la recherche de leur propre espace de vie, d’existence non dogmatique, propice à des formes démocratiques, laïques, toujours aléatoires, instables, vivantes et non mourantes, de la vie politique, artistique, imaginative, et, scientifique.

« Les Printemps arabes », dans leur diversité d’expression – deux années,  déjà ! – font bien entendre, pour leurs sociétés, la nécessité vitale de cette séparation, ombilicale, pourrait-on dire, entre la langue et le corps sacré, incestuel, encore endogame, exclusion du tout autre, encore homophobe,  dans les deux sens, de soi-même et de l’autre ; séparation qui pourrait endiguer la violence idéologique, non religieuse, confusionnelle, non confessionnelle, d’une pulsion devenue si évidemment meurtrière.

Ce qui nous permettrait de saisir la maltraitance réitérée subie ces derniers mois par deux analystes femmes dans des pays d’allégeance théologico-politique à l’islam, Mithra Kadivar, en Iran, Raja Ben Slama, tout récemment en Tunisie. Et, à partir d’elles et à travers cette maltraitance comprendre ce réel impossible encore (en corps) à entendre de la psychanalyse.

Réel et impossible présence de la psychanalyse en tant qu’elle vise à déloger l’humain de ses prétentions infantiles imaginaires et symboliques exhorbitantes, avec et sans jeu de mot, sacrificielles insupportables pour quiconque et quelques sociétés humaines que ce soit comprises. D’où cette nécessité d’une critique radicale d’une figuration et déformation confusionnelle d’un islam assujetti à une violence meurtrière sans issue ; d’autant plus meurtrière et sans issue qu’elle est caricaturale, par son système de chatiments et de fatwas improvisées, de toute pratique de justice, de droits, même relevant du religieux, de pensée.

Raisons pour lesquelles les doctrinaires meurtriers prédicateurs autoproclamés islamistes ne supporteraient pas les caricatures : ce que, de l’islam, ils seraient eux-mêmes les figurants insoutenables et,  tristement, attitrés.

Nabile Farès, psychanalyste

lire la suite


Nombre de lectures: 329 Views
Embed This