DzActiviste.info Publié le sam 17 Nov 2012

Qu’est Djamila Boupacha devenue?

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Djamila Boupacha, par Picasso.
                                                  
Djamila Boupacha, une moudjahida très active de la Bataille d’Alger, était devenue, dans les dernières années de la lutte pour la libération nationale, une icône internationale des combattants pour la liberté.

Picasso en fit le portrait, et les plus grands intellectuels du monde prirent sa défense, lorsqu’elle fut prise par les forces colonialistes, et atrocement torturée. Elle devint l’algérienne la plus connue du monde. La figure de proue des militants de gauche. En Algérie, elle devint l’idéal féminin, et la fierté des Algériennes.
Après l’indépendance, elle tourna le dos à toute activité politique, comme d’autres révolutionnaires, qui refusèrent de cautionner un régime illégitime et corrupteur. Elle se retira sur la pointe des pieds, et elle gagan sa vie avec un vrai boulot.
En 1978, j’étais encore un jeune Inspecteur du Travail. J’avais été l’objet de dures représailles, après que j’aie fait passer un employeur en justice. Celui-ci avait frappé un de ses ouvriers. La police et la justice refusèrent de prendre sa plainte, parce que l’employeur était un associé du Colonel Draïa, DGSN et ami de Boumediène. J’ai outrepassé mes prérogatives, et j’ai été provoquer l’employeur dans son bureau même, pour l’inciter à porter la main sur moi. Grâce à Amar Debbah, mon Directeur, un homme comme on n’en fait plus, et au Ministre du Travail de l’époque, Monsieur Mazouzi, un véritable homme de gauche, cet employeur fit un jour de prison. C’était inimaginable à l’époque. 
Après cela, on déclencha contre moi une véritable machination. Le Ministre me reçut, et il me fit entendre, lui même, que je devais faire très attention. Je dus quitter mon emploi, par la suite. 
Je fus stupéfait, lorsque j’allais le voir, de découvrir que Djamila Boupacha était sa secrétaire. Je fus transporté de joie, de rencontrer une telle héroïne. Je n’en croyais pas mes yeux. Je fus impressionné par sa simplicité, par sa modestie. Cette grande Dame était la tristesse même. Elle était menue et taciturne. A mes manifestations d’admiration, elle répondit par un sourire désabusé. Je ne comprenais pas. J’imaginais, dans ma tête enthousiaste, que le combat qu’elle avait mené, et les souffrances qu’elles avait endurées, l’avaient définitivement porté au pinacle de la nation, qu’elle était traitée comme elle le méritait, qu’elle jouissait d’une immense considération. J’ai découvert qu’elle était figée au coeur de l’oubli, comme une figurine sans valeur, au milieu de la poussière. Oubliée de son peuple. C’est cela qui est dur à vivre. 
Je sais, par des amis qui la connaissent, qu’elle n’a jamais accepté de se faire corrompre, qu’elle a refusé de devenir une vitrine du régime, et qu’elle a renoncé à des privilèges de toute sorte, et à toute vie publique, pour ne pas trahir ses frères et ses soeurs de combat qui sont tombés à ses côtés, pour ne pas trahir ce peuple pour lequel tant de vies ont été sacrifiées. 
A Djamila, ma soeur, la source vive de mes convictions les plus fortes, à cette grande Dame que je n’ai jamais oubliée, je dis toute mon admiration, et  mon infinie reconnaissance. Le jour viendra où le peuple algérien reconnaîtra les siens. Vive l’Algérie, telle que l’ont voulue ceux qui lui ont donné leur vie ! Ne perdons pas l’espoir. L’Algérie est là, qui palpite de vie intérieure.
DB


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