DzActiviste.info Publié le jeu 27 Sep 2012

Qui a peur de l’Iran ?

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Bernard Ravenel, Politis, mercredi 26 septembre 2012

Le clash qui vient d’éclater entre Barack Obama et Ben­jamin Neta­nyahou (le premier ayant refusé de recevoir le second) ne peut sur­prendre lorsqu’on connaît les posi­tions des deux pro­ta­go­nistes face à l’éventualité d’une attaque israé­lienne sur l’Iran.
Cette irruption spec­ta­cu­laire du Premier ministre israélien dans la cam­pagne élec­torale amé­ri­caine ne doit pas faire oublier les enjeux décisifs qui se cachent der­rière cette nou­velle querelle.

Après le constat de leur échec politico-​​militaire en Irak et en Afgha­nistan, les Etats-​​Unis, soumis en outre à une pression accrue du monde arabe, Etats et sociétés, pour une solution poli­tique de la question pales­ti­nienne, ont res­senti la nécessité d’une réor­ga­ni­sation géos­tra­té­gique d’un Moyen Orient qui possède les deux tiers des res­sources éner­gé­tiques connues. Ce qui suppose de repenser les rela­tions avec le monde musulman, y compris l’Iran (on se souvent du dis­cours du Caire d’Obama en juin d’Obama) mais aussi avec Israël.

Les Etats-​​Unis et le monde arabe estiment qu’une négociation-​​pression avec l’Iran suppose d’ouvrir le dossier, jusque là tabou, du nucléaire israélien. En 2010, sur une exi­gence du monde arabe sou­tenue pour la pre­mière fois par les Etats-​​Unis, la Confé­rence de révision du Traité de non-​​prolifération nucléaire (TNP), a décidé la tenue d’une Confé­rence spé­ciale en 2012 avec pour objectif d’avancer dans la création d’une zone dénu­cléa­risée au Moyen Orient. Certes la cible offi­cielle de cette réunion est le projet iranien. Mais per­sonne n’ignore que l’autre cible est Israël, l’unique pays de la région à pos­séder un arsenal nucléaire et à ne pas avoir signé le TNP donc à n’avoir jamais été ins­pecté par l’Agence inter­na­tionale de l’énergie ato­mique, AIEA.

Ayant tou­jours opposé un refus absolu à toute forme de contrôle de son arsenal nucléaire par qui que ce soit, y compris par les Etats-​​Unis, Israël fait tout son pos­sible pour reporter cette réunion ou en tout cas faire qu’elle ne soit qu’un échange de bonnes paroles. Pour Obama, au contraire, qui a accepté que cette confé­rence n’ait lieu qu’en 2013, à Hel­sinki, l’échec affai­blirait sa position et ses efforts pour pro­mouvoir le TNP.

L’enjeu est clair : c’est la parité stra­té­gique. A savoir un Moyen Orient dans lequel Israël ne serait plus le seul Etat à pos­séder l’arme nucléaire (en secret, avec l’accord silen­cieux de l’Occident) et à dicter les règles du jeu. Et où il devrait aussi admettre de « par­tager » ce pouvoir avec un Iran doté d’une capacité de pro­duire des armes nucléaires. En même temps on voit mal les pays arabes accepter ce double pouvoir…

C’est le refus absolu de la perte du monopole nucléaire dans la région qui motive la volonté de Neta­nyahou et de son ministre de la Défense, Ehoud Barak, d’empêcher par tous les moyens l’Iran de dis­poser de la « capacité nucléaire ». Et non, comme le pré­tendent leurs zélés défen­seurs, pour pro­téger Israël d’un éventuel blitz iranien avec des armes nucléaires.

L’Iran veut accéder à la capacité nucléaire parce qu’il s’estime entouré de puis­sances nucléaires inter­ven­tion­nistes, les Etats-​​Unis et Israël, et que, face à cette situation, il lui faut opposer la puis­sance dis­suasive, « égali­sa­trice », du nucléaire. Pour l’Iran, toute renon­ciation réelle à l’application mili­taire de la tech­no­logie nucléaire n’est pos­sible que si les Etats-​​Unis acceptent le transfert d’un rôle de sécurité régionale à l’Iran, couplé avec des garanties de non-​​agression d’Israël.

Ainsi se défi­nissent les bases d’une négo­ciation pos­sible avec les Etats-​​Unis : dis­suasion « vir­tuelle », sans armes nucléaires (être un pays « de seuil »), droit à mener un pro­gramme civil, sau­ve­garde du TNP et de l’AIEA et garantie de sécurité d’Israël. Le tout per­mettant à l’Iran de jouer un rôle de puis­sance régionale dans un système inter­na­tional multipolarisé.

Israël n’est pas prêt à accepter cette nou­velle confi­gu­ration, mais l’intérêt stra­té­gique amé­ricain n’amène-t-il pas les Etats-​​Unis à imposer à Israël cette nou­velle donne ?

La confé­rence d’Helsinki peut ouvrir une porte à une dénu­cléa­ri­sation par étapes. Ce qui suppose une approche poli­tique et régionale où l’on négocie à la fois sur le nucléaire, la question pales­ti­nienne et le retrait amé­ricain d’Irak et d’Afghanistan. Certes on ne peut exiger qu’Israël aban­donne la bombe du jour au len­demain, mais on doit l’inciter à accepter l’idée d’un traité régional d’interdiction des armes de des­truction de masse, parce qu’on ne peut pas éter­nel­lement pro­clamer qu’Israël a le droit à la bombe et pas les autres.

En même temps, face au refus israélien, on doit se pré­parer à un Moyen Orient de plus en plus dan­gereux à mesure qu’Israël refuse toute solution poli­tique au conflit israélo-​​palestinien et que s’étendent, à partir de la tension entre Israël et l’Iran, la nucléa­ri­sation et la mili­ta­ri­sation d’une région où un « incident » est vite arrivé, pouvant enclencher un conflit armé aux consé­quences incalculables.

Via www.france-palestine.org


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