DzActiviste.info Publié le jeu 17 Avr 2014

Qui sont ces seigneurs qui gouvernent l’Algérie ?

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vautoursNesroulah Yous, 6 avril 2014

 

L’Algérie est le pays qui a connu à la fois une guerre civile de dix années et le plus grand nombre de révoltes sociales entre 2011 et 2013, c’est-à-dire au moment des révolutions dites « du monde arabophone ». Beaucoup de personnes, que ce soit à l’intérieur et l’extérieur du pays, se posent la question sur l’immobilisme politique des Algériens. Pourquoi ne « bougent »-ils pas ? Si cette question ne peut être traité avec légère et mérite qu’on lui consacre une grande étude à la fois sociologique, économique et politique et cultuelle, il est néanmoins possible de dire, d’une façon très générale, que plusieurs facteurs empêchent l’émergence d’une société organisée « dite démocratique » et un État de droit.

Parmi ces facteurs multiples, nous retenons que :

–         l’Algérie n’a pas la même histoire, la même expérience et le même système politique que les autres pays ;

–         la population est traumatisée et ne veut plus revivre la douloureuse expérience des années 1990 ;

–         la « charte pour la paix et la réconciliation » consacre la totale impunité des seigneurs de la guerre et de la mafia politico-financière ;

–         les émeutes, même si elles sont légitimes, restent le plus souvent d’ordre social et locales ;

–         le pouvoir en place, riche de plusieurs dizaines de milliards de dollars en réserves de change, depuis la hausse du prix des hydrocarbures, y répond au coup par coup, à la fois par la répression et par l’achat de la paix sociale ;

–         la population a vécu pendant vingt ans avec un état d’exception et des lois d’exception ;

–         l’absence d’une réelle société dite civile, l’atomisation du tissu associatif et l’explosion des partis politiques d’opposition ;

–         la perte de confiance de la population envers toutes les familles politiques et associatives ;

–    le fossé qui s’est creusé entre l’élite, la classe moyenne et les classes populaires n’est pas négligeable.

Plusieurs tentatives de mobilisation de la population, pour faire converger les revendications sociales vers des objectifs plus politiques et plus généraux ont échoué ou peinent à trouver une forte assise dans les bases populaires. L’idée qu’il n’existe, pour l’instant, aucune autre alternative que de choisir « entre la peste et le choléra » empêche toute tentative des mouvements fédérateurs qui ont vu le jour jusqu’à présent.

D’un autre côté, le pouvoir en place, fort de ses réseaux nationalistes très implantés dans la base, brandit à chaque soulèvement, le spectre de la main étrangère et utilise la justice comme moyen de pression sur les militants. Si des opposants ainsi que certaines ONG algériennes arrivent à remporter quelques petites victoires concernant les libertés individuelles, leur incapacité a avoir une stratégie à long terme fait que le régime arrive toujours à les déjouer. Pour exemple, sous la pression nationale et internationale, Bouteflika a décidé d’abroger l’état d’urgence en vigueur depuis 1992 (le décret d’abrogation de cette mesure d’exception a été publié le 24 février 2011 au Journal officiel). Il a appelé tout de suite après à une consultation pour apporter soi-disant des réformes du système politique. Mais ces réformes ont consisté ni plus ni moins en la suppression de divers acquis d’octobre 1988, notamment concernant la presse et les associations.

Que se passe-t-il aujourd’hui ?

À l’approche des élections présidentielles de 2014, les journalistes et les militants pour le changement se sont concentrés sur la maladie du président Abdelaziz Bouteflika, ses admissions à l’hôpital du Val-de-Grâce à Paris et son incapacité, depuis une année, à assumer ses fonctions. Les questions concernant la vacance de pouvoir, d’ordre juridique et constitutionnel, sont légitimes. Des personnalités ont émis la possibilité de la création du poste de vice-président en cas de maladie ou de décès d’un président dans l’exercice de ses fonctions. D’autres se sont interrogés sur la Constitution, qui change au gré des uns et des autres .Ces questions, même si elles sont pertinentes, cachent la question centrale qui est la nature du système politique algérien, de ses réseaux et de ses soutiens.

Le conflit, par journaux interposés, entre le « clan Bouteflika » (en réalité le paravent d’une partie de l’état-major de l’Armée nationale populaire, ANP[1]) et le général de corps d’armée Mohammed Médiène, dit « Tewfik », le patron du DRS (Département du renseignement et de sécurité), a commencé alors que personne ne savait encore si le président sortant allait se représenter. À l’annonce de la candidature à sa succession, la tension a atteint un paroxysme : jamais dans l’histoire de l’Algérie nous n’avions assisté à une telle guerre ouverte entre les premiers responsables, avec de graves accusations concernant l’implication de l’entourage de Bouteflika dans des scandales de corruption, avec des insultes et un verbiage qui annonce la décadence du système politique algérien.

Alors que l’Algérie connaît l’une des plus grave crise politique de son histoire, alors que quelques journalistes essayent d’ouvrir le débat et de pointer du doigt les vrais problèmes, la majorité des interventions de la classe politique et des porte-parole officieux de l’armée se porte sur des généralités insignifiantes. Pour essayer de comprendre la crise actuelle, commençons donc d’abord par parler du système lui-même.

La nature du système politique algérien

Nombreux sont ceux qui s’interrogent sur la nature du pouvoir politique et n’arrivent pas à le cerner avec exactitude. La majorité des Algériens voit ce pouvoir comme une entité fictive. Selon les analyses de Mohamed Harbi, historien algérien, le Département du renseignement et de la sécurité (DRS) – police politique, appelée du temps de Houari Boumédiène Sécurité militaire « SM ») – est devenu très puissant par sa capacité à infiltrer toute la société, à créer ses propres partis politiques et sa propre société civile. Pour Madjid Benchikh, doyen honoraire de la faculté de droit d’Alger et professeur de droit : « Le système politique algérien se présente comme un système politique présidentiel dans lequel le président de la République occupe une place et joue un rôle très important. Il ne faut évidemment pas envisager une sorte de répartition claire et précise des pouvoirs entre le Président et le commandement militaire. Il faut en effet, ici comme ailleurs, garder à l’esprit que l’armée ne veut pas apparaître au devant de la scène et assumer des prérogatives constitutionnelles[2]. »

Pour certains analystes, ce n’est ni plus ni moins qu’une oligarchie de fait[3].. Pour d’autres, l’Algérie n’est plus une dictature militaire, mais un État policier à façade démocratique où les clans au pouvoir changent suivant les intérêts du moment. Des alliances se font et se défont entre, d’une part, la hiérarchie militaire, le DRS, le FLN et, d’autre part, le monde de la finance et les familles puissantes. Les personnes qui se partagent le pouvoir et par là même la rente pétrolière à travers la prédation et la corruption généralisées, finissent toujours par trouver des compromis pour sauver le système, quelles que soient leurs divergences, afin de préserver leurs privilèges. Les différends qui les opposent ne sont pas d’ordre idéologique ou politique, ils sont le reflet des luttes qui les opposent pour s’accaparer une plus grande part du gâteau de la rente générée par la dilapidation des richesses naturelles de l’Algérie. Cela se joue donc entre plusieurs sortes d’oligarchies en fonction des intérêts du moment.

Revenons en arrière pour comprendre. À l’indépendance, le système politique issu des combats fratricides entre les différents courants nationalistes durant la guerre de libération nationale a consacré la primauté du militaire sur le politique. L’armée dirigeait le pays en ayant pour façade politique le FLN, parti unique. Le Président avait tous les pouvoirs et le FLN, seul représentant du peuple, était la somme de tous les courants idéologiques. Rien ne devait ou ne pouvait exister en dehors de ce régime et celui qui s’y opposait était considéré comme ennemi ou traître.

À sa mort en 1978, Houari Boumédiène a été maintenu en vie artificiellement à l’hôpital Mustapha Bacha, à Alger, pendant plus de quarante-cinq jours, le temps de décider de son remplacement[4]. La hiérarchie militaire décidait du choix de son successeur. Chadli Bendjedid, commandant de la 2e région militaire, fut alors élu président de la république au détriment d’Abdelaziz Bouteflika et de Yahiaoui.

Le régime politique du temps de Boumédiène avait un semblant de légitimité, car porté encore par le souffle de l’indépendance et une aspiration populaire à une justice sociale. Ces deux facteurs ont permis au régime, au nom de la priorité donnée au développement économique du pays, de confisquer toutes les libertés. Cette légitimité a depuis disparu et l’Algérie est entrée dans l’ère de l’opacité, de la magouille, des guerres de clans et des non-dits. L’apparition de quelques hommes forts du régime à l’image de Rédha Malek ou, surtout, du général à la retraite Larbi Belkheir et de nouveaux circuits de corruption (attribués ultérieurement à une mystérieuse « mafia politico financière ») a marqué les années 1980. En 1986, l’Algérie était très endettée et Chadli Bendjedid a engagé un grand chantier de réformes politiques et économiques pour en finir définitivement avec l’option socialiste à l’algérienne. Ces réformes englobaient la restructuration de la Sécurité militaire, devenue DRS en septembre 1990, mais qui restera plus que jamais un État dans l’État. Et en janvier 1992, il a été contraint à démissionner par les chefs de l’armée, pour « couvrir » leur coup d’État visant à annuler le second tour des élections législatives qui allait donner la victoire au Front islamique du salut (FIS). C’était le début d’un conflit armé qui fera plus de 150 000 morts.

Que savons-nous exactement ?

Le drame de l’Algérie est la loi de l’omerta ! Si l’on arrive plus ou moins à comprendre la composition et le fonctionnement du régime, il nous est impossible à l’heure actuelle d’affirmer avec exactitude qui décide de quoi et comment sont prises les décisions. Parmi les hauts fonctionnaires, personne ne se risque à le dire. Nous comprenons pourquoi ! De nombreux hommes politiques sont morts assassinés (ou de mort naturelle), en emportant leurs secrets dans leur tombe. De même, durant la décennie noire, de nombreux journalistes trop curieux ont été tués ou portés disparus, enlevés par le DRS.

Toujours pendant les années 1990, on a vu apparaître dans la presse algérienne (totalement contrôlée par le DRS) le terme flou de « mafia politico financière » pour désigner ­- sans jamais donner de nom ! – un ensemble indéterminé de seigneurs de la guerre profitant de la lutte antiterroriste et de la terreur pour encourager fortement le marché informel, s’accaparer terrains, biens et richesses avec la bénédiction des chefs de régions militaires et des walis (préfets). Une façon de dénoncer sans aucune conséquence concrète des agissements mafieux bien réels, mais surtout d’occulter la part la plus importante des pratiques de corruption : les détournements de milliards de dollars de la rente pétrolière opérés par les généraux « décideurs » (par la perception de commissions occultes sur les grands contrats d’importation et d’exportation). Si depuis le début des années 2010, la presse nationale parle plus volontiers des scandales de corruption à grande échelle, toujours sans conséquences judiciaires pour leurs principaux bénéficiaires (seuls quelques malheureux « lampistes » sont lourdement condamnés), l’usage du terme de « mafia politico financière » a en revanche presque disparu…

Selon Madjid Benchikh : « Il en résulte que, dès les premières phases d’élaboration politique, chaque force tente de préserver ses intérêts. Des luttes se déroulent au sein du système mais dans l’opacité la plus totale. Les affaires ont largement pénétré dans le système politique, au fur et à mesure que des généraux, en retraite ou non, se lancent dans des entreprises économiques, commerciales et financières. En Algérie, le pouvoir économique et la fortune ne peuvent se construire et se consolider qu’avec l’appui du pouvoir politique[5]. » Si nous acceptons l’idée que le régime algérien est une oligarchie de fait, s’agit-il d’une oligarchie des meilleurs (aristocratie au sens étymologique), des plus riches (ploutocratie), des scientifiques et techniciens (technocratie), des Anciens (gérontocratie), de ceux qui bénéficient de la force ou de tout autre pouvoir de fait ? Difficile de répondre à cette question : partout à travers le monde, les hommes politiques sont sous pression des lobbies et de la finance nationale et internationale, mais en Algérie tout se mélange au point de constituer d’improbables (et difficiles à décrypter) cercles d’influences.

En septembre 2013, une étude du site américain d’information économique New World Wealth (NWW) relayée par El Watan (article repris par le journal électronique SlateAfrique[6]) parlait des barons de l’informel algérien et des 35 plus grandes fortunes d’Algérie. Le chercheur Luiz Martinez, dans un entretien à L’Express du 24 mars 2014, a évoqué pour sa part des « groupes d’intérêts qui structurent le système politique algérien[7] », sans nommer les vrais responsables. Des analystes avisés comme Hocine Malti[8] ont porté plus précisément leur regard sur les barons de l’« import-import[9] », leur clientélisme et l’importance du marché parallèle, en n’hésitant pas pour sa part à donner des noms. En janvier 2014, le journaliste d’El Watan Faycal Métaoui parlait quant à lui de l’entourage de Bouteflika et des hommes d’affaires algériens[10]. Alors qu’en Italie des procès ont vu le jour en 2012 concernant de graves malversations qui impliquent les dirigeants de notre grande entreprise SONATRACH, aucune enquête sérieuse n’a été diligentée en Algérie. Pourtant, malgré le climat de peur et de totale opacité, quelques journalistes essayent de percer ce mystère et n’hésitent plus à donner quelques noms[11].

Comment changer les choses quand nous ne connaissons pas avec certitude les personnes qui tirent les ficelles et  possèdent à la fois l’administration, les institutions, des partis politiques, trouvant leurs forces dans la rente, le clientélisme et l’attentisme du peuple ? La dénonciation par la presse des grands scandales financiers n’est, pour beaucoup d’Algériens, que de la poudre aux yeux, simple manifestation de la lutte entre les clans au pouvoir. Car il n’existe à l’évidence, à l’heure actuelle, aucune volonté politique d’éliminer ce fléau. Les différentes commissions d’enquête initiées par le Parlement ou le gouvernement n’ont jamais abouti. Ce manque de transparence ne concerne pas uniquement les volets politiques ou  économiques. Il est l’essence même de ce pouvoir : très bien entretenu, il s’appuie sur tous les pans de la société qui ne voient leur avenir qu’en termes de survie et qui, de ce fait, reproduisent inconsciemment les mêmes schémas.

Si l’horrible guerre civile des années 1990 a conduit certaines victimes de la répression ou leurs parents à déposer des plaintes contre certains responsables de ces crimes, et ce malgré tous les obstacles, elle a malheureusement aussi amené un certain nombre de personnalités à céder à ce système mafieux, en dépit de leurs convictions profondes, par peur de voir l’Algérie, déjà dans un état chaotique, s’effondrer. L’omerta en est sortie encore plus renforcée.

Les élections présidentielles et la reconduction du Président

Depuis janvier 2014, notre regard se focalise sur les élections du 17 avril, sur le patron du DRS, sur les candidats Benflis et Bouteflika, alors que cet énième scrutin n’a aucun sens, sinon la reconduction d’un régime à l’agonie. L’armée est pour le statu quo, disent certains. Mouloud Hamrouche (ancien Premier ministre) et Liamine Zeroual (ancien président), conscients du danger qui guette l’Algérie, sont sortis timidement de leur mutisme pour dire à la fois qu’ils sont impuissants et qu’ils souhaitent le changement dans la continuité. D’autres responsables politiques expliquent qu’il serait préférable de se mettre autour d’une table et de discuter de la sortie de crise. D’autres enfin qu’il faudra créer les conditions pour amener le pouvoir à la négociation. Peut-être que ces personnes savent des choses que tout le monde ignore. Auquel cas il serait plus sage d’en informer les Algériens pour qu’ils puissent décider de leur sort. Toutes ces tentatives montrent simplement la peur de nommer les choses, les personnes, les vrais maux et la volonté d’accompagner le changement sans véritable changement, en évitant de rentrer dans le vrai débat politique.

La querelle qui oppose le patron du DRS à une partie de l’état-major de l’ANP et au président Bouteflika, relayée largement par la presse nationale, est très révélatrice des enjeux politiques et économiques. On pourrait se poser la question : mais pourquoi Bouteflika s’entête-t-il à se représenter et en même temps à verrouiller le champ politique jusqu’à s’asphyxier personnellement ainsi que le régime politique qu’il représente ? Bien sûr, Bouteflika, le « zaïm », s’il a les pleins pouvoirs de par la Constitution, n’en est pas moins un pantin pendant que d’autres tirent les ficelles en coulisses. Mais c’est un pantin consentant qui a trouvé ainsi le moyen de prendre sa revanche sur la période pendant laquelle il a été évincé. Il a connu une première traversée du désert qui a duré vingt et un ans et ne veut absolument pas que cela se reproduise. S’il tombe, tout le réseau d’affairistes qui l’entoure tombe avec lui[12]. Le problème est avant tout d’ordre économique et s’inscrit dans le partage de la rente, par rapport à une oligarchie de fait, sans réelle politique économique libérale assumée. Le candidat Ali Benflis, quant à lui, n’est pas un « lièvre pour Bouteflika » (comme certains le disent), mais plutôt l’homme du DRS, l’homme de la dernière chance et du statu quo. Les autres candidats ne font que de la figuration pour la pérennité de ce système politique.

Ceux qui disent que les affres de la guerre civile des années 1990 sont derrière nous se trompent largement, car avoir une politique économique claire demande la mise en place d’une politique de transparence. Ouvrir le système à la transparence va à l’encontre de ce qu’il est réellement : un système de l’ombre et de l’omerta. Ouvrir le système à la transparence risquerait de voir les responsabilités de chacun sous les feux de la rampe et du coup mettrait de nombreuses personnes en danger de perdre tout ce qu’elles possèdent. C’est l’une des raisons, et pas des moindres, pour laquelle le système politique actuel, piégé, est confronté à la perspective de son effondrement, au risque de précipiter toute la société dans le chaos.

La particularité de ce régime est qu’il est incapable de s’adapter au multipartisme et à la pluralité. Il n’a pas digéré le fait qu’un jour la population lui a demandé des comptes et c’est pourquoi il s’est attelé depuis 1992 à casser tous les partis politiques – sauf ceux qui lui ont juré allégeance ou sont issus de son sérail – et à casser toute la société civile. Bouteflika et ses mentors ont ainsi gâché leur énergie à détruire le peu de libertés que nous avions ardemment arraché en 1988. Les décideurs de l’ombre n’ont pas voulu tenir compte des expériences passées. Ils ont ignoré qu’en 1991, le peuple n’a pas voté pour un parti politique mais contre un système méprisant, autoritaire et injuste. Ils ont voulu effacer les atroces séquelles des dix ans de guerre civile qu’ils ont déclenché en 1992 et se sont se comporté avec mépris envers toute la population dans une relation de vainqueurs à vaincus – accentuant ce mépris par la corruption de toute valeur morale en achetant les opposants et même ceux qui ont pris les armes contre lui.

Les Algériennes et les Algériens ne sont plus dupes, ils ont souffert, ils ont été à maintes reprises trompés, ils n’ont plus confiance dans les institutions et dans la classe politique et il sera très difficile de les mobiliser pour un quelconque changement. Ils attendent un signe fort et des personnes ayant intégrité et courage. Ils attendent d’être simplement des citoyens. Avant de parler de l’élection présidentielle de 2014, de « période de transition », de « gouvernance collégiale », de calendrier, de feuilles de route ou de discussions avec le pouvoir, parlons plutôt de la manière d’identifier ces personnes. Pour les distinguer clairement de celles qui ont dilapidé les richesses de notre pays, qui ont pris en otage tout un peuple en utilisant la terreur. Ou de celles qui, écartées des cercles du pouvoir à l’occasion de sordides conflits d’intérêts, se posent souvent aujourd’hui comme des « chevaliers blancs » en réalité surtout intéressés à « mettre la main sur le magot ».

En sachant que ce système ne se réformera pas par lui-même et qu’il trouve sa force dans l’opacité et le manque de contre-pouvoirs, il serait donc plus judicieux d’oublier ce jour du 17 avril 2014 et de se mettre au travail dès aujourd’hui pour à la fois sensibiliser, fédérer et réfléchir ensemble à la façon de casser l’omerta et rendre ce pouvoir responsable et plus transparent. Pendant que la rue gronde et dit : « Partez ! Prenez ce que vous avez volé mais laissez-nous vivre en paix », pendant que des jeunes « harragas » risquent leur vie en mer et disent : « Gardez votre Algérie, Bye Bye ! », les puissances étrangères sont à nos portes et il est de la responsabilité de chacun de mettre les dignitaires du pays devant leurs responsabilités afin de sauver notre Algérie du danger qui la guette.

 



[1]      Voir Algeria-Watch, « Algérie : explications sur la crise au sommet du pouvoir », 10 février 2014, http://www.algeria-watch.org/fr/aw/explications_crise_sommet.htm

[3]      Selon Wikipedia : « L’oligarchie  est une forme de gouvernement où le pouvoir est réservé à un petit groupe de personnes qui forment une classe dominante. On peut distinguer les oligarchies institutionnelles et les oligarchies de fait. Les oligarchies institutionnelles sont les régimes politiques dont les constitutions et les lois ne réservent le pouvoir qu’à une minorité de citoyens. Les oligarchies de fait sont les sociétés dont le gouvernement est constitutionnellement et démocratiquement ouvert à tous les citoyens mais où en fait ce pouvoir est confisqué par une petite partie de ceux-ci. Les sociétés contemporaines du monde occidental, même si en droit elles se définissent comme démocratiques, sont elles aussi concernées par une dynamique oligarchique selon certains intellectuels. Ainsi, Hervé Kempf, dans son ouvrage L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie, met en exergue la concentration croissante du pouvoir décisionnel par une élite restreinte de dirigeants politiques, de grands chefs d’entreprises, d’acteurs financiers, de journalistes influents, etc. Ceux-ci constituent en effet une caste de plus en plus puissante, dont les membres délibèrent entre eux de décisions s’appliquant à l’ensemble de la population, alors que celles-ci ont pour finalité exclusive de servir leurs intérêts personnels. Ce constat amène l’auteur à estimer que les régimes étudiés sont oligarchiques de fait, et non plus démocratiques. Toujours d’après Kempf, cette idéologie qui suscite un consensus chez l’ensemble des « oligarques » a contribué à exacerber les inégalités au profit des « très riches », ainsi qu’à accentuer la relation entre capital détenu, prestige social et capacité à influer sur les principales décisions prises par un pays. Ce qui aurait favorisé une collusion croissante entre les représentants politiques et les élites économiques ou financières afin de satisfaire des intérêts de plus en plus convergents, au détriment du bien commun. »

[4]      Le blanchissage des façades des immeubles et du cimetière d’El Alia à Alger confirmait ce que beaucoup savaient : Boumédiène était déjà mort et les autorités s’attelaient pour ses funérailles à accueillir les personnalités étrangères.

[8]        « Hocine Malti appréhende l’après-élection présidentielle », Liberté, 31 mars 2014, http://www.liberte-algerie.com/actualite/la-guerre-des-clans-va-reprendre-hocine-malti-apprehende-l-apres-election-presidentielle-218570 Selon Hocine Malti : « Pour diversifier le tissu économique et lutter contre la corruption, il faut de la volonté politique, ce qui fait défaut au régime d’Alger. La corruption est telle que 5 à 6, voire 10 milliards de dollars partent [chaque année] dans les poches des membres de la nomenklatura dans le seul secteur de l’énergie. »

[9]      La pratique de l’« import-import » (par opposition au classique commerce international dit « export-import ») renvoie au fait que l’Algérie, faute de production nationale significative d’autres biens, n’exporte pratiquement rien d’autre que des hydrocarbure, car les dignitaires du régime ont plus intérêt à favoriser l’importation de marchandises pour prendre un pourcentage sur chaque produit qui rentre en Algérie que d’encourager la production locale.

[10]     Faycal Métaoui, « Bouteflika ou les années d’or et d’argent », El Watan, 7 janvier 2014, http://elwatan2014.com/ali-benflis/le-film-de-la-vie-de-ali-benflis/item/440-bouteflika-ou-les-annees-dor-et-d-argent

[11]     Lyas Hallas, « Les patrons qui financent Bouteflika 4 ne cachent plus leur connexion », Maghreb émergent, 11 mars 2014, http://www.maghrebemergent.info/actualite/maghrebine/item/35588?tmpl=component&print=1

[12]     Lyas Hallas, « Les patrons qui financent Bouteflika 4 ne cachent plus leur connexion », article cité.

 


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