DzActiviste.info Publié le sam 1 Fév 2014

Rapport sur le le chômage en Algérie et les immolations au Maghreb et en France

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Par : Abida Allouache
Chômeurs en Algérie, les harraga, la hogra ou le mépris
Les chômeurs sont en première ligne de la contestation sociale quasi permanente en Algérie.
Trés riche en pétrole et gaz, ce pays connait une explosion des exclusions sociales et de la pauvreté. Un pays de paradoxe, ou nonobsatnt le chômage qui règne on importe des ouvriers chinois pour travailler sur divers chantiers. qui devant le manque absolu de perspectives fuient le pays en barque ou vont s’immoler par le feu.
           
L’Algérie est un pays grand comme cinq fois la France et 72 fois la Belgique. Avec 70% des algériens de moins de 30 ans, le gouvernement se compose essentiellement de plus de 60 ans. Un régime de vieux qui règne sur une population à majorité de jeunes. Cette gérontocratie est dirigée par une poignée de généraux âgés et de responsables des services de renseignements«accrochés au pouvoir depuis l’indépendance et réfractaires à tout changement, au point d’enfoncer le pays dans un état de léthargie et au bord de l’implosion».[1] L’actuel président Abdelaziz Bouteflika à 76 ans se représente pour un 4eme mandat présidentiel en avril 2014. Pourtant, il sort à peine d’un grave AVC et d’une hospitalisation en France de plus de deux mois en 2013 . D’ailleurs au vu de ses trés rares apparitions publiques et encore plus rares tenues du conseil des ministres, le président semble avoir un peu de mal à se remettre, voir à parler et se bouger ! Il règne pourtant sur un pays aux importantes réserves de changes[2] : 190 milliards de dollars. Ce qui lui permet de se positionner en créancier du système financier international, dont le FMI. Avec 173 tonnes d’or en 2012, il se classe à la 24e place des pays détenteurs de réserves officielles en or. Il pointe ainsi en 11e position juste derrière l’Allemagne et devant France, l’Italie et le Royaume-Uni.
Cette abondante manne financière ne profite qu’à une petite minorité de nantis. Une nomenklatura issue de l’armée et de l’ancien parti unique, le FLN ainsi que de leurs clientèles respectives. Le Front de Libération nationale, avait lancé en 1954 la guerre de libération contre l’occupation coloniale française. Il a été le parti unique de 1962 à 1989, année qui ouvre le champ politique algérien aux autres obédiences et partis interdits auparavant. En fait, ce pays n’est sorti de la dictature des militaires ou du parti unique que pour tomber dans une république démocratique de facade. « quelque soit les élections dans ce pays c’est toujours les candidats adoubés par les militaires et le fameux cabinets noir – veritable lieu du pouvoir opaque et toujours secret- qui l’emportent. »[3]explique le docteur Boudarène, opposant politique. Aussi pour beaucoup d’algériens aller voter ne sert plus à rien dans un contexte ou les fraudes et les bourrages d’urnes hérités du temps colonial parasitent toujours les élections.
Pour maintenir une relative paix sociale l’état algérien continue à soutenir certains produits de première nécessité mais le reste du coût de la vie peut s’ aligner sur les pays d’Europe. C’est le cas notamment des prix des viandes, du poisson, des fruits et légumes, des vêtements. « L’algérien lambda, sans réel pouvoir d’achat, n’a pas accès à ces denrées. C’est ainsi, assure M. Boudarène, qu’un nombre sans cesse grandissant de familles vit en dessous du seuil de pauvreté et que de plus en plus de personnes s’enfoncent dans une « extrême pauvreté ». Vocable utilisé par les Nations Unies pour désigner la misère. » Pour ceux qui travaillent les salaires sont insignifiants. Le salaire national minimum garanti est de 18 000 DA brut par mois (150 Euros), c’est le plus faible des pays du Maghreb. L’inflation galopante appauvrit inéxorablement et la classe moyenne laminée à quasi disparue.
La protesta sociale
Sur les 38 millions d’habitants, la majorité entre 20 et 35 est en âge de travailler. Mais des emplois il n’y en a pas en suffisance. Un chômage endémique frappe tant les jeunes sans formation ni instruction que les diplômés de l’enseignement supérieur[4].Ils sont ainsi des millions de chômeurs algériens à se débrouiller pour vivoter grâce à l’économie informelle : vente de tout et n’importe quoi à la sauvette, gardiens de parking autoproclamé pour quelques pièces. La délinquance et les bandes organisés d’une rare violence se dévelopent d’une manière jamais connue de par le passé. Quant au taux de chomage officiel de 10 %, d’aucuns pensent qu’on peut allégrement le multiplier par trois. Le climat social délètère conjugue sans relâche émeutes populaires et répression. Toutes les régions du pays sont touchées par le mécontentement et les protestations sociales, cela va de la kabylie traditionnellement aux avant poste de la contestations politique depuis 1980 à bon nombre de villes du Sud, au riche sous sol en pétrole. En première ligne de la protesta sociale se positionnent les chômeurs avec leur Coordination Nationale de Défense des Droits des Chômeurs. Le 28 septembre 2013 avait d’ailleurs été décrété, journée de la colère par le CNDDC afin de dénoncer les promesses non tenues par le gouvernement algérien. Le coordinateur de ce mouvement, Tahar Bélabès collectionne les arrestations, tabassages et citations en justice, tout comme certains militants de la ligue des droits humains tel Yassine Saïd[5]. Les syndicats inféodés au systeme politique ne défendent ni les travailleurs licenciés et encore moins les chômeurs poursuivis en justice. Les chômeurs se sont organisés de façon autonomes en dehors des rouages du pouvoir et ils dénoncent «la grave répression subie par les militants et les activistes du mouvement des chômeurs, menée par les services de sécurité sous forme de persécutions et poursuites constantes»[6].
Les Harragas, les brûelurs
Laissés pour compte dans un système politique particulièrement méprisant des populations défavorisées, beaucoup de jeunes chômeurs rêvant d’Europe. Harrag, mot arabe maghrébin veut dire brûler. Les harragas sont les migrants hors des circuits officiels et balisés qui brûlent leurs papiers pour ne pas être renvoyés dans leur pays. S’ils sont pris par les gardes côtes ou la police souvent ils mentent sur leurs origine. Ils traversent la mer à partir de Mostaganem ou de Annaba. Depuis quelques années, ils sont des miliers à prendre le risque de mourir en mer dans ces barques qui ne font la fortune que des passeurs et trafiquants d’être humains. Les Harragas brûlent la mer, les frontières, leur passé. Derrière cet exil forcé, se cache la misère et surtout le mépris ressentis par tant de jeunes algériens de la part d’un système et d’une société qui ne leur offrent aucune perspective de travail ni d’évolution dans la vie hormis la fréquentation des mosquées. Pour ces jeunes qui défient l’immense cimetierre marin qu’est devenue la mer méditérannée, la Harga est un cri de désespoir, peut être mais surtout un espoir, celui d’exister: Parmi d’autres damnés de la terre, ces jeunes veulent rejoindre les côtes andalouses, Gibraltar, la Sicile, les Canaries, les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, l’ile de Lampedusa ou encore Malte.
Les rêves d’Europe des jeunes qui réussisent la traversée se transforment souvent en cauchemar dès lors qu’ils viennent grossir les rangs des sans papiers et des clandestins. « Arrivés en Europe, raconte Virginie Lydie[7], quand ils ne sont pas morts en mer, la clandestinité les attend et avec elle, la rue, la prison… Ce n’était pas comme ça qu’ils voyaient l’Europe, et pourtant leur pire cauchemar est l’expulsion. Pour l’éviter, ils cachent leur identité. Au départ, la stratégie est payante, mais elle rend tout espoir de régularisation impossible et les plonge dans une précarité extrême. Plus le temps passe, plus leur situation devient intenable, plus le retour leur est impossible. Alors ils restent, et à défaut d’avoir coulé en mer, ils sombrent dans un interminable naufrage qui les mène vers la folie, la mort parfois. » Virginie Lydie a mené de longues enquêtes sur le terrain. Son livre est ponctué de nombreux témoignages de clandestins, d’expulsés, de psychiatre algérien, psychologue et anthropologue spécialistes de la médiation interculturelle, sociologues, magistrat. Il est préfacé par Kamel Belabed[8], père d’un harraga disparu. Ils ont été plus d’une centaine de jeunes gens, âgés entre 20 et 35 ans, à avoir essayer de prendre la mer durant l’année 2013[9]. Certains sont été interceptés au large d’Oran et de Annaba par les garde-côtes algériens et ont été arrêtés.« La seule réponse qui est aujourd’hui apporté à ce désastre social, déclare le député Boudarène, est la répression. Faut-il rappeler que le pouvoir a fait voter, par l’Assemblée nationale et le Conseil de la nation, une nouvelle loi qui pénalise l’émigration clandestine ? »[10] En effet, le président de l’Assemblée nationale algérienne justifie cette loi par l’existence « d’organisations de passeurs ». Il dira à la journaliste d’El Watan qui lui a posé la question, que les harragas sont apparus parce que les passeurs offrent leurs services ! On croit rêver ! Le pouvoir algérien minimise la signification de la harga qui prend de plus en plus d’ampleur . Les émeutes comme moyen de revendication sociale se généralisent  dans le pays. Elles expriment la colère et le desarroi de populations sans logement, sans travail ou sans gaz de ville dans un pays producteur, un comble ! Les politiques restent aux abonnés absent et seule la police intervient. Cette arrogance c’est ce que les algériens appellent la Hogra, un terme générique pour désigner autant le mépris que ce régime politique. Un système qui nourrit une maffia politicofinancière qui table sur clientélisme , le népotisme et la corruption grâce à la manne financière. Pendant que les opportunistes et prédateurs de tous bords s’affairent autour de l’immense mangeoire qu’est devenu ce pays des milliers de jeunes risquent leur vie à travers la mer méditéranée. D’autres, désespérés vont s’immoler devant les institutions de la république.
L’immolation
En Algérie, ils sont nombreux à se suicider par le feu. L’immolation, drame de la désespérance s’il en est, peut conduire les survivants derrière les barreaux. Et oui, aprés les amendements proposés au Code pénal algérien en 2008, à propos «la sortie illégale du territoire national» passible d’une peine pouvant aller à six mois de prison, le gouvernement y a rajouté la poursuite en justice de toute personne suicidaire, qui sortira indemne de son immolation ! «Des nouvelles instructions ont été données aux différents services de sécurité de procéder à l’interpellation de tous les candidats téméraires à l’immolation et le suicide et sa présentation devant la justice»[11], La peine encourue est de 3 à 4 ans de prison ferme. La durée d’emprisonnement est divisée par deux pour le cas de «suicidaire» mineur au moment des faits. Cette mesure coercitive est d’ores et déjà appliquée. Avis donc aux désespérés tentés de s’immoler, si par malheur ils survivent, la loi algérienne ne leur fera pas de cadeaux ! Aucune empathie officielle pour ces citoyens conduits au désespoir par une politique économique et sociale désespérante.
Hicham habitait Tiaret, à 350 km de la mer. Il avait 22 ans. C’était un beau jeune homme qui aimait rire avec ses copains . Seules restent de lui des photos. Il fait partie de la centaine d’immolés annuels par le feu en Algérie. Sa famille vit dans un des quartiers pauvres de la ville de Tiaret. Dans leur deux pièces de tôle et de brique, il dormait sur un matelas en éponge sur le sol. Il y vivait avec sa soeur et sa mère et seul son maigre revenu de vendeur de rue à la sauvette les faisaient vivre. Sa soeur licenciée en lettres ne trouvait pas de d’emploi. Il tenait un étal en rue ou il vendait des lunettes. Mais un jour le flic a été plus coriace que d’habitude et a voulu l’embarquer. Hicham a couru chercher une bouteille d’essence. Le flic goguenard l’a nargué « allez vas y immole toi si tu es un homme » raconte sa soeur dans le film de Jean Rémi ‘les immolés d’Algérie’[12]. Le jeune homme s’est enflammmé au milieu des passants. Hicham va décéder à l’hôpital aprés 5 jours d’agonie. Aucun responsable politique ne va se déplacer ni soutenir sa famille. Mépris total. Suite a son enterrement des milliers d’algériens manifestent leur colère contre le pouvoir et la police. Les émeutes en son hommage vont durer un mois mais seules quelques images vont en filtrer sur internet. « Cela s’est embrasé plusieurs fois, plusieurs jours de suite mais les autorités on étouffé l’affaire. Ils ont bloqué les routes autour de la ville et la voix des manifestants s’est tu. » explique tristement sa soeur. Elle accuse texto la Hogra de l’avoir tué . Ce mépris généralisé chez les policiers  et toutes les autorités. Dans un pays où le pétrole rapporte 70 milliards de dollars par an la malvie, la précarité et le désespoir poussent de nombreux algériens à s’immoler par le feu. Leur nombre dont seule la presse privée fait le décompte macabre est proprement scandaleux. Les émeutes systématiques sont réprimées. Si en Tunisie, l’immolation de Mohamed Bouazizi avait enflammé le pays et fait tomber le régime de Ben Ali, en Algérie les immolations en place publiques ont commencé en 2004 mais seules en témoignent quelques images et vidéo amateurs sur internet. Ces torches humaines jour racontent les misères d’un des plus grands producteurs de pétrole et de gaz au monde. Plus de 3 millions d’algériens survivent dans des bidonvilles pendant que de nombreux enfants vivent dans les décheteries comme celle de Aïn Smar à Alger.
Rescapés du feu
Hamidou a 26 ans, il a survécu à son immolation. Il est brûlé au 3 eme degré sur plusieurs parties du corps. Il vit aussi dans un bidonvilles prés de Mostaganem, une ville en bord de mer méditérranée
« quand je me suis vu en flammé je me suis évnoui, raconte t-il dans le film de J. Rémi, à l’hopital j’ai sombré dans une sorte de coma pendant deux semaines. » Tout son corps a été brûlé sauf ses yeux. Sa famille s’entasse dans une pièce unique dans un taudis. Une promiscuité banale en Algérie. A Mostaganem les immolations son courantes : 16 en 2011 et 4 au début de 2012 d’aprés la ligue des droits de l’homme. Aucun des jeunes de ce quartier ne travaille car « ici tout marche au piston, pas de piston pas de travail, déclare un jeune dans le film de J.Rémi. Si tu veux vendre des chaussettes au bord du trottoir la police te fait dégager, on ne nous laisse pas nous débrouiller pour survivre. » Survivre à une immolation n’est que le début d’un long cauchemar, à Chelef, depuis 3 ans Aïcha maintient son mari Mohamed en vie grâce à une recette de cuisine à base de cire d’abeille et d’huile d’olive. Elle prépare deux fois par semaine cette créme qui leur coûte trés cher : prés de 1 million de dinars c’est à dire 100 euros tous les 4 jours payés par les revenus du père de Mohamed et de l’aide de voisins et de bonnes gens solidaires . Mohamed a 28 ans. Il ne peut plus bouger et souffre continuellement. Sa femme et sa mère le couvrent de pommade tous les jours depuis 3 ans. Là aussi aucune aide des autorités algériennes.
Maladie sociétale
Quand ils sortent de leur silence méprisant, ces autorités accusent les suicidés par le feu de malades mentaux. Assertion mensongère que les parents de Rachid ont dénoncé. La famille[13] du jeune homme a affirmé qu’il ne souffrait d’aucun trouble mental et ses amis ont indiqué que le chômage était la cause de son suicide. Rachid, 23 ans s’était aspergé de cinq litres d’essence avant de se bouter le feu à Bejaïa.Transporté d’urgence à l’hôpital de Sétif à l’est d’Alger, le jeune homme est décédé . En décembre 2013, Kamel Falek, 30 ans a aussi voulu s’immoler par le feu , du haut du mur du siège de la sûreté urbaine d’El Mehmel, commune située à 7 kilomètres de la ville de Khenchela[14]. En s’aspergeant d’essence et en se mettant le feu avec un briquet ce jeune homme entendait aussi protester contre la situation de précarité dans laquelle il se trouvait. Il s’agissait là du quatrième cas d’immolation par le feu devant un siège dépendant des services de la sûreté de Khenchela depuis le mois d’août 2013.
Parmi les 889 tentatives de suicide enregistrées dans le département de Tizi Ouzou, en Kabylie ces cinq dernières années, 355 cas, soit 40% sont le fait de chômeurs [15], jeunes, dans la tranche d’âge entre 20 à 40 ans. . De tels drames, la télévision et les autres médias de l’état n’en parlent pas. Motus et bouches cousues devant ces torches humaines. Vouloir faire passer l’immolation sous le chef de maladie mentale, c’est discréditer et disqualifier ce geste de protestation ultime mais surtou tvouloir lui nier sa portée politique. Une tactique des nantis au pouvoir pour se dédouaner de leur responsabilité et rejeter la faute sur la victime. En Belgique, on connait la culpabilisation des chômeurs, voila celles des immolés en Algérie! La multiplication des cas d’immolation par le feu nous sembles quand même révélatrice d’une pathologie sociale, en tout cas celle de société autoritaire ou dictatoriale. La où la personne en souffrance, au chômage, sans revenus décents n’arrive plus à se faire entendre par les voies normales .Comment protester alors face aux inégalités sociales et à l’injustice quand tout est verrouillé ? N’estce pas là une ultime et horrible façon qui reste aux exclus et aux oppriméspour exister dans l’espace public au mépris de leur vie ?
Aida Allouache
Encadré 1/ Meriem, 28 ans, diplômée et chômeuse
Meriem, 28 ans, une jeune algérienne au chômage a envoyé ce texte à la rédaction web de Liberté, un quotidien algérien en français.
« Au nom de la liberté, n’ignorez pas mon message. Je veux témoigner, informer, péter un câble peut-être. Mais cela reste mieux que de m’immoler par le feu. Je veux que ma voix retentisse, je veux parler pour ces jeunes qui se donnent la mort rongés par le désespoir de ne pouvoir voir un jour ce pays se relever. Ce pays au grand corps malade, aux membres défectueux, qui ne cesse de sombrer. Nous tombons un à un de Charybde en Scylla : entre les barques de la mort, l’illusion de l’eldorado à l’autre rive de la méditerranée et le chômage, la pauvreté, la misère, l’amertume dans un pays où nous sommes devenus étrangers. Par où devrai-je commencer? Existe-t-il des gens heureux dans ce pays? J’aimerai bien les connaitre, j’ai 28 ans, femme algérienne, célibataire au chômage, vous voulez en savoir plus? J’étais la première de ma classe; la première de tout le lycée. J’ai eu mon bac à 16 ans; terminé mes études universitaires à 20 presque 21 ans. J’ai pu dénicher un petit boulot d’enseignante vacataire à l’Université. J’enseignais 3 heure par semaine, et à la fin de l’année, j’ai touché mon salaire: 5000[16]DA. J’ai ensuite intégré des sociétés étrangères où j’ai bossé comme une esclave, 12h par jour six jours sur sept, et c’est là que j’ai découvert qu’il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond. L’Algérie, notre cher pays fait appel à des étrangers qui touchent 20 fois mon salaire pour qu’ils nous volent. Mon boss était cameraman de formation il ne valait rien dans son pays, ils l’ont ramené pour superviser des travaux de piping (gaz et pétrole). Un autre boss était magasinier de formation, il avait l’habitude de compter les casiers de pommes de terre et de carottes. Ils venaient tous avec des diplômes (fake), des diplômes d’ingénieurs et de superviseurs. Tout le monde était complice, ces pseudos patrons avaient tous les avantages : ceux de vous humilier, de vous imposer leurs idées, leurs méthodes de travail, leurs incompétences. Et de la pression, beaucoup de pression au vu est su de nos pseudos autorités. Ils vivaient dans des bases de vie semblables à des hôtels 5 étoiles, avaient tous les avantages du monde, et surtout pouvaient décider de votre sort: « Ce mois-çi je termine ton contrat ». Après tout ça venez me parler des désastres causés par l’explosion de telle usine ou telle structure pétrolière…car ceux qui l’ont bâtie ne sont rien d’autre que des ratés dans leur propre pays et que nous importons. Ils n’envoient jamais des gens compétents en Algérie, car elle est classée zone à grand risque, tout ceux qui y débarquent ne sont rien d’autres que des vautours aventuriers, avides de faire fortune en un temps record. Honte à cette Algérie. J’ai 6 ans d’expérience, je parle 4 langues.et je me retrouve au chômage. J’essaye de trouver du boulot dans ma petite ville (qui n’est pas la capitale). Vous dites l’Anem (Agence nationale de l’emploi, ndlr)? Personne ne vous reçoit. Je suis allée à l’Université dans l’espoir de trouver un boulot même en tant que vacataire dans les bureaux de l’administration.
Je n’ai trouvé que des vieux, hideux, dont les racines pourries sont enfoncées bien au fond. Des vieux dépassant la soixantaine qui boivent du café, lisent des journaux, et vous répondent avec dédain: « allez voir ailleurs ». J’allais me contenter de 5000 dinars par an, car même les 9000 da de la DAS (l’Action sociale de wilaya ) je n’ai pas pu en bénéficier; 9000DA de charité, du ministère de la solidarité. Je n’ai pas pu en bénéficier aussi ! Ma mère ne me comprend pas. Elle ne cesse de me répéter que je suis une ratée, que je fais pitié que j’ai raté ma vie. Et, pourtant j’ai tout fait pour réussir. Votre Algérie m’a fait perdre l’espoir de vivre dans la dignité. Je ne veux pas l’aumône, je veux mes droits. Je ne veux pas que mon seul espoir soit un homme. J’aurai aimé être née dans une époque où les femmes n’allaient pas à l’école. J’aurai aimé être ignorante, me marier à 16 ans avoir 10 gosses. J’aurai aimé ne jamais avoir conscience de tout ce qui se passe, des manipulations du pouvoir, de l’hypocrisie. J’aurai aimé être simple d’esprit, illettrée et être heureuse, j’aurai aimé ne pas être algérienne ».
http://www.liberte-algerie.com/actualite/l-algerie-m-a-fait-perdre-l-espoir-de-vivre-dans-la-dignite-meriem-28-ans-diplomee-et-chomeuse-207366
Encadré 2/ Un chômeur s’immole devant le pôle emploi de Nantes
Mercredi 14 février 2013, un homme est mort en France, brûlé vif. C’est un chômeur qui s’est immolé devant le pôle emploi de Nantes. Il habitait un quartier voisin, près du centre commercial. Il était venu en bus. À peine descendu, il s’est aspergé avec un bidon d’eau de javel rempli d’un produit inflammable. Il a parcouru une quarantaine de mètres, en flammes, avant d’atteindre Pôle Emploi[17]. Jamel Chaar avait annoncé son intention de mettre fin à ses jours depuis deux jours à la presse, la police et pôle emploi. « C’était un artiste depuis son adolescence, un comédien et un marionettiste qui a travaillé avec des écoles maternelles et primaires, raconte sa femme dans le documentaire[18] les ‘Immolés de la crise’, il aimait la gaité, rire. » Dans toutes les photos présentées on le voit faire le clown « c’était important pour dépasser les duretés de la vie. » Jamel n’avait jamais refusé un job, il avait fait la plonge, les ménages ou préparateur de commande. Même sous payé, il enchainait missions sur missions explique Nicole sa femme. « il ne restait jamais longtemps sans travailler, les périodes les plus longues étaient de 3 mois » Mais avec la crise cela devient de plus en plus difficile de trouver de l’emploi. En septembre 2012 il avait reçu une notification de trop perçu de 614 euros qu’ il avait remboursé selon un échancier négocié. En 2013, pôle emploi lui notifie qu’il ne peut pas justifier du nombre d’heures requis pour réouvrir son droit à l’allocation chômage alors que lui est persuadé- chiffres à l’appui – du contraire. « Il est parti sans me laisser de message. Je ne m’attendais pas à un tel geste de sa part, il était tellement gai », se souvient Nicole. Mais pour elle, cela ne fait aucun doute [19]: « Il a voulu faire passer un message social, un cri, un ras-le-bol total. Si c’était un drame personnel comme l’a dit François Hollande, il n’aurait pas fait ça comme ça et dans un lieu public. » Si c’est l’injustice de pôle emploi qui l’aura poussé au désespoir sa volonté de faire passer un message est manifeste . « choisir de se donner la mort en public et l’annoncer à l’avance ce n’est pas un choix de la mort, assure le psychiatre Michel debout dans le documentaire, c’est plutôt un sacrifice de sa proppre vie pour les autres, pour l’avenir » Deux jours aprés cet horrible décès , le vendredi 15 février 2013, un homme de 49 ans, lui aussi sans emploi va s’immoler en pleine rue, à Saint-Ouen en seine saint Denis. Hospitalisé à l’hôpital Saint-Louis à Paris, il survivra avec des brûlures aux premier et deuxième degrés. Cet homme touchait l’allocation de solidarité spécifique (ASS), réservée aux demandeurs d’emploi ayant épuisé leurs droits au chômage.[20]  Un autre chômeur va tenter de s’immoler par le feu le mercredi 6 mars en fin de matinée dans l’agence Pôle emploi de Bois-Colombes (Hauts-de-Seine). L’homme, un cadre de 59 ans, s’asperge d’essence devant les conseillers de pôle emploi. Arrété à temps, il est transféré à l’hôpital Louis-Mourier de Colombes. [21]L’entretien s’était très mal passé avec les conseillers. Il avait quitté l’agence avant de revenir un bidon d’essence à la main. Pour Michel Debout, psychiatre et professeur de médecine légale, la crise économique n’est pas étrangère à l’augmentation de ces gestes de désespoir. En 2012, ce médecin, qui alerte depuis plusieurs années les pouvoirs publics sur la détresse psychologique des chômeurs, a calculé que le marasme économique avait généré 750 suicides et 10 780 tentatives supplémentaires entre 2008 et 2011.Si la majorité des suicides se passent dans l’espace privé, certains choisissent d’en finir avec ce monde par un acte aussi terrible et spectaculaire que l’immolation. « Ce geste est à la fois sacrificiel et protestataire, analyse M. Debout. L’individu qui a recours à cette forme de suicide le fait non seulement parce qu’il estime que c’est la dernière façon de se faire entendre, mais aussi pour interpeller la société. .. » Si ce type de suicide nous laisse sidérés et impuissants il ne fait que refléter la violence de la crise qui frappe les travailleurs sans emplois : 3 millions de chômeurs fin juin en France, 5 millions en comptant les personnes aux activités réduites comme Jamel. Aprés son suicide, 50 autres chômeurs dans les mois qui ont suivi, ont menacé aussi d’attenter à leur vie, certains choisiront aussi l’immolation. Jusqu’ici cette ‘pratique’ était inconnue dans nos contrées européennes. Avec ces politiques d’austérité, il y en  a eu plus d’une vingtaine en France depuis 2011, une dizaine en Italie, plusieurs en Espagne et en Grèce.
Encadré 3/ Une occupation tourne au drame à Rabat
En janvier 2012 à Rabat, des jeunes du mouvement des diplômés chômeurs font une occupation pacifique d’un batiment du ministère de l’éducation. Ils sont postés sur les murs de la terrasse. Ils veulent protester contre les promesses non tenues par le ministère. Ils étaient plus d’une centaine à avoir obtenu en juillet 2011 un accord prévoyant leur recrutement dans la fonction publique en 2012. Un accord qui est resté lettre morte. Les chômeurs ont décidé d’agir mais cette occupation va tourner mal et virer au drame. La police est là et les jeunes affamés veulent récupérer la nourriture que leur dépose en bas un groupe de soutien. Quatre jeunes hommes décident d’aller chercher la nourriture, mais avant ils s’aspergent d’essence avant de sauter du mur. Une façon de se prémunir de la violence de la police ? Au moment de saisir les sacs de nourriture, des policiers s’interposent. Aussitôt, un homme s’embrase puis un autre…En tout 4 militants chômeurs vont s’immoler. Ils sont hospitalisés dans état grave. Au Maroc le taux de chômage de 9 % atteint 16 % pour les diplômés de l’enseignement supérieur.
Saïd a été presque 5 ans durant membre de la section de Taza et Tahla de l’association des diplômés chômeurs marocains. Nous l’avons rencontré à saint Gilles en fin d’année 2013. il a bien voulu répondre à quelques questions.
Comment est né cette association de chômeurs marocains ?
Saïd : Le mouvement a commencé avec le programme d’ajustement structurel imposé par la banque mondiale et le Fmi en 1987/88 et jusqu’en 1990 au Maroc. On en a subi les conséquences au niveau social trés vite. Il n’y a plus eu assez d’emplois de crée  avec une augmentation des prix des produits de 1ere nécessité. C’est là que les chômeurs ont eu l’idée de s’organiser. C’est parti des universités car c’était le seul espace ou l’on pouvait parler, discuter, débattre et critiquer le régime . Dans ces années 80 les discussions sur le chômage prés les études et les politiques d’austérité étaient menées par des étudiants basistes[22] marxises léninistes. Ce mouvements est né grâce à des militants gauchistes. Cette association existe de fait depuis 1991, date du 1er congrés. Pourtant elle n’est toujours pas reconnue légalement. L’état lui refuse cette reconnaissance officielle. Mais sur le terrain, elle est active et présente sur le front des luttes par des manifestations, des occupations de locaux administratifs faites par des chômeurs. Elle a 135 sections dans le pays, bien plus que tous les partis politiques existants et que même l’association des droits de l’homme. C’est la seule association qui peut se targuer d’exister dans tout le pays, dans toutes les villes du Maroc.
Comment as tu intégré ce mouvement ?
Saïd : Je l’ai intégré aprés mon échec au bac.  Il faut savoir qu’au début ne pouvaient y adhérer que les diplômés de l’université, les licenciés et ceux du niveau Deug. Mais au 2eme congrés et suite aux discussions entre les militants de toutes les sections on a décidé de changer la régle de l’association pour l’ouvrir aux autres chômeurs et aux gens comme moi.C’était en 1994/95 , la période ou j’ai été responsable dans la section de Taza. Moi j’aurai aimé faire des études de philosophie mais avec le systeme de l’éducation au maroc mais je ne pouvais pas repasser mon bac car j’avais déjà doublé auparavant durant ma scolarité. C’est une façon de bloquer les gens et de limiter l’accés aux études universitaires. Cela fait se réorienter vers le circuit professionnel surtout les personnes de milieux populaires.
Pourquoi une association spécifique de chômeurs au Maroc ?
Sad : On lutte pour la reconnaissance de notre association et pour avoir un travail décent.
Il y avait des organisations comme les syndicats qui dénonçaient le chômage mais cela n’était pas dans leur priorités de s’occuper des chômeurs. C’est pourquoi on a voulu défendre nos droits et ce en priorité. On vivait ce chômage et on savait que cela allait en s’amplifiant en une catastrophe sociale. On savait aussi que nos droits n’allaient pas être octroyés, ils n’allaient pas venir tout seuls. On avais compris qu’on auraist à lutter, à nous battre pour les obtenir.
 et c’est là qu’est né le mouvement avec des militants qui sont hors de l’université
Il y a d’autres groupes comme les doctorants qui ne viennnet pas avec nous car ils trouvent que nous ne luttons que pour des petits boulots, style échelle 1 avec le smic. Eux visent plus haut alors ils montent d’autres groupes . En général, ils finissent par avoir du travail aprés 3/4 ans. Ils ne sont pas si nombreux et avec les différentes administrations comme celle de l’éducation ils arrivent à se débrouiller pour s’y placer. Mais bon, il faut quand même manifester, faire des greves de la faim etc User de moyens de pression avec l’adversaire pour arriver à déccrocher des jobs au maroc !
Comment fonctionne cette association ?
Saïd : On travaille toujours en comptant sur nos propres forces. On a un réglement de travail. Il y la vie de la section locale et la communication les autres sections au niveau régional et national. L’association a calqué son organigramme sur celui du makhzen. On va du niveau local, avec la section communale au niveau national avec le conseil et le bureau national en passant par le conseil régional. Toutes les sections organisent des assemblées générales tous les 15 jours. Le bureau exécutif réalise ce qui a été décidé en assemblée. En plus des manifestations ou occupations de locaux la section peut aussi organiser des formations de toutes sortes tant culturelles qu’ économique pour ses membres. Pour nos réunions au début, certains syndicats comme l’Umt et la Cdt nous ont aidé en nous prêtant des locaux. Nous nous sommes rendus compte aprés quelques années qu’il vaut mieux aller se réunir dans la rue tant que nous n’avons pas obtenu la légalisation de notre association. On a investit les places publiques pour nos réunions et assemblées. Cela a eu le mérite de nous faire encore plus connaître auprés du public.
Quels ont éte vos succés dans cette lutte ?
S : Nous avons obtenu par exemple dans certaines communes que les chômeurs ne doivent plus payer pour obtenir un extrait de naissance ou pour faire des photocopies à la mairie. Certaines sections on réussit à obtenir la gestion d’une aide médicale au chômeurs à raison de 20 euros par mois de médicament. C’est un programme de coopération d’aide en médicaments reçu par les communes. Les communes ne le font pas savoir aux gens, on l’a découvert grâce à nos luttes. En fait ce programme était utilisé par les divers élus de façon arbitraire à leurs connaissances. Mais bon, le maire de Tahla nous l’avait remis à gérer car il avait un buget valable pour une centaine de personne alors qu’il avait des milliers de personnes pauvres dans sa commune. Il ne savait pas comment le répartir il nous en a remit la gestion et nous l’avons utilisé pour les chômeurs malades.
Tous ces postes ne sont pas obtenus si facilement, il faut lutter, manifester, faire des grèves de la faim parfois ou des occupations de locaux administratifs. Nous refusons les concours, nous pensons que pour toute une série de poste de travail comme dans les communes par exemple, il n’est pas nécessaire de faire passer des concours. Quand c’est possible nous arrivons à négocier ces postes afin que la mairie nous les remmette. Nous, avec des règles et des critères élaborés au sein de l’association nous distribuons ces postes à des chômeurs selon certains critères qui donnent des points. Les membres récoltent des points selon leur âge, leur situations familiale et le nombre de manifestations ou d’oocupations auxquelles ils ont assisté avec l’association.
Bien sûr cela dépend de la coloration politique des élus locaux, s’ils sont de la gauche ou humanistes ils vont plus facilement accepter de collaborer avec notre association même si selon la loi elle n’existe pas officiellement.
Estceque vous avez des relations avec d’autres assocociations de chômeurs dans le monde
Saïd : Au Maroc, on reste trés lié à la vie de la société civile. On est toujours présent au 1er mai avec les syndicats et avec les partis politiques. On les rejoint dans les manifestations sur une série d’enjeux autour de la mondialisation, la Palestine. Au niveau international, on a des liens avec des associations de chômeurs en Tunisie, en Espagne mais pas en Algérie.



[1]                      http://www.nytimes.com/2013/11/09/world/africa/politically-adrift-algeria-clings-to-its-old-ways.html?_r=1&
[2]                      http://www.algerie-focus.com/blog/2013/04/letat-algerien-grand-thesaurisateur-et-mauvais-gestionnaire-par-hassan-haddouche/avril 17, 2013 11:23
[3]                      http://docteurboudarene.unblog.fr/
[4]                      http://www.algerie360.com/algerie/le-chomage-en-algerieles-jeunes-une-veritable-bombe-a-retardement/
[5]                      http://www.yacinezaid.org/2009/12/poursuivi-dans-7-affaires-de-justice.html
[6]                      http://www.elwatanproject.com/2013/09/17/les-chomeurs-ne-lachent-pas/
[7]                      Traversée interdite, les harragas face à l’Europe fortresse – Virginie Lydie –  Editions Le passager clandestin – Février 2011
[8]                      porte-parole du « collectif des familles de harragas disparus ».
[9]                      http://elharraga.wordpress.com/source/
[10]                El watan 
[11]                    site Algérie360
[12]                                http://www.youtube.com/watch?v=Qg5m3XhYrTs
[13]                    http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5jb582EoK3jKYv9rRDPe70F-DkZ2w?docId=CNG.8cf3e755ac3af092dd307b2dba4d9a94.341&hl=fr
[16]                    À peu prés 38 euros
[17]                    http://www.ouest-france.fr/nantes-un-chomeur-simmole-devant-pole-emploi-440650
[18]                    http://www.dailymotion.com/video/x187zve_les-immoles-de-la-crise-sacrice-pour-l-avenir_webcam
[19]                    http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/06/01/en-s-immolant-djamel-a-voulu-faire-passer-un-cri_3422188_823448.html
[20]                    http://www.lemonde.fr/emploi/article/2013/02/16/serie-d-immolations-apres-le-suicide-de-nantes_1833727_1698637.html
[21]                    http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/03/06/nouvelle-tentative-d-immolation-dans-une-agence-pole-emploi_1843879_3224.html
[22]        Base traduction du terme arabe El Kaéda, et les bassistes de el kayidiyine.


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