DzActiviste.info Publié le mer 11 Avr 2012

Quel sera l’avenir de l’Algérie sur la scène internationale ?

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L’Algérie actuellement est en plein syndrome hollandais. Le syndrome hollandais est apparu en 1970 et fait référence aux difficultés rencontrées par l’économie hollandaise suite à l’exploitation, dans les années soixante, des réserves de gaz naturel du gisement de Slochteren.

L’augmentation des exportations produit un excédent commercial. Cet excédent se traduit par une appréciation du taux de change. Importer des biens devient alors plus avantageux que de les produire localement. Il peut alors s’ensuivre une moindre incitation à produire localement dans le secteur secondaire et agricole, ce qui peut produire une réduction de la production nationale et donc une plus forte dépendance aux importations, un accroissement du chômage et la généralisation de la corruption (gain facile). Cela peut concerner également d’autre ressources naturelles comme cela a été le cas de l’Espagne avec la découverte de l’or en Amérique latine qui aussitôt épuisé a conduit l’Espagne à une récession de plus de deux siècles.

Gaspillage des ressources

La majorité de la dépense publique, alimentant la majorité des programmes d’investissement provient de la rente des hydrocarbures. Malgré le pré-programme 1999/2003 (7 milliards de dollars US), le programme 2004/2009, dont le montant est passé successivement de 55 en 2004, à 100 fin 2005, à 140 fin 2006 et à 200 milliards de dollars US fin 2009, (aucun bilan à ce jour) et le nouveau programme 2010/2014 de 286 milliards de dollars dont 130 sont des restes à réaliser du programme 2004/2009 les résultats sont mitigés. toujours 98% d’exportation provenant des hydrocarbures et important 70/75% des besoins des ménages et des besoins des entreprises publiques et privées.. L’on se contente à travers la télévision algérienne qui n’a aucun impact de relater les réalisations physiques à dominance d’infrastructures (70% de ces dépenses) sans se préoccuper des couts et des impacts réels. Le rapport élaboré à la demande du gouvernement algérien sur le bilan du programme de soutien à la relance économique 2004/2009 par la Banque mondiale, sous la direction de Théodore O. Ahlers, ex-directeur du département Maghreb-Moyen-Orient le confirme. Le rapport souligne que malgré les dépenses publiques qui sont passées de 62 % du PIB moyenne 2008, contre 34 % fin 1999, du fait de l’inefficacité des institutions, ce dernier n’a pas réussi à inverser les tendances profondes de la crise économique que connaît l’Algérie, assistant à un gaspillage des ressources financières et à un renforcement de la dynamique rentière. Le constat est que chaque projet a fait l’objet de six réévaluations en moyenne avec des retards de 6,5 ans. La Banque mondiale doute que ce programme, qui n’a pas de cohérence, avec des affectations budgétaires spécifiquessans objectifs précis sur les impacts économiques et sociaux, puisse pérenniser la croissance, de promouvoir un développement fiable à moyen et long termes, avec le risque d’un gaspillage croissant, faute d’une bonne gouvernance et d’un secteur privé algérien concurrentiel dont l’émergence est freinée par de multiples contraintes d’environnement (bureaucratie), système socio-éducatif et financier inadaptés et l’inexistence d’un marché du foncier libre.

Manne pétrolière et paupérisation

Devant ce bilan mitigé des réformes établi d’ailleurs tant par les organismes officiels qu’internationaux, il s’avère qu’il y a urgence du redressement socio-économique de l’Algérie. En effet, face à une population de plus de 36 millions d’habitants fin 2010, (allant vers les 50 millions dans quelques années) et une population active dépassant les 10 millions, avec une demande additionnelle d’emplois annuelle de 400.000 unités, malgré des réserves de change qui dépassent les 188 milliards de dollars US, un stock de la dette extérieure inférieur à 4 milliards de dollars US, et un stock de la dette intérieure intérieur à 1 milliard de dollars , nous assistons à une croissance du PIB mitigé non proportionnel aux dépenses monétaires montrant la mauvaise gestion, la corruption généralisée et la mauvaise allocation des ressources financières. Les taux de croissance, de chômage et d’inflation officiels sont des taux artificiels que voile la rente des hydrocarbures où nous assistons à une redistribution passive de revenus pour une paix sociale éphémère. Nous assistons donc à une nette détérioration du pouvoir d’achat de la majorité de la population où 70% vivent avec un revenu inférieur à 30.000 dinars par mois consacrant plus de 70% de ce modeste revenu aux produits de première nécessité qui connaissent une inflation galopante. Cette situation de l’Algérie de 2012, avec une nette concentration du revenu au profit de couches rentières au détriment des producteurs de valeur ajoutée directement (la sphère économique) ou indirectement (l’Education, la Santé), malgré des sommes colossales de transferts sociaux (10 % du PIB) mal ciblés et mal gérés, trouve son essence dans le fait que les deux piliers du développement du XXIème siècle, face aux enjeux de la mondialisation, à savoir la bonne gouvernance (mauvaise gestion généralisée et corruption socialisée) et la valorisation du savoir sont subordonnés aux intérêts rentiers. Cela explique la démobilisation de la population algérienne face à ce paradoxe de l’aisance financière et d’une relative régression économique et sociale : un Etat riche mais une population de plus en plus pauvre.

Il s’agit d’éviter les graves dérives et dangers de l’économie prédatrice et mafieuse, de perpétuer des comportements rentiers périmés, afin qu’entre 2018/2020, l’Algérie puisse doubler le produit intérieur brut, soit 380 milliards de dollars à prix constants 2012, avec une diminution des sections rentes si elle veut éviter de graves dérives sociales et politiques. Les luttes intestines actuelles, comme par exemple ce qui se passe au parti FLN et dans d’autres partis dont la plupart sont des appendices de l’ancien parti Etat/FLN, ne sont que de la poudre aux yeux qui ne s’attaquent pas à l’essentiel mais traduisent des rivalités plutôt personnelles pour le partage de la rente. Or, les réformes impliquent donc une société où domine un Etat de droit, où c’est la norme du droit qui devrait reprendre sa place pour légitimer le véritable statut de la citoyenneté. Le passage de l’Etat de « soutien » à l’Etat de droit est de mon point de vue un pari politique majeur car il implique tout simplement un nouveau contrat social et politique entre la nation et l’Etat. En fait, cela implique que le pouvoir bienfaisant ou de bienfaisance inauguré comme contrat politique implicite par les tenants du socialisme de la mamelle, afin de légitimer l’échange d’une partie de la rente contre la soumission politique et qui efface tout esprit de citoyenneté active, ce pouvoir doit céder la place à un pouvoir juste, justicier et de justice. Or, le bilan socio économique après 50 années d’indépendance politique, montre clairement un paradoxe : une aisance financière, du moins à court terme, grâce à des facteurs exogènes et non d’une bonne gouvernance et des inquiétudes pour l’avenir de l’Algérie. Se pose cette question fondamentale aux yeux des citoyens désabusés par tant de promesses non tenues : les élections du 10 mai 2012 permettront-elles réellement de dépasser ce syndrome hollandais qui traduit l’impasse de l’Algérie ?

Professeur Abderrahmane Mebtoul, expert International économiste


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