DzActiviste.info Publié le sam 3 Jan 2015

Réfugiés : La traversée du désert

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El Watan, 2 janvier 2015

La collaboration entre les autorités algériennes et nigériennes s’est mise en place. Un groupe de réfugiés a déjà été rapatrié au cours d’un voyage qui a commencé en bus et s’est terminé dans des camions. El Watan Week-end a fait la traversée avec eux.

Hoceima, 40 ans, attend des jumeaux. Avec ses trois enfants, tous âgés de moins de cinq ans, elle est arrivée au centre d’accueil à Tamanrasset avec 214 autres personnes, 200 en provenance d’Oran, 13 blessés lors de l’accident de Hassi Lefhel qui viennent de quitter l’hôpital de Metlili près de Ghardaïa et un de Béjaïa. C’est là que se retrouvent les 3000 Nigériens concernés par l’opération de rapatriement coordonnée par le Croissant-Rouge algérien.

Fatiguée par la longueur du trajet, elle essaie de rafraîchir ses enfants avec de l’eau, en mouillant le bas de sa robe rouge avec des fleurs blanches. Ils doivent attendre que les bénévoles du Croissant-Rouge algérien les appellent pour accomplir toutes les formalités administratives et médicales. Le médecin décide de transférer une femme asthmatique et trois migrantes enceintes vers l’EPSP de Tamanrasset. Hoceima est l’une d’elles. Un bilan médical doit confirmer qu’elle est capable de supporter les 220 kilomètres de piste qui l’attendent de l’autre côté de la frontière, au Niger.

Les bénévoles du CRA, Dalila Yahi et Chourouk Brahimi, assistent et accompagnent les femmes lors de leur transfert. Sur place, un gynécologue cubain, escorté par des policiers, examine les dossiers des patientes. Epuisées, elles peinent à parler. «J’ai hâte d’arriver au centre pour prendre une douche et manger», murmure Faïza, miraculeuse rescapée de l’accident de bus qui fit onze morts parmi les réfugiés. Après une échographie, le médecin délivre un certificat médical pour chaque patiente sur lequel est marqué «peut voyager» ou «ne peut pas voyager». Si Faïza et Meriem, à quatre mois de grossesse, n’inquiètent pas le médecin, Hoceima, qui en est à son 8e mois, ne peut clairement pas faire le trajet.

Bagages

Pendant ce temps, au centre, le départ pour le Niger se prépare. Avec l’aide des membres du Croissant-Rouge algérien, les réfugiés chargent leurs bagages enroulés dans des draps ou des couvertures, dans les deux camions semi-remorques qui s’apprêtent à partir jusqu’à Agadès. Mohamed Dlimi, membre du bureau national du Croissant-Rouge algérien et coordinateur de cette opération, est chargé de distribuer, «du lait, de l’eau, du pain, des gâteaux et du fromage.

Les accompagnateurs leur donneront tout ça sur la route à chaque fois qu’ils s’arrêteront pour manger». Il leur est aussi distribué des kits pour l’arrivée, comprenant des pâtes, du riz, du sucre, de l’huile, parfois des vêtements et des chaussures. Les bénévoles ont réglé leur réveil pour 3h30. Les bus attendent, garés les uns derrière les autres devant les chalets. Moulay Chikh, président du Croissant-Rouge de Tamanrasset, emmitouflé dans un burnous et une chachiya à cause du froid glacial, donne l’ordre aux réfugiés de monter dans les bus.

Leurs bagage à main sont contrôlés par la police et les bénévoles. Tout est fin prêt pour le départ : le chargé de mission de la wilaya est là, avec l’escorte de la Gendarmerie nationale, les pompiers et une équipe médicale. Hoceima, malgré l’avis du gynécologue, est montée à bord. Les deux accompagnateurs du Croissant-Rouge et un officier de police tentent de convaincre la Nigérienne de descendre du bus avec l’aide de Khaled, interprète pour la circonstance. Imperturbable, Hoceima refuse de descendre du bus. L’adjudant de la gendarmerie tente de trouver une solution. Le temps file, il est 6h30 et le bus n’a toujours pas démarré. Les réfugiés installés commencent à perdre patience.

Danse

Un officier de la gendarmerie finit par convaincre Hoceima, qui, les larmes aux yeux, confie une de ses filles à sa mère. La deuxième épouse de son mari, Saadia, 20 ans, mère de deux enfants, décide de rester avec elle. Enfin, le convoi démarre. Sur la route d’In Guezam, le thermomètre affiche -1°C. Le bus s’enfonce dans le noir le plus complet. Aucune lumière à part les feux allumés par les routiers sur les côtés de la route. Plus tard, le spectacle du lever de soleil sur la route fait, un moment, oublier aux passagers la tristesse de leur sort. Au loin, les dunes de sable.

A côté de nous, le paysage est plus lunaire, sculpté par la roche. «J’espère que tout ira bien pour ma fille. Je suis contente qu’elle puisse accoucher ici, car il y a plus de moyens, mais je suis tout de même inquiète», confie la mère de Hoceima qui tient sa petite-fille serrée dans ses bras. Dans le bus, la plupart des enfants se sont endormis. Certains réfugiés restent le regard fixé sur le paysage, perdus dans leurs pensées. Quelque 200 kilomètres plus loin, à mi-chemin d’In Guezam, pause de rafraîchissement de 15 minutes. Les six voitures de la gendarmerie entrent dans le sable pour contenir les ressortissant dans un périmètre défini.

Boubeker, un bénévole, entame une danse avec les enfants, au rythme d’une musique targuie. Les sourires reviennent sur les visages fatigués. «C’est très important de les détendre, sinon ils seront angoissés pendant tout le trajet», explique-t-il, compatissant. Sept heures de route plus tard, le convoi atteint le poste-frontière. Les bus et les camions quittent le goudron et s’arrêtent sur un plat désert. Entourés d’une dizaine de voitures de la police des frontières, des camions équipés de grilles stationnent devant les bus. Khaled ne cache pas son étonnement : «C’est dans ces camions qu’on va faire les 500 kilomètres qui nous restent ?» Les deux accompagnateurs du Croissant-Rouge, avec l’aide des receveurs de bus, distribuent la nourriture aux ressortissants avant de commencer un pénible trajet dans le désert.

Mitrailleuses

La police des frontières ordonne aux chauffeurs de bus de se garer à côté des camions. Les passagers montent à bord à l’aide d’une échelle. Une fois l’opération terminée, les camions et les semi-remorques, escortés par la police des frontières, prennent la route du désert. Khaled regarde les grilles d’un air désespéré. Mohamed Meguemed, 61 ans, membre du Croissant-Rouge à Tamanrasset, accompagnera le convoi jusqu’à Agadès, là où les attend la Croix-Rouge nigérienne.

Il est habitué à ce genre de voyages, c’est la 4e fois qu’il se rend à Agadès. Au poste- frontière de Samaka, le chargé de mission de la wilaya de Tamanrasset remet un paquet sous scellés au chef de la police des frontières du Niger. «Ce paquet contient tous les documents des ressortissants. Le même paquet a été remis, auparavant, à la police algérienne», précise Mohamed. Après quelques minutes d’attente, le convoi peut enfin redémarrer. Aucun réfugié n’a été contrôlé. L’escorte est, cette fois, assurée par l’armée nigérienne à partir du poste-frontière avec quatre 4×4 militaires.

Chacun transporte entre quatre et six militaires. Ceux installés à l’arrière brandissent des mitrailleuses douchka. Un véhicule devance le convoi pour le guider, deux l’encadrent sur les côtés et le dernier suit derrière. C’est là que se trouve le capitaine. «J’ai fait mon instruction à l’école d’Es Senia à Oran», confie-t-il pour faire connaissance. Le convoi ne roule pas vite, à une moyenne de 50 km/h, car les semi-remorques transportent des plaques en fer spéciales pour désensabler, si besoin, les véhicules. La vitesse suffit à faire voler le sable.

Pression

Les réfugiés trimballés sur la piste ferment les yeux pour se protéger de l’étouffante poussière. Trois heures plus tard, nouvelle pause rafraîchissement. A peine un bout de pain et un verre de lait. Les militaires mettent la pression sur les Nigériens pour faire vite car «c’est une zone à risque». «Il ne faut pas trop s’attarder sur le chemin», insiste le capitaine. Les Nigériens appliquent les consignes des militaires à la lettre. A une trentaine de kilomètres d’Arlit, le convoi fait une nouvelle halte. C’est là qu’ils passeront la nuit avant d’entamer les 280 kilomètres restants. Les camion sont placés de sorte à former un cercle. Les voyageurs s’allongent sur le sable.

Certains ont des couvertures. Faïza s’enroule dans la sienne. «En Algérie, ils m’ont transportée dans l’ambulance des pompiers, mais ici au Niger, je n’ai droit qu’à une benne de camion !» s’insurge-t-elle en tentant de dormir. Les quatre voitures de l’armée se sont positionnées plus loin pour assurer la surveillance. Le lendemain matin, Mohamed Meguemed continue le chemin vers Agadès. L’Algérie a jusqu’à présent rapatrié 1360 Nigériens. L’opération continue toujours, des convois vont arriver en provenance de Guelma et d’Adrar avant mi-janvier.

B. Ichalalene


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