DzActiviste.info Publié le lun 25 Fév 2013

Qu’attend-on pour changer le pays?

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Algérie2 Kamal Guerroua

                      « Il n’existe rien de constant si ce n’est le changement»

                                 Confucius, philosophe chinois (551- 497 A.V J.C)

Bricolages et rafistolages au sommet politique, survie au jour le jour sans horizons élargis ni trajectoire précise à la base sociale. Entre-temps, un fait inexplicable en surgit : «ceux d’en haut et ceux d’en bas» pour reprendre le terme de l’écrivain mexicain Mariano Azuela (1873-1952) dont les imaginaires se frottent, s’arrangent comme par enchantement et décident d’un commun accord sans se consulter entre eux de bannir le mot «changement» du dictionnaire lexicographique algérien. En voici-là, très triste, le décor de l’Algérie de 2013! La majorité de mes compatriotes dont je partage en certains points l’avis ne comprennent pas pourquoi ce capharnaüm qui fait que le pays reste encore coincé dans son sous-développement, persiste. Alors que les autres contrées, proches ou lointaines, essaient au moins d’avancer, nous ici, on se serre les coudes pour retenir nos pas et il semble que dans «cette tendance maladive à la régression» chacun y a trouvé son compte, du simple élève d’une école primaire au premier magistrat du pays! A regarder de plus près, l’Algérie est un pays qui s’est fourvoyé dans un labyrinthe inextricable et échappé plus d’une fois au destin de puissance tant politique, diplomatique qu’économique qu’implique sa situation géographique, ses richesses souterraines et son histoire plus que millénaire. Certes, la sous-exploitation de son potentiel culturel, économique, humain et juvénile la met à la traîne mais n’en reste pas moins un facteur capital par rapport au problème de la «gestion». Le monde de l’après 11 septembre 2001 nécessite des compétences managériales avérées, des gestionnaires qualifiés, un arsenal judiciaire fort et «un État de droit» en mesure de sauvegarder la souveraineté du pays des foyers de tensions régionaux et de la menace terroriste partout présente. Il y a, pourrait-on y ajouter aussi, comme une attitude d’attentisme, de mollesse, d’inertie, de léthargie et surtout de défaillance permanents dans les deux blocs séparés (État-Pouvoir et Peuple-Société). De manière on ne peut plus naturelle, nos élites, du reste mal-inspirées, continuent de s’aliéner en s’engouffrant davantage dans le rituel du déni. En conséquence, force nous est de constater qu’aucune approche originelle ni originale des réalités locales sous le prisme des politiques nationales ou continentales (africaine) n’ait été entreprise depuis l’indépendance (l’arabisation forcée de l’école, la révolution agraire, la politique agricole des plans, la fameuse «industrie industrialisante», la politique d’anti-pénurie «P.A.P», les chimères d’Al-infitah, le réajustement structurel et enfin l’économie du marché..etc). Tout s’est fait et continue encore de se faire au grand dam de «la plèbe» sur la base d’une saugrenue comparaison soit à l’Orient ou à l’Occident. Hélas, l’Algérie est encore dépourvue de modèle propre de représentation identitaire, sociale ou économique à l’aube du XXI siècle. Ce qui est à même d’ériger à court terme et peut-être pour longtemps en dogmes inaliénables les phénomènes d’acculturation et d’aliénation parmi nos élites.

 

Or il est incontestablement admis que l’authenticité des choix fondamentaux d’un pays est une condition sine qua non pour que celui-ci enfourche rapidement le cheval de l’évolution. En revanche, il est plus que désolant de constater qu’en Algérie l’idée du changement est tristement sacrifiée sur l’autel de fixations idéologiques et de vieux replis régionalistes ou tribalistes. En plus, l’absence d’une couche moyenne, régulatrice de l’ordre social ajoute au «maelström algérien» un soupçon de tragi-comédie dans la mesure où le retour du refoulé sectaire, corporatiste ou népotiste dans les secteurs névralgiques tels que l’éducation, la culture ou même dans des services étatiques à l’image des (mairies, daîras, consulats ou ambassades) marche concomitamment avec l’effritement graduel de la notion de citoyenneté et l’inexorable montée du réseau informel ou de ce qu’on appelle communément «mâarifa» ou «tchipa» dans les rouages administratifs. La citoyenneté, encore faudrait-il le rappeler en ce papier, est une construction permanente du savoir-vivre politico-social en rapport direct avec la modernité dans toutes ses dimensions : morale, intellectuelle, philosophique et civilisationnelle. A titre d’exemple, la grève lancée dernièrement par le personnel du ministère des affaires étrangères illustre d’une part, la dégradation de façon globale du cadre social du fonctionnaire algérien. D’autre part, elle met en évidence le fait que ces dernières années le manque flagrant de crédibilité de certaines institutions a mis le doute dans le cœur de tous les citoyens. Ces institutions-clés qui, il faut bien le préciser, sont pourtant censées être, sous d’autres cieux, la façade représentative de la politiques des pays, perdent tout leur symbole en Algérie. Il va de soi qu’une classe moyenne performante, cultivée et engagée, l’équivalent de «la petite-bourgeoisie» ancienne, est un anti-dépresseur social par excellence. Or, en Algérie, la dévalorisation du statut d’enseignant, d’avocat, de médecin et de presque toutes les  professions libérales jumelée au problème du renouvellement générationnel qui se fait au compte-goutte, aurait injecté on ne peut plus une overdose de puissance au traditionalisme et à l’archaïsme, déjà combien préexistants et prédominants, dans les mentalités. C’est vraiment triste, l’algérien d’aujourd’hui est, à de rares exceptions près, un condensé  de conservatisme, d’orgueil et d’obstination mêlé à une certaine «peur incomprise» de l’aventure collective. Pour s’en convaincre, il ne suffit que de  faire une rapide tournée dans les rues des grandes ville (Alger-Oran-Constantine) pour voir le degré de la sous-évolution des comportements, le manque d’hygiène publique, le non-respect des normes d’urbanisme, des espaces verts, du code de la route, l’anarchie des marchés sous l’œil complaisant des forces de l’ordre..etc. En un mot, l’Algérie est un pays malade de ses maladies!

 

Par ailleurs, il est un fait incontestable, quand une nation manque de paradigme consensuel de cohabitation (un pacte national de confiance) accepté de plein gré par l’ensemble de ses forces vives, les liens individuels l’emportent largement sur le sens de la communauté au sens classique du terme et de la collectivité au sens moderne. Ainsi la société se gère-t-elle selon le principe qu’un ami à moi m’a un jour expliqué «il n’y a pas de destin collectif mais simplement des solutions individuelles». Autrement dit, la mentalité de «hena khaoua» (nous sommes tous des frères) se laisse par automatisme dominer par le stéréotype «selk rassek» (sauve ta peau). C’est peut-être dans cette logique que les jeunes des banlieues algéroises ont troqué le vocable de «kho» (frère) contre celui de «chriki» (associé, partenaire). L’Algérie qui aurait survécu à la parenthèse sanglante de la terreur des années 90 grâce à la solidarité de ses enfants, aurait payé un lourd tribut de sang et de larmes à une fausse fraternité forgée autour d’un dogmatisme et d’une idéologisation/instrumentalisation religieuse accélérée, laquelle est en net déphasage avec les préceptes du rite malékite tolérant dont nos ancêtres furent des adeptes des siècles durant. Il est vrai que ces transformations sociologiques qui ont commencé par une fraternité des armes (la guerre de libération 1954-1962) en passant par une fraternité du sang (l’islamisme politique), ont culminé au final en «une fraternité-partenariat» sur fond de l’ère économique Al-Infitah post-Octobre 1988. Du coup, les transformations ayant sillonné le processus d’édification étatique ont coïncidé avec le trop-plein d’État répressif et la disparition de l’État-providence, «protecteur du minimum vital/physiologique» comme dirait le Dr R.Tlemçani. En termes plus simples, «l’État-nounou» qui gère la politique du bâton et de la carotte selon les humeurs du chef dans les années 70 et 80 s’est transformé en un État du «tout-sécuritaire» sous l’état de siège dans les années 90 puis actuellement en «État-toutou» dont l’informel, l’officieux et les coulisses tiennent le gouvernail. Ces mutations sauvages de la société algérienne, boostées d’en haut et acceptés d’en-bas, sont résumées par le sociologue Lhouari Addi dans cette formule lapidaire mais fort pertinente «le régime algérien aime le peuple et déteste la société». Cela, il est vrai, se constate au quotidien dans la vertigineuse ascension du défaitisme social qu’accompagne une sclérose politique d’un pays où un conseil de ministres ne se tient qu’au bout de trois mois si ce n’est pas plus. Plus grave encore, on ne sait rien du tout sur l’état de santé du président et des rumeurs sur une probable révision de la constitution et même sur un quatrième mandat font leur cours parmi la classe politique dont certains leaders, pourtant jeunes, le réclament à cor et à cri (Amara Benyounès (M.P.A), Amar Ghoul (T.A.J)) alors que la société civile est quasiment dans «un coma clinique».

 

Chose étonnante dans la mesure où, en toile de fond, l’édifice idéologique du régime se ramène invariablement à trois constantes aussi fondamentales qu’irréfutables : le culte du mystère, la culture du complot et le prurit tribalo-régionaliste avec des relents d’affairisme politique teinté d’un discours national aussi populiste que démagogique. Les crises à répétition dont furent le théâtre les casemates du F.L.N depuis au moins 1996, date du premier coup de force scientifique contre le secrétaire général de l’époque feu A/ Mehri révèle  non seulement l’incohérence des idéaux du plus vieux parti algérien, façade du régime politique actuel quand il s’agit de trouver une alternative ou une autre vision des problèmes du pays mais aussi la corruptibilité manifeste et l’absence d’horizons prometteurs d’avenir dans cette formation politique. Il est pour le moins certain que Mehri et après lui Benhamouda, Benflis et Belkhadem sont tous mis à la porte suite à des motions issues du congrès du parti ou à des votes de confiance par ses cadres militants mais il n’en demeure pas moins qu’il y ait souvent derrière des connivences malsaines, des tractations et des jeux de pouvoir qui n’honorent en aucun cas la démocratie. Le F.LN est, sans conteste, l’image de profil de tous les partis algériens où le mystère et les coups de force priment sur le débat contradictoire et la liberté d’expression. C’est dramatique, en Algérie, un coup d’État n’est jamais qualifié de son nom mais est souvent assimilé à un redressement.

 

D’entrée de jeu, la stratégie de la falsification du discours et le mensonge institutionnalisé distillés sous forme d’euphémisme prennent la relève des luttes claniques pour le pouvoir. Fait incompréhensible, au cours de ces dernières décennies est apparu un nouveau problème, dangereus celui-là : l’absence de statistiques officielles ou leur fausseté si elles en existent : ni le C.N.E.S (conseil national économique et social) ni le forum des chefs d’entreprises (F.C.E) ni moins encore le syndicat officiel (U.G.T.A)  ne peuvent aujourd’hui préciser le nombre exact de chômeurs en Algérie ! La baraque algérienne est, semble-t-il, en déclinaison et le peuple est mis hors circuit d’information. Il y a même certains algériens qui doutent du nombre réel d’habitants que les autorités déclarent (35 millions). Dans cet ordre d’idées, l’absence de synergie d’efforts et surtout de transparence dans la gestion des dossiers sensibles du pays (l’Empire décadent de Khalifa, le scandale de Sonatrach et la dernière affaire de In amenas) a donné une nouvelle forme à la méfiance citoyenne vis-à-vis des institutions d’État. L’ancienne génération accrochée au poncif éculé de la sacro-sainte «famille révolutionnaire» est plongée dans une véritable «crise de valeurs», cherchant au milieu de résidus lyriques d’un nationalisme en agonie une raison pour la perpétuation du système. Tout au plus, le chimérique révolutionnaire est  utilisé comme une parade infaillible à toute velléité du changement. Du coup, on se rend bien à l’évidence que la génération de «tab djenanou» croit plus au mérite du fusil qu’au clavier de l’ordinateur qui aurait pu détrôner en quelques jours le pharaon d’Égypte de son règne, cela se voit dans nos universités qui manquent d’internet et dans ces fameux cybercafés que l’on transforme en pizzerias. Sans doute, l’argent facile est le nouveau crédo d’une jeunesse perdue. Mais «quelle est cette société qui n’offre qu’une alternative : subir ou s’évader, au sens propre l’exil, au sens figuré, internet, alcool, drogue» s’est interrogé Marwane Ben Yahmed (1), ma réponse à l’éditorialiste de Jeune Afrique est vite trouvée: l’Algérie ! Mais à quoi bon ce malaise est-il dû? Les algériens sont-ils moins friands du changement que leurs voisins? Ont-ils été atteints de la maladie du statu-quo ou ont-ils peur de toute vision prospective de leur avenir? Il semble bien évident à priori que ces jeunes rongés par l’angoisse protéiforme et pris en tenailles entre d’amères réalités (chômage-harragas) ne comprennent  pas du tout leur itinéraire, marqué à jamais par cette culture de reniement, du dénigrement et de la hogra tous azimuts. Mais qu’y-a-t-il de mal pour nos responsables à oser faire la rupture avec les discours lénifiants sur les glorioles d’une certaine histoire en voie de péremption et à affronter sérieusement l’amertume du présent? L’Algérie ferait mieux de s’en tenir aux principes de la citoyenneté et aux idéaux de la démocratie. Un défi titanesque à même, si tant est qu’il soit de bonne foi, de donner un coup d’éclat et tout particulièrement une crédibilité à des institutions étatiques sérieusement gangrenées par la corruption. Ce fléau endémique dont se servent les adeptes de «Hizb Chekara» comme tremplin  pour remplir leurs poches et mépriser davantage ce «ghachi», à leurs yeux,  inculte et sans civilité.

 

 

En vérité, les frustrations individuelles ne pourraient que générer des colères collectives. Du coup, l’émeute qui est devenue le langage primordial du citoyen algérien depuis des lustres ne saurait être décryptée qu’à la lumière de ce ras-le-bol général, de cette fatigue du peuple de subir davantage le fardeau de promesses non tenues et, hélas, de son incapacité à formuler en termes clairs ses intimes volontés. C’est triste de le dire mais c’est bien de cela qu’il s’agissait «aujourd’hui qu’elle a pansé ses blessures sans avoir totalement  fait son deuil d’une tragédie qui avait failli l’emporter et dont elle observe avec circonspection la reproduction dans un certain nombre de pays voisins, a-t-elle réellement en main les moyens de se dépasser et de réussir à construire la république sociale et démocratique sans avoir à compter indéfiniment sur l’homme providentiel?» C’est ainsi que Badreddine Mili conclut son article en parlant de l’Algérie (2).  A l’évidence, il en faut beaucoup à l’Algérie pour qu’elle se mette en selle car à force de s’engager dans des mutations non réfléchies, voire sauvages, elle risque de se déboussoler si ce n’est déjà pas le cas présentement. Ce qui laisse la voie libre à des spéculations à tout-va. Il est tout à fait clair que le syndrome de l’inflation ayant conduit ces derniers jours à la cherté de la vie et la dévalorisation inquiétante du pouvoir d’achat en est un cas d’espèce. On dirait  que l’inconstance des prix des produits alimentaires est le fait d’un simple jeu d’enfants. C’est évident, faute d’une production nationale pérenne et régulière, le pays va crouler sous les coups «des politiques monopolistiques» des barons de l’import-import qui profitent de la rente des hydrocarbures et de l’économie de la rente pour saboter l’investissement national et étranger, le tourisme et l’industrie nationale (réfléchissons un peu à cette disparition du lait, matière alimentaire de base, des étals). Mais, à défaut de programme économique solide, pourquoi ne reviendrait-on pas au principe des cultures vivrières? Forme certes primitive de gestion agricole mais fort salvatrice au moment actuel en Algérie. Pour le surplus, la dépendance de l’Algérie des filières de l’agro-alimentaire occidentales en général et hexagonales en particulier est un grave handicap qui la rend moins souveraine en matière économique. Et qui dit économie dit  sans doute politique. Il est certain que le désintérêt grandissant porté au potentiel agro-pastoral des wilayas de l’intérieur ( Sétif, Djelfa, M’sila, Saida…etc)  est une pièce à décharge contre cette politique d’abandon dont souffre tout le pays, «L’Algérie est un pays agricole, elle ne peut continuer à servir de réceptacle aux containers au détriment de la production. Il faut renverser la situation de pays consommateur à celui de pays exportateur.»(3). Dans cette perspective, force est de constater que le plan quinquennal d’investissement (2010-2014), plus de 212 milliards d’euros, inscrit dans le cadre du projet de la relance économique enclenché par tranches par le président Bouteflika depuis les années 2000 n’était même pas de nature à nettoyer le pays, comment saurait-on croire alors qu’il va générer de l’emploi et secouer le cocotier de la bureaucratie, cette arme fatale du «terrorisme administratif» ! Aussi, l’installation des bureaux de main-d’œuvre et la mise en place de stratégies nationales d’absorption du chômage et de soutien de jeunes via l’A.N.S.E.J se sont avérés peu performants. De même voit-on avec amertume cette contradiction flagrante qui fait que d’un côté, on se plaint du manque de productivité agricole et d’un autre côté, on éponge les dettes d’agriculteurs au gré du populisme des mandats présidentiels alors que même le matériel nécessaire pour travailler la terre fait cruellement défaut. Les masses s’étranglent d’indignation de ces politiques incohérentes et sans suite d’autant plus qu’il est vite apparu illusoire de parler de changement politique et institutionnel sans  une vraie  évolution dans le régime de vie du pays, du reste au stade stationnaire (revalorisation de l’éthique et de la morale de gouvernance). Désormais, la déshérence culturelle, scientifique, économique et politique du pays est chose évidente. Ainsi, la quasi-tutelle souvent imposée, parfois consentie du référentiel «el baylek» sur les cerveaux des masses et les retombées de cette «mentalité Taïwan» qui  détruit tout sur son passage ne font qu’empirer la situation du pays. A quand donc le changement espéré messieurs les responsables?

 

Notes de renvoi:

 

1-Voir l’éditorial de Marwane Benyahmed: si jeunesse pouvait, Jeune Afrique N¨2717,  du 04 au 09 février 2013 et surtout son pertinent éditorial du 14 février 2013,  Algérie: L’autre révolution

 

2-Badreddine Mili, les trois morts de Mohammed Boudiaf, rubrique «contributions», le Soir d’Algérie, 16 janvier 2013

 

 

3-Voir l’article de Salima Tlemçani, les neuf plaies qui gangrènent l’Algérie, El Watan, le 05 février 2013.      

 

Kamal Guerroua, universitaire.                                        

 

 

 

   


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