DzActiviste.info Publié le lun 19 Nov 2012

Qui a violé la trêve à Gaza ?

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par Jean-Claude Lefort, président de l’AFPS

Une trêve existait entre Israël et le Hamas avant le déclenchement des opérations israéliennes actuelles à Gaza. Les grands médias, sans se soucier autrement des faits, ainsi que les principaux dirigeants de la planète ont repris en cœur l’affirmation selon laquelle c’est le Hamas avait violé cette trêve et qu’en conséquence « Israël est en état de légitime défense. » Cela n’est que pure et simple propagande. Déjà ce même scénario avait été utilisé pour la guerre de Gaza de 2008. Au fond, et indépendamment des réalités, Israël est toujours en état de « légitime défense » de sorte qu’il faut soutenir ses dirigeants en les incitant, tout au plus, de faire preuve de « modération » ou de « riposte proportionnée ». Comme on sait, ce sont les Palestiniens qui occupent Israël…

La vérité est toute autre et la question de la responsabilité initiale dans cette dialectique de violence est une question majeure que tout politique sérieux se doit d’établir, quand bien même cela ne correspond pas au schéma qu’il pourrait souhaiter. C’est trop grave pour agir autrement.

Rappelons d’abord, et avant tout, qu’il y a ce fait majeur et insupportable : le blocus de Gaza décrété par Israël qui dure depuis plus de 5 ans maintenant. Cinq ans qu’une population de plus d’1 500 000 d’habitant est placée de force dans une prison et un mouroir à ciel ouvert. Et elle devrait se taire et supporter sans rien dire…

Mais l’enchaînement des faits est sans appel (1) pour établir la responsabilité initiale.

Pour mettre fin à cette situation terrible il faut d’abord tenir compte de cela, de ces faits et de ce qu’ils traduisent. Il faut, en premier lieu, obtenir une trêve qui soit durable. On comptait dimanche soir pas moins de 83 morts et 650 blessés du côté palestinien et 3 morts du côté israélien. Tout cela est inacceptable. Terrible. Insupportable.

Pour obtenir ne trêve qui soit durable, l’Egypte a sans doute un grand rôle à jouer. Mais la France et les autres puissances mondiales, en particulier l’Union européenne, ont également leur rôle à jouer, et vite. Cette trêve durable ne peut pas durer sans qu’il soit mis un terme, aussi et enfin, au blocus de Gaza. La « communauté internationale » le considère comme étant illégal. Mais que fait-elle pour qu’il soit levé ? Rien. Est-elle dépourvue de moyens pour se faire entendre ? Absolument pas. Encore faut-il qu’elle le veuille. L’Union européenne peut faire jouer l’article II de l’Accord d’association avec Israël qui stipule que cet accord ne vaut que si les droits fondamentaux de l’Homme sont respectés. En finir avec l’impunité dont bénéficie la politique israélienne est clairement devenu un moyen majeur de progresser vers la paix.

Si la trêve a été violée par les dirigeants israéliens, cela tient à des considérations de politique intérieure : pour gagner les élections il faut présenter aux électeurs un sordide et terrifiant « tableau de chasse ». Il faut des morts palestiniens. En 2009, Netanyahu a déjà été élu de la sorte en s’opposant à l’arrêt de l’opération « Plomb durci » décidée par Tzipi Livni, premier ministre d’Israël de l’époque.

Mais en violant la trêve et en déclenchant cette nouvelle guerre, Netanyahu poursuit un second but connu de tous : torpiller la candidature palestinienne à l’ONU.

Cette candidature qui lui fait peur par-dessus tout parce qu’elle permettrait à l’Etat de Palestine, même comme « Etat non-membre » de disposer de la possibilité de saisir la Cour pénale internationale. Là encore, on attend que la France et l’Union européenne prennent leurs responsabilités. 65 ans après qu’en 1947 l’Assemblée générale de l’ONU ait décidé le partage de la Palestine et la création de deux États, la question de l’admission de la Palestine à l’ONU sera soumise au vote le 29 novembre prochain. Un Etat est né suite à ce plan décidé le 29 novembre 1947. L’autre promis et prévu à l’époque ne l’est toujours pas.

Qui comprendrait, alors que l’opinion publique française est largement favorable à cette admission, toutes tendances politiques confondues, que la France se dérobe devant un vote positif ? C’est pourtant ce que laissent présager les déclarations tortueuses de François Hollande. Si la France se retrouvait dans une position d’abstention, cela serait gravissime. Pour que la Palestine soit admise à l’ONU comme « État non-membre » il faut une majorité simple des membres de l’ONU à l’Assemblée générale. La majorité est donc acquise. Mais cela se fera-t-il avec ou sans la France ? Les dirigeants de notre pays veulent-ils jouer le rôle qu’on attend de notre pays en faveur du droit et de la justice ? Une abstention de la France le 29 novembre prochain placerait durablement la France du côté des pays hostiles au monde arabe, avec toutes les conséquences qui en découleraient.

François Hollande, comme député puis comme candidat, s’est prononcé clairement pour cette admission. Ce sont ses engagements et « cochon qui s’en dédit » ! A nous de pousser en ce sens pour que la France, par un vote positif, se trouve le 29 novembre en harmonie avec ce rendez-vous de l’histoire. A nous de faire qu’elle joue enfin un rôle positif pour la paix – la paix par le droit et la justice !

Jean-Claude Lefort

(1) Le PCHR rapporte : le 5 novembre l’armée israélienne tire, près de la frontière, sur un jeune de 20 ans. Les médecins palestiniens n’ont l’autorisation de l’évacuer qu’au bout de six heures. Il est mort. Le 8 novembre, l’armée israélienne fait une incursion de 300 mètres au nord-est de Khan Younis. Elle nivelle des parcelles de terres se protégeant par des tirs à l’aveugle, puis elle se déplace vers le sud jusqu’au village d’Abassan. Elle ouvre à nouveau le feu sans cibles précises et nivelle encore des terres. Aux environs de 16h30, à la suite de ces tirs à l’aveugle, un jeune de 13 ans, qui jouait au football avec ses amis, est grièvement blessé par une balle à l’abdomen. Il meurt 15 minutes plus tard. Le 10 Novembre vers 15h30, des véhicules militaires israéliens tirent un obus sur des enfants qui jouent au football à Al Mentar à l’est de la ville de Gaza, à 1.500 mètres de la frontière. Deux jeunes sont tués. Des civils se précipitent sur les lieux. L’armée tire trois obus, deux autres civils palestiniens sont tués sur le coup. Ces faits sont rapportés par le PCHR. Qui peut les ignorer en haut lieu ? C’est ce que font pourtant les dirigeants occidentaux. Lourde est leur responsabilité. Il en va de même pour Ahmed Al-Jabari, le dirigeant du Hamas, froidement assassiné le 14 novembre dans sa voiture par un missile israélien. S’il était dehors et dans sa voiture, c’est précisément parce qu’il y avait bien une trêve. Il était le mieux informé de tous.


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