DzActiviste.info Publié le jeu 15 Mar 2012

Protégé des scandales en Algérie, Chakib Khelil se reconvertit dans le consulting en Autriche

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Un quartet au pedigree impressionnant. L’ancien ministre algérien de l’Energie, Chakib Khelil, se reconverti dans le consulting international en compagnie de trois autres ministres du pétrole, l’irakien Issam Al Chalabi, le libyen Shokri Ghanem et le nigerian Rilwanu Lukman. Dégommé du gouvernement en mai 2010, Chakib Khelil, 73 ans, fut pendant 10 ans puissant ministre de ce département qui a été éclaboussé par des scandales de corruption.


Les quatre ministres du pétrole de pays de l’OPEP ont annoncé dimanche dernier avoir mis en place un cabinet, basé à Vienne en Autriche, pour dispenser des conseils sur la politique énergétique et la stratégie d’entreprise.
Chakib Khelil, Issam Al Chalabi, Shokri Ghanem, et Rilwanu Lukman, ont fondé cette alliance à la suite d’une réunion qui s’est tenue à Vienne en février 2012.
Objectif de ce cabinet : résoudre les problèmes énergétiques, offrir des conseils aux gouvernements, aux compagnies pétrolières, aux institutions financières, aux agences de l’énergie, aux sociétés de services, de construction et d’ingénierie.
Carnet d’adresses inestimable
Les quatre ministres offrent un impressionnant pedigree, un carnet d’adresses inestimable et une expérience plus que considérable dans le secteur de l’énergie.
Issam Al Chalabi a été ministre irakien du pétrole sous Saddam Hussein entre 1987 et 1991 avant de devenir consultant international dans les pays du Golfe.
Shokri Ghanem, 70 ans, cacique du régime libyen, était ministre du Pétrole sous le colonel Kadhafi de 2006 au 16 mai 2011. Président de la National Oil Corporation en mars 2006, il fuit la Libye en guerre en juin 2011 pour se ranger aux côtés de la rébellion. Installé en Europe, il vit entre Vienne et Londres.
Rilwanu Lukman, 72 ans, fut ministre du pétrole du Nigeria à deux reprises pour des périodes de 1986 à 1990 et de 2008 à 2010, et a servi comme président de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) de 2008 à 2010.
Puissant ministre de Bouteflika
Débarqué du gouvernement à la faveur du remaniement ministériel de mai 2010, Chakib Khelil, 73 ans, a donc trouvé un point de chute près de deux ans après son départ de l’exécutif.
Ancien cadre de la Banque mondiale dans les années 1980, M. Khelil est revenu aux affaires en 1999 à la faveur de l’élection du président Bouteflika dont il était l’un des plus proches collaborateurs.
C’est ainsi que le chef de l’Etat lui confiera dès décembre 1999 le département de l’Energie qu’il dirigera jusqu’au mois de mai 2010.
Chakib Khelil sera l’artisan de la loi sur les Hydrocarbures qui a été vivement contestée en Algérie, son initiateur étant soupçonné de l’avoir rédigé en 2003 sous la dictée de ses amis américains. L’ancien ministre était accusé de brader les richesses du sous-sol algérien au profit des compagnies américaines.
Adoptée en avril 2005, cette loi a finalement été retirée par le président Bouteflika une année plus tard sous la contrainte.
Le scandale BRC
Bien que directement impliqué dans l’affaire BRC (Brown, Roots& Condor) – cette joint-venture algéro-américaine avait obtenu entre 2001 et 2005 quarante et un marchés de gré à gré avec Sonatrach et le ministère de la Défense nationale pour un montant total de 185,7 milliards de dinars (2,48 milliards de dollars )-, M. Khelil aura réussi à étouffer le scandale en procédant à la dissolution anticipée de BRC.
Il faudra attendre le scandale de corruption qui a éclaboussé les dirigeants de Sonatrach en janvier 2010 pour que la gestion douteuse et opaque de ce département par le ministre apparaisse au grand jour.
Il passe au travers des gouttes
Si plusieurs dirigeants de Sonatrach sont poursuivis en justice pour malversations et corruptions présumées, si encore les aveux des prévenus l’impliquent directement dans ces dossiers, l’ex-ministre a encore réussi à se tirer d’affaire en raison sans doute de la protection dont il bénéficie de la part du chef de l’Etat et de son entourage.
Aussi les juges se gardent de la convoquer en dépit des multiples demandes des avocats de la défense qui souhaitent l’entendre sur ces affaires qui ont ébranlé le géant pétrolier algérien.
Interrogé par la presse sur le scandale BRC et sur celui de Sonatrach, M. Chakib a toujours clamé son innocence, expliquant de ne pas être au courant de ces contrats litigieux.
Les propriétés aux States
Marié à une américaine et détenteur de la double nationalité –algérienne et américaine- Chakib Khelil est également soupçonné d’avoir profité de sa position de ministre et de patron de Sonatrach entre 2001 et 2003 pour s’enrichir et acquérir des propriétés aux Etats-Unis.
En juillet 2007, lui, son épouse, Najat Arafat Khelil et un entrepreneur privé, Omar Habour (cité dans le scandale de  BCIA) ont acquis une propriété dans le Maryland, aux Etats-Unis, pour un montant de 1,56 millions de dollars.
Le couple a également acquis le 30 juin 2008, une maison mitoyenne pour 302 000 dollars, ainsi qu’une autre propriété pour un montant de 300 000 dollars.


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