DzActiviste.info Publié le dim 19 Août 2012

Que serait advenue de la révolution si le congrès de la Soummam n’avait pas eu lieu ?

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Abane entouré du colonel Sadek et Larbi Ben M'hidi

Le colonel Sadek , Abane et Larbi Ben M’hidi

Par Ait Benali Boubekeur
In LQA 19 08 2012

Depuis la tenue du congrès de la Soummam, on disserte plus souvent sur les détracteurs et ceux qui ont soutenu le congrès ainsi que sur le rôle des structures qui sont mises en place. Dans cette modeste contribution, il sera question de se placer dans l’optique où le congrès n’a pas eu lieu. En fait, si le congrès n’avait pas eu lieu en aout 1956, les dirigeants auraient songé certainement à doter un jour à leur mouvement une direction nationale homogène.

Car bien que la trentaine d’actions du 1er novembre 1954 ait touché l’ensemble du territoire national, en peu de temps, le contact a cessé entre les régions du pays. « Avant le congrès historique du 20 aout 1956, chaque wilaya vivait renfermée sur elle-même et volait de ses propres ailes… il était possible d’avoir six politiques différentes, 6 stratégies différentes, 6 tactiques différentes et aussi 6 peuples différents, comme il existait 6 wilayas différentes », explique Bentobbal dans une conférence tenue le 5 février 1960. Quoi qu’il en soit, bien que le congrès ait une portée nationale, certaines absences constituent immanquablement la pomme de discorde. Insistant sans cesse sur les défections, les détracteurs oublient que grâce au congrès de la Soummam la révolution a réussi à unifier la lutte en général et son armée en particulier.

« C’était la première fois que l’Algérie obtenait un tel résultat, c’était la première fois qu’on assistait à une telle coordination, à une telle centralisation, c’est-à-dire la mise en place d’une structure qui était la même partout, et c’était la première fois qu’on avait une armée unie. Elle, qui, auparavant, n’avait d’armée que de nom », argumente Bentobbal devant les cadres du FLN du Maroc et de Tunisie venus l’écouter. D’une façon générale, le malentendu, affirme Bentobbal, réside dans le fait que certains dirigeants, se trouvant de surcroit à l’extérieur, pensaient que tout allait bien dans les maquis depuis le 1er novembre 1954. En effet, éloignés des terrains de la lutte, à l’instar de Ben Bella, ces détracteurs croyaient que la lutte se dirigeait sous l’égide d’un état-major national. Or, de 1954 à 1956, la révolution algérienne ne diffèraient pas, d’une certaine façon, des soulèvements que l’Algérie a connus par le passé. Et ces soulèvements finirent tous sur la victoire du régime colonial. Selon Mabrouk Belhocine, « Ni le génie de l’Emir Abdelkader, ni la persévérance du bey Ahmed, ni la passion de Lala Fatma N’Soumer, ni le courage de Bouziane, Bou Baghla, Chikh Ahdad, Mokrani, Bouamama, ne réussirent à repousser l’envahisseur. » En ce sens, le congrès de la Soummam a su pallier les erreurs en donnant à la révolution l’unité qui lui faisait défaut.

D’ailleurs, bien qu’il y ait eu des congrès dans l’histoire du mouvement national (congrès musulman 1936, congrès des AML en 1945), force est de reconnaitre que celui de la Soummam est le seul qui a défini sans ambages les fondements de la nation algérienne. Pour résumer l’importance de ce congrès en une phrase, Mabrouk Belhocine écrit : « D’une révolte, le congrès de la Soummam a fait une révolution et a évité à l’Algérie de rééditer tant d’échecs passés. » En somme, malgré l’acharnement de certains à présenter le congrès comme étant une dérive (Ben Bella sur El jazira), il va de soi qu’à la Soummam les congressistes ont doté la révolution des organismes qui lui manquaient. Et si les principes soummamiens avaient été respectés, l’Algérie indépendante n’aurait pas sombré dans la recherche perpétuelle d’une stabilité politique. Enfin, il est clair que toute révolution a besoin de mettre en exergue les principes qui la guident. D’ailleurs, en 1962, c’est le CNRA (Conseil national de la révolution algérienne), émanation du congrès de la Soummam, qui donnera son aval à travers le vote des 4/5 de ses membres pour engager l’Algérie dans la négociation avec la France. Et si le congrès n’avait pas eu lieu, qui aurait pu engager l’Algérie dans une telle démarche ? Quels seraient les critères sur lesquels on choisirait les négociateurs ? En fin de compte, ce sont ces questions auxquelles les congressistes de la Soummam ont répondu.

Par Ait Benali Boubekeur


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