DzActiviste.info Publié le ven 11 Oct 2013

Quand la voyoucratie des pays en voie de sous-développement use et abuse de l’argent du peuple !

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A Paris, le shopping de la corruption du clan Sassou Nguesso

11 OCTOBRE 2013 |  PAR FABRICE ARFI

2,5 millions d’euros de montres et de bijoux, 1,6 million d’euros de costumes, 250 000 euros de chemises… Les policiers en charge de l’affaire dite des « Biens mal acquis » sont parvenus à établir dans le détail les indécentes dépenses « shopping » du président du Congo-Brazzaville et de sa famille à Paris. L’argent provenait essentiellement des caisses de l’État congolais, via un circuit de sociétés offshore mis au jour par les enquêteurs.

 

C’est une promenade policière dans le Paris du luxe qui donne la nausée. Les enquêteurs de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière, en charge des différents volets de l’affaire dite des « Biens mal acquis », sont parvenus à établir dans le détail les indécentes dépenses « shopping » du président du Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso, et de sa famille.

Denis Sassou Nguesso, l'homme fort du Congo-Brazzaville depuis 1997. Denis Sassou Nguesso, l’homme fort du Congo-Brazzaville depuis 1997. © Reuters

Ce sont au minimum 7,7 millions d’euros à l’origine douteuse qui ont ainsi été dilapidés en quatre ans dans les plus beaux magasins de la capitale en futilités diverses, montres, bijoux, chemises, costumes et autres, d’après un décompte effectué par Mediapart à partir de dizaines de procès-verbaux de police.

Alors que le pays qu’ils dirigent d’une main de fer sans discontinuer depuis 1997 fait partie des « pays pauvres très endettés » (PPTE) référencés par la Banque mondiale ; que près de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté ; que l’accès à l’eau potable ou à l’électricité demeure encore difficile ; que le taux de chômage national dépasse les 30 % ; qu’un quart des enfants congolais de moins de 5 ans souffrent de malnutrition chronique, le président et les siens dépensent régulièrement sans compter à 6 000 kilomètres de la misère.

De fait, le pays vit sur une confortable rente pétrolière, mais sa population n’en voit que très rarement la couleur. Le groupe français Total, installé depuis la fin des années 1960 au Congo, assure à lui seul près de 60 % de la production nationale. L’autocrate francophile Denis Sassou Nguesso entretient de son côté depuis longtemps de solides amitiés avec la classe dirigeante française, comme en témoignent les récentes et chaleureuses rencontres avec les UMP Jean-François Copé et Rachida Dati (voir ici) ou la proximité affichée avec le banquier d’affaires Matthieu Pigasse, proche du parti socialiste, et co-propriétaire du journal Le Monde.

Saisie par plusieurs ONG anti-corruption, la justice française enquête depuis 2010 sur des soupçons de « détournement de fonds publics », « blanchiment », « abus de biens sociaux et de confiance », visant plusieurs dignitaires africains : les Bongo au Gabon, les Obiang en Guinée-Équatoriale et les Sassou Nguesso au Congo. Tous sont accusés d’avoir détourné l’argent public des pays qu’ils dirigent sans partage pour s’enrichir illégalement et se constituer, en France, un patrimoine dont le faste dépasse parfois l’entendement.

Après les villas et les appartements achetés par dizaines, après les parcs automobiles constitués sans aucune limite, les policiers français se sont cette fois penchés sur les “petites dépenses” des uns et des autres, et tout particulièrement du clan Sassou Nguesso. Louis Vuitton, Arije, Dolce Gabbana, Dubail… : c’est un épais catalogue du luxe parisien qui défile désormais entre les mains des enquêteurs et des juges d’instruction Roger Le Loire et René Grouman.

Une bonne part des dépenses aujourd’hui considérées comme suspectes par la justice a été opérée soit en espèces soit au travers des comptes offshore de sociétés-écrans domiciliées dans des paradis fiscaux.

Voici un aperçu des dépenses que les enquêteurs ont pu retracer ces derniers mois dans différentes boutiques de luxe parisiennes.

  • Chez Halary, spécialiste de la chemise haut de gamme sur-mesure :

— Entre septembre 2005 et novembre 2011, 257 261 € ont été versés en espèces pour l’achat de chemises monogrammées “D.S.N” (pour Denis Sassou Nguesso), des chaussettes en laine et en soie et des boutons de manchettes sertis d’argent et d’or.

  • Chez Arije, bijoux et montres :

— Antoinette Sassou Nguesso, l’épouse du dictateur, a dépensé entre 2009 et 2011, 171 675 €, dont plus de 130 000 € ont été réglés en espèces.
— Claudia Nguesso, la fille et conseillère spéciale du dictateur, sur la même période : 243 000 €.
— Denis Sassou Nguesso en personne : 14 130 €.
— Edgar Sassou Nguesso, le cousin : 1,04 million d’€ en deux ans, dont près de 200 000 € en espèces.
— Wilfrid Sassou Nguesso, neveu et patron de la société de transports Socotram : 1,05 million d’€.


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