DzActiviste.info Publié le mar 1 Avr 2014

« Procès de la cause nationale »

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« Procès de la cause nationale » est le titre du livre que vient de publier – aux éditions El-Amel – Maître Abdelhamid ZEROUAL, avocat, ancien magistrat et ancien journaliste. Un livre qui scrute la période coloniale et les procès intentés par les occupants aux nationalistes algériens depuis 1830 à 1962. Faut-il souligner que la justice française a été implacable, féroce et inique à l’endroit des algériens qui se battaient pour libérer leur pays du joug qui lui était imposé? Faut-il rappeler que la justice française a dénié le droit à ces derniers d’avoir le statut de justiciables politiques? Des personnes qui étaient considérées comme des délinquants de droit commun et qui étaient traitées comme tels.

Maître ZEROUAL m’a fait l’honneur de faire la préface de son ouvrage. La voici.

Préface

L’ouvrage que nous propose Maître Zeroual est sans doute bienvenu. Il s’inscrit dans le sillage de la commémoration du cinquantième anniversaire de l’indépendance de notre pays et vient, s’il le faut, rappeler à chacun que cette dernière a été acquise au prix de grands sacrifices.

L’auteur convoque l’Histoire – depuis l’invasion de l’Algérie, au début du XIXème siècle, jusqu’à sa libération en 1962 – pour nous remettre en mémoire les exactions, les injustices et les forfaitures commises par l’empire colonial français contre le peuple algérien.

En juriste averti, avocat mais aussi ancien magistrat, il s’appuie sur les révoltes qui ont émaillé cette période sombre de l’Algérie pour mettre en relief les nombreux procès – parodies de justice -, que l’Etat français a intentés contre les algériens qui ont osé se soulever pour combattre l’ordre colonial et se hasarder à briser le joug de l’asservissement imposé au peuple tout entier.

Du procès de Mohamed Ben Abdallah dit Boumaaza, qui s’est déroulé en 1847, à celui des « porteurs de valises », qui a eu lieu au début de l’année 1962, en passant par ceux retentissants des cheikh Ahaddad et El Mokrani, en 1871, l’auteur analyse avec lucidité les procès successifs qui ont jalonné la « nuit coloniale ». Il dévoile ainsi l’arbitraire de l’impérialisme français, pointe du doigt la nature raciste du régime occupant et montre avec quelle férocité celui-ci a réprimé les révolutionnaires algériens. L’Etat français s’était jeté de toutes ses forces dans cette entreprise et avait mis en branle une machine de guerre militaro-judiciaire impitoyable, hors du commun.

Aux abus qui étaient commis sur le terrain contre les populations et aux tortures infligées aux prisonniers, étaient venus s’additionner les condamnations expéditives, prononcées contre les prévenus, par des tribunaux d’exception érigés pour la circonstance. Les TPFA (tribunal permanent des forces armées). Des simulacres de procès, marqués par un implacable acharnement judiciaire et durant lesquels les justiciables étaient jugés de façon sommaire, avaient été organisés. De lourdes condamnations avaient été prononcées : emprisonnement et travaux forcés à perpétuité avec déportations, peine de mort, avaient été requises et obtenues contre des personnes qui étaient considérées comme des criminels de droit commun. Alors que les prévenus avaient naturellement reconnu et revendiqué leurs actes – objet de leurs inculpations respectives – comme le moyen politique légitime de lutte pour obtenir leur liberté et celle de leur pays. Une « double aliénation », la première étant la spoliation de leur terre et de leur pays, la deuxième étant la négation de leur droit à avoir une opinion politique et à combattre, pour cette raison, l’ordre colonial.

Ainsi, à la cruelle répression militaire s’était ajoutée celle plus insidieuse de l’appareil judiciaire colonial. Aux sévères sentences prononcées à l’encontre des prévenus algériens faisaient écho le déni de leur droit à la défense, l’inégalité devant la loi par rapport aux justiciables français, la partialité de la loi dans les condamnations et même devant le recours en grâce.

En exhumant ces procès historiques, l’auteur de « Procès de la cause nationale » (re)fait l’autopsie de cette période tragique de l’histoire du peuple algérien. Il met en lumière, d’une part, la barbarie ordinaire qui caractérise le système colonial et montre, d’autre part, le traitement que réserve, à tous ceux qui contrarie ses desseins, le pays qui venait de donner naissance – un demi-siècle plus tôt – à la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen.

Dans son livre, Maître Zeroual donne ses lettres de noblesse au courage et à la détermination des générations successives des algériens qui se sont engagés dans le combat pour la dignité et la liberté de tout le peuple algérien et l’émancipation définitive et totale de leur pays. Il a également rendu un hommage appuyé aux avocats de la défense, algériens et français, qui étaient souvent interdits d’accès aux prétoires mais qui se sont, malgré tout, jetés corps et âme – quelques fois au péril de leur vie – dans la bataille des procédures pour forcer l’Etat colonial à rendre la justice dans le respect de la loi.

« Sachez messieurs que ce n’est pas en m’emprisonnant, en multipliant les camps de concentration ou en torturant, en condamnant, en exécutant, que vous empêcherez un peuple qui lutte héroïquement depuis six ans de recouvrer sa dignité et sa liberté ». C’était le dernier mot qu’a prononcé Haddad Hamada, condamné à 10 ans de prison par la justice coloniale, après l’énoncé de sa peine. Un propos qui montre bien l’état d’esprit dans lequel était chacun des combattants pour l’indépendance. C’est l’unique vérité et c’est la seule justice qui triomphe.

C’est l’enseignement qu’il faut tirer de ce livre. C’est pourquoi il faut le lire.

 


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