DzActiviste.info Publié le dim 11 Août 2013

Quelle solution pour la question du Sahara occidental ?

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Quelle solution pour la question du Sahara occidental ?

(Première partie)

Par Abdelkrim Badjadja

 

Au moment où s’ouvrent à New York des négociations directes entre le Maroc et le Front Polisario pour chercher une issue au problème du Sahara Occidental, nous formons le souhait de voir ces discussions aboutir favorablement pour les parties concernées. Voilà un vœu bien pieux qui pourrait sembler à beaucoup peu réaliste, voire utopique, tant les positions affichées par les négociateurs sont antagoniques :

–          Le Front Polisario réclame tout simplement l’Indépendance pour le Sahara, et il se dit prêt pour y arriver à passer par un référendum d’autodétermination.

–          Le Maroc proclame la marocanité du Sahara « récupéré », et il serait prêt lui aussi à passer par un référendum, qui confirmerait l’appartenance historique de cette région à la « mère patrie », mais il serait disposé à lui accorder un statut exceptionnel d’autonomie.

 

L’extrait de presse suivant est significatif à cet égard :

 

« El Watan, édition du 20 juin 2007 > Actualité

Sahara occidental

Le Maroc et le Polisario font du surplace

Le Maroc et le Front Polisario ont vraisemblablement conclu hier, près de New York, leurs premières négociations directes en dix ans sur l’avenir du Sahara occidental, sans signe d’avancée majeure.

Aucune des deux parties ne semblait prête à faire d’importantes concessions sur le conflit vieux de 32 ans, au deuxième et dernier jour de ces discussions organisées sous l’égide de l’ONU… Aniss Z. »

 

Comment concilier ces deux visions ? Parce qu’il faut bien comprendre que ces négociations concernent aussi les autres pays du Maghreb, qui craignent qu’un enlisement du problème ne dégénère en guerre ouverte, non seulement entre Marocains et Sahraouis, mais plus grave entre le Maroc et l’Algérie, cette dernière défendant sans relâche depuis Boumediene l’option de l’Indépendance pure et simple du Sahara occidental libéré par les Espagnols.

Et si ce malheur devait arriver, il affecterait tout le Maghreb, et affligerait l’ensemble du monde arabe, déjà bien traumatisé dans sa partie orientale, sans parler du renvoi au lointain de toute idée d’unification arabe. 

Alors quelle solution proposer pour sortir de cette impasse, et permettre de maintenir le Maghreb hors de tout conflit armé ? Les peuples de cette région n’ont que faire d’une nouvelle guerre qui les enfoncerait dans les problèmes socio-économiques ; ils ont déjà fort à faire pour affronter les difficultés d’une vie quotidienne faite de pauvreté, voire de misère et de maladies, de chômage, de crise du logement, et de vie chère. Devons-nous mobiliser nos moyens et les unifier pour sortir du sous-développement, où engloutir nos ressources dans une guerre fratricide, dont tout le monde sortirait perdant, en premier lieu les Sahraouis ? Non, la sagesse et le réalisme nous commandent de trouver d’autres alternatives à la guerre meurtrière pour régler nos différends politiques.

 

En premier lieu, et à mon avis c’est là une option vitale, il faut déclarer « Haram », hors la loi, toute guerre entre les pays du Maghreb pour quelque motif que ce soit. Si nécessaire, consolider cette option définitivement par voie de référendum organisé le même jour pour tous les peuples du Maghreb, avec une question complémentaire pour solliciter leur avis sur l’édification du Maghreb Arabe Uni.

 

En deuxième lieu, les dirigeants des pays du Maghreb devraient décréter que la question du Sahara occidental relève des prérogatives exclusives des Chefs d’Etat, et interdire par voie de conséquence à leurs gouvernements de s’en préoccuper.

 

En troisième lieu, instruction formelle devrait être donnée par les Chefs d’Etat à leurs gouvernements, libérés ainsi du poids de la question du Sahara occidental, de travailler à l’avènement du Maghreb Arabe Uni, en renforçant aussi bien les relations bilatérales que multilatérales maghrébines. Que se multiplient les rencontres et les échanges à tous les niveaux, aussi bien officiels que non-officiels. Que se réalise la construction maghrébine pas à pas, à la base, plutôt que de la proclamer au sommet sans réelle assise populaire.

 

Dans ce contexte, la presse maghrébine devrait éviter de « jeter de l’huile sur le feu », en se lançant des invectives réciproques indignes de notre appartenance arabo-musulmane, qui nous commande la mesure dans le propos. Qu’elle se consacre elle aussi à participer à l’édification du Maghreb en faisant connaître les réalités et potentialités des peuples de la région, ce qui ne signifie nullement de travestir nos problèmes par complaisance, mais de les présenter de manière objective, sans méchanceté, sans à priori, avec le souci constant de parvenir à une critique constructive. Se cantonner dans des attitudes contraires ne ferait que creuser davantage le fossé qui nous sépare de l’édification du Maghreb.

 

Et les Sahraouis, dans ce scénario digne de « Ou-Topos » de Thomas More, que deviendraient-ils ? Quelles perspectives pour réaliser leur idéal d’Indépendance ? Avec quels moyens ?

 

Nos frères sahraouis comprendront aisément que l’Algérie ne peut faire une guerre d’indépendance en leur lieu et place. Sa lutte pour l’indépendance, l’Algérie l’a déjà faite sans pour autant demander au Maroc et à la Tunisiede déclarer la guerre à la France coloniale, après avoir arraché durement leur propre autonomie. Toutefois, nos voisins avaient apporté tout leur appui à la Révolution algérienne, ouvert leurs frontières aux combattants de l’ALN pour y installer leurs bases arrières, et de là attaquer l’ennemi sans relâche, ce qui a gravement perturbé, envenimé, les relations entre la France coloniale et les pays maghrébins nouvellement indépendants, et ce n’est pas Sakiet Sidi Youcef qui me démentirait.

 

Si les peuples du Maghreb se prononcent définitivement contre toute option de guerre entre pays maghrébins, et je n’en doute pas un seul instant, cela impliquera fatalement que le Polisario ne pourra plus déclencher d’actions armées contre les troupes marocaines à partir du territoire algérien. L’Algérie pourrait continuer à soutenir les Sahraouis dans leur revendication d’indépendance, mais sans permettre une action armée quelconque à partir de son territoire, ce qui constituerait un « cassus belli ». Le soutien algérien sera uniquement politique et diplomatique, en aucun cas armé, et ce soutien ne sera exprimé que par le seul président, étant entendu que la question du Sahara sera proclamée domaine réservé des Chefs d’Etat du Maghreb.

 

Nos frères sahraouis devraient rejeter eux-mêmes toute idée de guerre algéro-marocaine ; nous en avons déjà souffert en 1963 lors de « la guerre des sables », et en 1976 à Amgala I et II. Dans le cas contraire, si guerre il y aura, que Dieu nous en préserve, les dommages et souffrances seraient terribles pour les algériens et les marocains, et les deux peuples se mettraient en fin de compte d’accord pour rendre les Sahraouis responsables de leurs malheurs !

 

Alors que faire ? Que reste-t-il comme options pour les Sahraouis en quête d’indépendance ?

1-    Continuer à revendiquer leur autonomie uniquement par la voie politique et diplomatique, et le président algérien pourrait les assurer de son soutien.

2-    En cas d’échec définitif des négociations avec le Maroc, s’en remettre à l’ONU pour une issue équitable au conflit.

3-    Ou alors, reprendre la guerre contre le Maroc, mais en sachant qu’ils ne peuvent lancer leurs actions armées qu’à partir de leur propre territoire, dans la partie « libérée », hors des frontières algériennes et mauritaniennes.

4-    Enfin, une dernière option à la « Ghandi » : rentrer chez eux sans armes, et continuer leur lutte pour l’Indépendance en faisant face, toujours sans armes, aux forces marocaines qui occupent le Sahara occidental. Ce sera une lutte pacifique, à l’issue incertaine, non dépourvue de souffrances supplémentaires pour les Sahraouis, mais la paix entre les peuples du Maghreb est à ce prix.

 

Une dernière proposition « utopique » qui interpellerait tous les peuples du Maghreb, leurs dirigeants en premier lieu : déclarer la création du Maghreb Arabe Uni à partir du Sahara occidental, les Sahraouis en seraient les premiers citoyens sous le drapeau de l’UMA, leur président deviendrait secrétaire général de l’UMA, leur armée constituerait le premier embryon de la future armée du Maghreb, El Ayoun proclamée capitale du Maghreb où se tiendraient toutes les réunions des Chefs d’Etat de l’UMA pour construire patiemment l’unité des pays du Maghreb. En d’autres termes, s’ouvrir aux autres avec générosité et sans arrière pensée pour construire, plutôt que de s’enfermer sur soi dans des manœuvres sournoises pour détruire le peu que nous possédons.

  

Abdelkrim BADJADJA

Archiviste-Historien


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