DzActiviste.info Publié le sam 20 Juil 2013

Réalités douces amères d’un coup d’Etat

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Egypte Coup d'Etat6 In http://www.nachaz.org

par Wajdi Limam

Voilà maintenant quinze jours que l’armée égyptienne a renversé le gouvernement élu de Morsi. Quinze jours à méditer, à retourner le problème dans tous les sens, pour mettre du sens sur ce coup sans précédent jeté à la face des révolutions, ou révoltes, arabes.

 

Beaucoup a été dit et écrit sur ce sujet, et pour ma part, il ne s’agissait pas de rajouter un texte parmi d’autres pour décrire ou analyser, ce qui au fond, n’est qu’un coup de force d’une armée qui a montré par le passé, son goût de la violence et de la manipulation, une « armée qui participe au pourrissement politique, pour apparaître comme une alternative »[1].

Il faut toujours préciser d’où on part et dans quelle logique on inscrit son discours. Les révolutions arabes sont une étape dans le processus d’émancipation et de réappropriation de soi des peuples arabes. La voie démocratique, qui reste le moyen le plus adapté pour permettre la coexistence pacifique des peuples et gérer les contradictions, est celle qui fait consensus pour la quasi-totalité des forces politiques arabes. Islamistes, nationalistes, marxistes, libéraux, chacun ménagé une place dans son référentiel et malgré les difficultés propres à chaque camp, à ce principe[2]. Les Frères Musulmans (FM) au pouvoir ne sont qu’une étape, dans ce long chemin vers la démocratie. Penser les révolutions arabes en cours, en restant centré sur la question des FM au pouvoir, c’est privilégier le court termisme en lieu et place de la stratégie. C’est adopter malgré soi, le discours des régimes autoritaires postcoloniaux qui, pour justifier l’absence de démocratie, expliquaient doctement, que s’il y avait élection, elles seraient irrémédiablement remportées par les islamistes ; et ainsi intégrer une forme de fatalisme.

La démocratie représentative, les libertés publiques, soit la question de l’universalisme demeure, après cinquante ans de dictatures, le moyen, de faire converger, de construire et de convaincre le peuple arabe, de l’urgence d’un projet social, authentique d’émancipation. Cette convergence nécessite la mobilisation et la construction d’un bloc, issu d’un compromis historique entre des forces idéologiques et politiques qui partagent ces points communs.

C’est à partir de là, que nous tenterons d’analyser la situation égyptienne. Dans un premier temps, il s’agira d’être clair, sur ce qui ressemble de plus en plus à la banalisation d’un coup d’Etat. Banalisation pour ne pas dire soutien implicite à une opération réactionnaire et contre-révolutionnaire contre une instance légalement élue. Cette légalité, n’étant pas un dogme en soi, mais l’émanation du principe consensuel de l’universalisme et de son corollaire théorico-pratique, la démocratie représentative, moyen de coexistence pacifique ayant fait le fruit d’un consensus entre des forces idéologiques et politiques. C’est ce pacte commun, qui doit aujourd’hui être interrogé, reposé, et repensé, pour ne pas céder au retour de la tentation autoritaire. Si la gouvernance des FM en Egypte n’a en rien participé à la transformation sociale, ni à l’anti impérialisme, ni à la consolidation d’un projet arabe, et là leurs responsabilités en tant que dirigeant est à assumer, il faut prendre la mesure du coup d’Etat, et ne pas céder aux envolés mystiques et mouvementistes, en restant fermement du côté des principes et du projet.

Quelle gouvernance voulons-nous dans le monde arabe ? Si la démocratie n’est plus une valeur partagée, si la légalité d’une élection n’a que peu de valeur, va-t-on assister à une multiplication des initiatives plus ou moins populaires, plus ou moins violentes, qui seront dès lors autant de forces de proposition en termes de gestion des affaires publiques ? Où sera donc la légitimité ? Dans celles des urnes ? Dans la rue ? Ailleurs ? N’est ce pas alors le début d’une suite de confrontations, de violence, pour définir quelle nouvelle forme de légitimité va primer ?

Au fond, cette nouvelle recherche de légitimité, n’est elle pas celle des mouvements sociaux, des syndicats, des religieux qui, ancrés dans leurs quotidiens, dans leurs pratiques, veulent de la transformation sociale ? Veulent une autre société ? Plus ancrée dans son identité, plus solidaire, plus égalitaire, plus libre ? Au-delà du port d’attache de chacun, au-delà de son appartenance idéologique et politique, ils partagent un même univers de sens. Et c’est cela qui semble aujourd’hui en danger. Ouvrir l’espace des rencontres et ne pas repousser les acteurs à leurs limites et au les amener à contrecarrer leurs propres références.

 

Dans un premier temps, il s’agira de s’interroger sur la place de l’universalisme dans la perception arabe, et de quelle manière, à travers ce coup d’Etat, ce sont ces valeurs qui ont été foulées aux pieds. Car au fond, un « coup d’Etat reste un coup d’Etat  », peu importe comment il est nommé ou pas, peu importe les ressorts idéologiques qu’on mobilise pour le justifier, les « faits semblent têtus ». Il s’agira donc de décrire cette situation, et le discours mis en place pour le justifier et/ou le dépasser. Puis, nous verrons, comment, la question de l’islam politique, la place des FM est le dernier ressort de tout argument, pour justifier l’exceptionnalisme. Et enfin, il s’agira de poser comme perspective, que la banalisation de l’ensemble des acteurs politiques, islamistes inclus, est le seul moyen de créer les conditions et de  proposer une alternative civilisationnelle pacifique et inclusive dans le monde arabe.

L’universalisme et la démocratie représentative, socle commun

Allons au cœur du sujet. Même si nous n’y répondrons pas, il convient de lever cette interrogation, qui est sous-jacente dans le débat sur le coup d’Etat en Egypte et sur la démocratie dans le monde arabe. Nous, peuple arabe, de culture ou d’appartenance musulmane, sommes-nous pour l’universalisme des droits ? Et ses corollaires que sont les droits de l’Homme, le système représentatif ?

Nous faisons nôtre la parole de Ghaleb Bencheick pour dire « qu’il n’y a pas de valeurs universalistes, il n’y a que des valeurs universalisables ».  Tout peuple veut la liberté, tout peuple veut une justice indépendante et transparente, aucun peuple ne veut voir dénié son être, son honneur, sa dignité. Tout peuple, veut avoir à prendre part aux destinées des territoires dans lesquels il vit.

Les libertés publiques, les droits de l’Homme, sont des valeurs ancrées en l’Homme, peu importe sa religion et son ethnie. Depuis les années 90, des sécularistes, des islamistes, des libéraux, des nationalistes, des marxistes se réunissent dans le cadre de congrès et de colloque, pour affirmer que la lutte pour les libertés publiques n’est pas propre à une idéologie, mais doit être le socle commun pour une nouvelle approche politique.   Le bât blesse quand ces valeurs deviennent le paravent pour justifier le colonialisme, l’ingérence, la mise sous tutelle des Etats et des peuples. Le bât blesse quand ces valeurs, trop souvent, ont servis à justifier la répression de pans entiers des peuples arabes au nom de leurs convictions politiques. Quand les valeurs universalistes se transforment en outil de domination, empêchant toute réappropriation par les peuples, nous sommes alors face à un colonialisme.

Malgré la fermeture du jeu politique des acteurs d’horizons divers tentent donc d’élaborer des plateformes sur des sujets clés. La question des libertés publiques, la question de l’égalité sociale, la question des minorités, furent traitées et débattus dans le cadre de congrès et de colloques de la part de personnalités de premier plan, dont certains sont aujourd’hui aux affaires.

Ces questions furent débattues, dans des contextes fortement défavorables, et ont abouti sur le plan théorique à des textes importants. Par exemple, si aujourd’hui une partie de la mouvance islamiste reconnaît le principe démocratique, c’est le fruit de long et douloureux débats au sein d’une famille théologico-idéologique variée et complexe. Une victoire d’ordre théorique certes, mais dont les acteurs demandent à voir la réalisation dans les faits. Et le coup d’Etat en Egypte n’est pas là pour faciliter les choses, et renforcer la confiance….

La chute des despotes arabes a ouvert des espaces politiques inédits. La vie partisane, la vie idéologique a pu renaitre sans aucune forme de criminalisation. A tel point que même les acteurs de l’ancien régime dont le seul projet est la rapine ont eu le droit d’exister politiquement.  Ahmed Chafik et Amr Moussa en sont par exemple de parfaits symboles.

Interrompre un processus électoral est un acte d’une violence symbolique sans nom. Même de vieilles démocraties n’ont jamais osé s’aventurer sur ce terrain, préférant avoir des représentants mal élus, que remettre en cause le principe. Bush contre Gore en sont un exemple parmi d’autres, les élus avec moins de 50% de participations en sont un autre. Surtout que cet argument utilisé dans le contexte arabe porte un nom, l’Algérie. Un processus électoral brisé, et une guerre civile qui s’est soldée par des dizaines de milliers de morts.

Nature du coup d’Etat, réalité et  maquillage idéologique des arguments populistes

Oui, il faut parler, et continuer à parler de coup d’Etat, pour décrire ce qui s’est passé en Egypte. On peut certes, parler de la volonté du peuple en action, ou encore, de ne pas considérer qu’il faille insister sur l’appellation pour observer le fond  de la dynamique, mais au fond, nous ne faisons pas partie de ceux qui pensent que « Discuter de savoir si  la déposition de Morsi est le résultat d’un coup d’Etat militaire ou celui d’une révolution populaire, ou bien si elle est tout à fait halal du point de vue légal, n’est qu’une partie de la question, et ressemble tout à fait à un débat sur le sexe des anges »[3]. Car là se trouve le fond du débat. Radicalement.

Car parler du « sexe des anges » n’a pas forcément d’impact sur la réalité contrairement à un coup d’Etat qui a des conséquences directes sur la réalité. Un coup d’Etat, c’est dans le cas qui nous intéresse, l’armée qui destitue un pouvoir élu. C’est une armée destituant un pouvoir civil qui ne lui convient pas pour le remplacer. C’est l’armée égyptienne, dont on connaît le poids et l’influence durant l’ancien régime qui met dehors le premier président de la république élu. C’est une armée hostile au FM et ayant participé à sa répression, qui après avoir dealé avec eux, les met à la porte de l’instance où le peuple les avaient mis.

Au-delà de la violence symbolique que nous avons évoquée, c’est aussi la violence vis-à-vis des libertés publiques et individuelles. On ne peut pas prendre à la légère le fait qu’une « armée fasciste qui destitue et séquestre un président élu, qui suspend la constitution et dissout le parlement, qui arrête les dirigeants du parti majoritaire, ferme ses stations de télévision et tire sur ses partisans, est en train de faire un coup d’Etat. »[4] Un coup d’état, c’est symbolique, mais c’est aussi bien réel. Et en sous estimer l’impact correspond à une erreur d’analyse de fond.

Bien sûr, beaucoup avanceront ces formidables manifestations, ces dizaines de millions de manifestants venus crier leurs refus de Morsi et leur volonté de changements. Mais au fond de quel changement nous parlons ? Peut-on affirmer que ces dizaines de millions de manifestants si tant est que les chiffres avancées soient réels, aient eu les mêmes mots d’ordres ? Les mêmes revendications ? Les mêmes opinions politiques ? Soyons certains que non. Parmi les manifestants, plusieurs se situaient dans la mouvance islamiste, et exigeaient de Morsi plus de vivacité et de fermeté. Fermeté vis-à-vis du FMI, fermeté vis-à-vis d’Israël, fermeté vis à vis des fouloul, les partisans de l’ancien régime. Mais qui a entendu cette catégorie de manifestants ?

D’ailleurs, peut on imaginer un instant que la puissante armée égyptienne, celle qui réceptionne en son nom propre près d’un milliard de subventions américaines, celle dont les officiers sont formés dans les académies militaires américaines, celle qui contrôle plus d’un tiers de l’économie égyptienne, puisse agir ainsi, pour mieux satisfaire les revendications sociales d’une partie des manifestants ? Si on pouvait avant ce coup d’Etat  parler du processus révolutionnaire, de ces milliers de manifestations mensuelles qui ont fait de l’Egypte, le pays où on répertorie le plus de mobilisation au monde. Qu’attendre d’un nouveau régime dont le seul intérêt est de maintenir son influence politique et économique ? Que ce soit avec le FM, tout seul, ou avec d’autres….

Quand la réalité se pose de manière si crue et si obscène, que reste-t-il ? Les artifices idéologiques. Les mêmes d’ailleurs que ceux utilisés par le passé pour justifier l’autocratie.

C’est un Samir Amin, qui pour arguer de l’illégitimité d’un Morsi dira « Mais il faut savoir que les élections qui ont amené Morsi au pouvoir ont été truquées. La fraude a été gigantesque au profit des Frères musulmans. Ils ont distribué aux pauvres gens qu’ils ont fait venir pour voter pour eux, des cartons de vivres. Les Égyptiens n’ont pas pris au sérieux ces élections. Les juges égyptiens eux-mêmes se sont retirés des bureaux de vote parce qu’ils étaient occupés militairement par les Frères musulmans. »[5]. Contre l’avis de l’ensemble des observateurs nationaux et internationaux.  Et qui dans le même entretien, fera passer le régime des FM comme un allié de l’Occident, alors que le coup d’Etat  fut salué par l’ensemble des puissances internationales et et n’a pas du tout remis en cause l’aide financière des USA[6]

Sous le pseudonyme Mahmoud Hussein, on verra un autre type de positionnement.  Sous le titre « Egypte : le peuple a donné, le peuple a repris »[7], les auteurs tout en défendant une lecture essentialiste de la scène égyptienne, font mine de condamner cet « Occident » pris comme un bloc homogène, qui au nom d’une forme de différencialisme soutiendrait le droit à des dirigeants élus de rester au pouvoir (sic). Pour mieux inscrire ce coup d’Etat, fait par une institution qui a su être une franche alliée de l’impérialisme, dans l’espace endogène égyptien/arabe/islamique, on fait passer cette armée et ce coup de force comme une entreprise anti-impérialiste… Peu importe que dans les faits, l’Arabie Saoudite, Israël  et les USA ont félicité les nouveaux dirigeants. Peu importe que ce coup d’Etat  fut anticipé par des échanges entre différentes chancelleries[8]… Les fausses représentations imposent une certaine forme de discours.

Une autre fausse représentation, de la part des mêmes auteurs, consiste à cataloguer les manifestants comme  « ces nouveaux acteurs ne sont plus entravés par les mythes de la prédestination et de la fatalité, par le respect instinctif des hiérarchies par le conformisme communautaire ». Ecrire cela, sert entre autres objectifs, de les opposer aux camps de Morsi, le religieux, forcément fataliste et partisan de la prédestination. Il s’agirait donc de manifestants quasiment sécularisés face à un exécutif religieux et d’un autre temps (« semblait émaner d’une instance supérieure, transcendante. Parce qu’il représentait, le reflet sur terre d’un dessein céleste »). Au-delà d’une grille de lecture classique des orientalistes, on assiste ici à une instrumentalisation des manifestants, qui sont de fait niés dans leur diversité et dans leur pluralité…

 Islamiste et Ikhwan : éternels « illégitimes »

« Les services de sécurité ont été éduqués et conçus contre les islamistes qu’ils méprisent, vous ne croyez tout de même pas qu’ils allaient travailler avec eux » dit avec ironie un ancien responsable syndical de la police égyptienne[9].

Peut être, est ce là, une partie du problème. Les appareils sécuritaires sont financés, et étaient jugés, sur leurs capacités à réguler et à réprimer les islamistes. Que ceux-ci soient dans la mouvance violente ou la mouvance participative. On a vu de quelle manière, sous la présidence de Morsi, ce dernier se trouva contraint de faire appel à des militants de son organisation pour protéger le palais présidentiel. La police et l’armée ont montré là leur peu d’attachement à la légalité et aux institutions, en ne défendant pas les instances légales et dont la passivité, a participé au chaos ambiant.

Au-delà de l’appareil sécuritaire, une partie de l’appareil idéologique, les médias, la presse, les réseaux d’influence, s’est aussi mobilisée pour apporter des réponses à l’islamisme et le contenir idéologiquement.  Le discours sur la laïcité, sur la défense des minorités religieuses, fut instrumentalisé dans ce but. Peu importe que dans les faits, ils n’auront servi que d’alibis, à un Etat dont la main droite utilisait Al Azhar pour condamner les libres penseurs, et la main gauche, séculière, pour condamner l’islamisme. Peu importe que les conflits confessionnels se soient produits dans des zones rurales dans le cadre de conflits de voisinage n’ayant aucune raison politique, peu importe que des Coptes se soient alliés politiquement avec des islamistes, peu importe que l’armée à Maspero ait tiré sur des manifestants venus manifester contre la violence visant les Coptes.

Nous sommes ici face à un Etat Profond, dont le pilier central, l’armée, a toujours joué pour gagner. Et dont l’alibi idéal, fut et redevient, l’islamisme et les FM.

On peut penser, que les défaites des FM au pouvoir étaient actées dès le début. Illégitimes aux yeux d’une classe politique nationale. Illégitimes aux yeux d’un appareil administratif et sécuritaire. Illégitimes aux yeux de tous. Ceux qui étaient considérés la veille, comme des fanatiques palestiniens, partisans du retour en arrière, sont devenus pour le coup des sionistes vendus au FMI.

Comment dans la situation de chaos actuelle recréer des liens de confiance et des liens de convergences ? Le drame est il dépassable ?

Le véritable drame auquel nous assistons actuellement est la perte de confiance. La perte de repères, pour une large partie de la société égyptienne qui avait fait sienne le chemin des urnes. Cette Egypte, réputée la plus conservatrice, la plus populaire, la plus religieuse. Celle dont le suffrage s’est porté sur les FM. Et dont aujourd’hui, le vote est rejeté. Mais aussi la perte de repères d’une partie des libéraux, une partie de la gauche. Quand les prétendus théocrates cheminaient vers la démocratie, les démocrates auto-proclamés se trouvaient à servir de porte-voix ou à être contraints –de nouveau- de se jeter dans les bras de l’autocratie.

Bien plus que l’opposition entre une Egypte conservatrice et libérale, une Egypte musulmane et une Egypte copte, une Egypte riche et une Egypte pauvre. C’est tout simplement la règle du jeu qui vient d’être rejetée. Et quand les règles du jeu ne sont plus respectées, le jeu se « chaotise », laissant place au plus fort, au plus rusé, au plus apte à se mouvoir dans le chaos. Chose qui n’est guère l’apanage des démocrates…

Il n’y a aucune chance, que les mécanismes d’une armée de cinquante ans organisée autour de la préservation de ses intérêts et de la haine des islamistes ne changent. Cette répression, même si elle est condamnée, reste le pire des messages envoyés aux FM et à l’ensemble de la mouvance islamiste, même si celle-ci ne se reconnaît pas dans les FM : « Même si le peuple vote pour vous, on pourra continuer à faire de vous, ce que l’on veut ».

Cette perte de confiance au sein même de la société va être un frein pour la suite d’un processus de dialogue, d’échange, mais aussi la nécessité de construire ensemble des réponses sur les questions essentielles, celle de la souveraineté économique, identitaire mais aussi et surtout alimentaire.

Plus que le coup d’Etat, c’est la capacité d’un peuple dans toute sa pluralité à s’auto-organiser et à riposter qui vient d’être « récupérée » ou « confisquée ». Il n’est pas concevable aujourd’hui, en Egypte, mais aussi dans les autres pays des révolutions arabes, que la question de la dignité, de la souveraineté, de la liberté, puissent être réalisées par ceux là mêmes qui les ont combattus durant ces trente dernières années. Ces questions centrales appartiennent à tous et toutes, et doivent produire des convergences stratégiques, au-delà de l’esprit partisan, avec en tête toujours, cette alternative civilisationnelle, nécessaire et urgente. La réponse, ne viendra pas des casernes arabes, elle viendra des consciences arabes, dont nous avons vu la capacité à se réformer, à se renouveler et à se faire entendre. Peut être ce coup d’Etat, produira t- il un changement de paradigme, sur les liens intrinsèques, entre la question de l’authenticité, de l’universalité, et sur la capacité endogène des peuples à construire du collectif dans la pluralité de manière pacifique.



[1] http://www.humanite.fr/monde/egypte-les-militaires-ont-enormement-dinterets-pre-545316

[3] Egypte: qui a la force de rêver? Nahla Chahal – Al hayat 7-7-2013 (traduction de l’arabe : Sion Assidon)

[4] Le coup d’État en Égypte : islamisme, démocratie et révolution. Santiago Alba Rico http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=10074

[5] Samir Amin : « La chute de Morsi doit être considérée comme une victoire du peuple » L’Humanité, 5 Juillet http://www.humanite.fr/monde/samir-amin-la-chute-de-morsi-doit-etre-consideree-545404

[6] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2013/07/08/97001-20130708FILWWW00544-egypteusa-l-aide-militaire-maintenue.php

[7] http://www.liberation.fr/monde/2013/07/09/egypte-le-peuple-a-donne-le-peuple-a-repris_917096

[8] http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-orient/egypte-depuis-quand-le-coup-d-etat-etait-il-planifie_1265737.html

[9] http://www.nytimes.com/2013/07/11/world/middleeast/improvements-in-egypt-suggest-a-campaign-that-undermined-morsi.html?pagewanted=all&_r=4&


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