DzActiviste.info Publié le ven 31 Mai 2013

Réponse de Docteur Sidhoum au Colonel Chafik Mesbah

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sidhoum-mesbahAvant tout, je trouve qu’il est malheureux et désolant de voir que c’est Outre-Méditerranée que s’ouvrent les débats de fond sur l’avenir de notre patrie, et que de même, nos intellectuels préfèrent s’exprimer ailleurs qu’en Algérie.

Pour autant, je ne suis pas mécontent de voir notre compatriote Mohamed Chafik Mesbah, ancien officier des Services – lesquels, restent à mes yeux une police politique, même s’il n’aime pas trop ce qualificatif – exprimer les mêmes inquiétudes que nous, quant aux incertitudes de l’évolution de la situation du pays. Incertitudes derrière lesquelles semble se profiler – à Dieu ne plaise – un vrai tsunami populaire, du fait du statu quo politique imposé par une oligarchie militaro-financière, grisée par les moyens répressifs énormes dont elle dispose et rendue arrogante et méprisante à l’égard de son propre peuple qu’imprudemment, elle croit avoir définitivement soumis.

L’aveu étant la reine des preuves, il est intéressant de constater que Mohamed Chafik Mesbah, en tant qu’ancien officier supérieur et connaisseur des arcanes du régime, reconnait explicitement que Bouteflika n’est en réalité que président d’un pouvoir apparent : « Les détenteurs des vrais leviers de pouvoir pourraient, aussi, maintenir, virtuellement, en fonction Abdelaziz Bouteflika jusqu’à 2014, terme de son mandat actuel ». En clair, il n’est pas le détenteur des vrais leviers de pouvoir. Bien entendu, nous savions cela mais ça fait plaisir quelque part, de l’entendre dire par ceux qui, il n’y a guère, disaient exactement le contraire…

De même qu’il est intéressant de constater, de l’avis même de Mohamed Chafik Mesbah, que jusqu’à présent et depuis 1962, les « élections » n’étaient que factices et qu’en réalité et comme toujours et jusqu’au jour d’aujourd’hui, l’oligarchie s’est toujours entendue au sein de sa « coupole » sur « un candidat de compromis en vue d’une succession négociée ». Cela s’était vu en 79, en 92, en 95 et en 99.

Tout comme je suis heureux de lire sous sa plume, que « l’administration publique algérienne est plus rodée à organiser des élections truquées que des scrutins transparents ». Une administration à la Naegelen, admirablement façonnée durant des décennies par la police politique. Et le fait que ce ne soit pas un farouche opposant du régime qui le dise, donne un peu plus de sel à la chose…

Jusqu’à présent ces constats étaient ceux « d’opposants radicaux » qui, dans les années 70 et 80 étaient qualifiés de « contre-révolutionnaires » et de « réactionnaires ». Aujourd’hui, nous sommes heureux de voir des compatriotes officiers supérieurs tenir le même discours que nous et arriver aux mêmes conclusions.

Oui, en l’absence d’une courageuse alternative politique de changement, nous allons tout droit vers une explosion, ce que j’ai toujours qualifié de tsunami populaire. La rente distribuée de manière prolifique à sa base sociale ne sera d’aucun secours au régime, lors de l’embrasement. Un embrasement éminemment potentiel qui n’attend plus qu’une simple étincelle, un simple incident anodin pour mettre le feu aux poutres. L’exemple de Bouazizi en Tunisie et du jeune avocat de Benghazi est là pour confirmer la fragilité de la situation de tout régime illégitime fondé sur la répression et la violence politique.

L’oligarchie comptera, comme toujours sur la force des armes et la répression, pour sauver ses privilèges. Et là je rejoins Mesbah pour dire que cette fois-ci nos jeunes officiers et hommes de troupe ne serviront ni de mamelouks tirant sur leurs frères et leurs soeurs ni de boucliers humains, ni de chair à canon, pour sauver les intérêts d’une poignée de factieux, corrompus et antinationaux. Nous ne sommes pas déconnectés des réalités et nous vivons au sein de notre société pour savoir ce que pensent une bonne partie de nos frères et de nos enfants de l’institution militaire que nous côtoyons dans nos familles, nos quartiers et dans la vie de manière générale. Ils ont tiré les leçons des massacres d’octobre 88 et de la « sale guerre » des années 90, tout comme ils ont hautement pris en considération l’honorable attitude des armées tunisienne et égyptienne lors de l’intifadha de leurs peuples.

Si, sur le plan du constat, je partage avec Mohamed Chafik Mesbah, la vision sombre de la situation et de l’avenir incertain, je diverge sur plusieurs points par rapport à son approche des solutions.

Pour lui, un homme providentiel – Zeroual – avec comme objectif une élection présidentielle « pluraliste » constitue la solution.

Quitte à me répéter et tout comme je l’avais dit à son collègue M.T Yala : « aucun parti, aucune tendance, ni aucun homme politique ne peut se prévaloir à lui seul, de détenir les moyens de règlement de la grave crise politique que traverse le pays ».
Je crois encore une fois que cette question de l’homme providentiel si chère aux pays en voie de sous-développement, a fait son temps et a montré ses limites avec les dégâts que nous connaissons.

Avec tout le respect que j’ai pour notre compatriote Zeroual, en tant que citoyen, je crois sincèrement et franchement qu’il fait partie du passé et je reste persuadé que lui-même le pense. L’Algérie d’aujourd’hui a besoin de femmes et d’hommes d’Avenir. Et ils ne manquent pas, pour peu qu’on laisse les citoyens et les citoyennes s’exprimer librement et choisir démocratiquement leurs dignes représentants. L’Algérie n’a pas besoin d’un leader ou zaïm mais de tous ses enfants pour la sauver de cette terrible faillite sanglante. Tout comme nous devons ôter de nos esprits cette fâcheuse idée sclérosée que seuls les hommes du passé et du sérail sont capables de diriger le pays. Quel étrange paradoxe que celui de prêter des vertus politiques à la sénilité, dans un pays dont plus des trois quarts de la population ont moins de 30 ans !

Nous devons cesser de subir dans notre propre pays pour devenir les acteurs de notre propre histoire et les maîtres de notre destin. L’Algérie appartient à toutes les Algériennes et à tous les Algériens sans exclusion ni exclusive. Aucune barrière infranchissable ne sépare les Algériens entre eux malgré les discours haineux de tous bords servis à profusion durant ces dernières années par les sirènes de la division et de la discorde.

Quid de la Constitution ? Elire un Président LEGITIME sur la base d’une Constitution confectionnée sur mesure dans les officines et triturée au gré des humeurs ? L’oligarchie ne va-t-elle pas, encore une fois, sous couvert d’un changement de façade, procéder à une alternance clanique en nous déterrant des cadavres politiques ?

N’est-il pas plus sage d’aller vers une Constituante et d’avoir, pour la première fois depuis l’indépendance une Loi Fondamentale issue du peuple et non pas des officines d’ici et d’ailleurs ?

Encore une fois seul un changement radical est en mesure de mettre un terme à cette descente aux enfers.

De l’avis de beaucoup d’hommes politiques sages et lucides et loin des visions idéologiques ou partisanes étriquées, une période de transition allant de 18 à 24 mois est indispensable pour passer de ce régime illégitime en fin de cycle vers un Etat de Droit. Une transition assurée «grâce à la conjonction d’énergies attendue entre chefs militaires pétris de convictions patriotiques et jeunesse palpitante d’ardeur et de vivacité » pour reprendre Mesbah. Et pour être plus clair, par une élite réelle et probe, issue de l’institution militaire débarrassée de cette oligarchie usée et corrompue, qui l’a longuement prise en otage et instrumentalisée et une élite politique saine, pas celle préfabriquée dans les laboratoires de la police politique. Une élite débarrassée elle aussi de ses carcans idéologiques stérilisants et de ses oripeaux partisans délabrés et dont l’objectif sera le changement radical du système et la construction d’un Etat de Droit, dans une Algérie de toutes et de tous sans exclusion ni exclusive.

Ces élites tant militaires que politiques ont aujourd’hui une responsabilité historique dans le rétablissement de la paix et l’instauration d’un Etat démocratique. Il y va de leur honneur et du destin de l’Algérie.

Oui, je terminerais comme Mohamed Chafik Mesbah, sur une note d’optimisme. Je reste persuadé que rien n’est perdu, malgré les incommensurables dégâts de l’imposture totalitaire. Avec beaucoup d’exigence morale et intellectuelle et un peu de courage politique, faisons tous ensemble que les heurs et malheurs vécus depuis 62 par notre Peuple puissent se transformer, grâce à la volonté et l’engagement sincère de toutes et de tous, en une véritable résurrection d’une Algérie de dignité, de justice et de libertés démocratiques.

Salah-Eddine SIDHOUM
Alger le 31 mai 2013

http://lequotidienalgerie.org/2013/05/31/m-c-mesbah-zeroual-une-personnalite-emblematique-capable-de-faire-lunanimite/


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Displaying 2 Comments
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  1. samy iris dit :

    salut cher Docteur. Sidhoum vous avez raison sur toute la ligne, mais le problème de gouvernance est tel, qu’il faudrait procéder par priorité, la première priorité c’est de chasser les gens du clan d’Oujda qui détruisent l’Algérie et sont au pouvoir en Algérie illégitimement, ainsi que toute leur clientèle leur clan, ensuite mettre de l’ordre dans la maison Algérie progressivement, une fois le clan d’Oujda écarté les choses iront un peu mieux en Algérie. Sinon si nous combattons tout le système et nous effrayons le DRS, ce dernier se repliera sur lui-même et demeurera l’allié stratégique du clan d’Oujda pour sauver sa peau. La lutte des clans au sommet qui s’étale en plein jour est une bonne chose pour le peuple algérien, il faut que ce système soit divisé pour mieux le combattre, dans un ordre prioritaire. Les mefaits du DRS sur la vie politique algérienne sont connus de tous, il est responsable de la catastrophe algérienne en imposant le clan d’Oujda aux algériens et en perpétuant le système suite à la décennie noire qui a causé des dommages incommensurables à l’Algérie et à son peuple. Le système algérien est un hydre à plusieurs têtes, mais pour préserver l’Algérie, il faut procéder par étape et par priorité..

  2. samy iris dit :

    Mr Chafik Mesbah Mesbah a dédouané l’ANP le DRS de crimes contre l’humanité commis depuis 1962
    est les DES affaires de corruptions;
    Sur le plan institutionnel, le président Bouteflika enjoint Ouyahia? de hâter la mise sur pied de l’office national de lutte contre la corruption, de renouveler la composante de la cellule de traitement de l’information financière, de réactiver la Cour des comptes, l’inspection du Travail, l’inspection de la Banque centrale, etc. Bouteflika exige du gouvernement et des pouvoirs publics une « mobilisation exceptionnelle », des « résultats concrets » car il est question de « protéger le pays d’un fléau social (la corruption) qui met en péril non seulement l’équilibre de la société et compromet son développement mais aussi et surtout menace la sécurité nationale ».
    Les enquêtes du DRS, une commande du chef de l’Etat
    Replacée dans son contexte chronologique, la fameuse directive n°3 a été prise dans la foulée d’un discours très inspiré du président Bouteflika, dans lequel il suggère, à demi-mot, la « fin de l’ère de l’impunité ». « Grande est notre détermination à lutter contre la corruption sous toutes ses formes et ses manifestations. ( …) La justice et les lois de la République seront appliquées à toute personne rendue coupable de faits de corruption », a affirmé le président devant l’armée de magistrats réunis le 28 octobre à la Cour suprême, à l’ouverture de l’année judiciaire 2009-2010. Qu’elle relève de « politique fiction » ou de realpolitik, la perspective d’un troisième mandat présidentiel dédié à « la lutte impitoyable contre la corruption » est déjà mise en branle.
    L’image d’un président de la République au crépuscule de son règne, mû en va-t-en guerre contre la corruption, le phénomène pandémique national, épaulé et soutenu par la puissante machine des services de renseignement, séduit. Durant ses deux premiers mandats, Bouteflika n’a-t-il pas surpris par ses changements de cap aussi déroutants qu’intempestifs ? Abrogation de la loi sur les hydrocarbures en 2005, correction « patriotique » des choix économiques en 2009… intervenue après le discours « historique » de juillet 2006 dans lequel le président a reconnu « l’échec » de la politique, ceux qui croient en la capacité de Bouteflika à opérer de déchirants bouleversements ne sont pas en peine d’arguments.
    11 ans après que le candidat Bouteflika eut promis, lors de sa campagne électorale d’avril 1999, de mettre à nu la « mafia politico-financière » et de stopper les appétits voraces des « 12 barons qui ont le monopole du commerce extérieur », le président Bouteflika s’est-il enfin décidé à passer du discours à l’acte ? Et surtout jusqu’où ira-t-il dans sa croisade contre la corruption ? Sacrifiera-t-il sur l’autel de la campagne de moralisation de la vie publique ses « hommes de main » ? Le lieutenant-colonel (à la retraite) Mohamed Chafik Mesbah en est convaincu : « Jusqu’à plus ample informé, le chef de l’Etat, toujours libre de ses mouvements, n’a pas réagi aux enquêtes déclenchées autour de Sonatrach alors qu’il a toute latitude de le faire. Pourquoi, en laissant des proches s’embourber, se résout-il à cette solution extrême ? Je n’ai pas de réponse convaincante.
    J’imagine que le président de la République, tenant compte des rapports et des informations qu’il reçoit, a pris la mesure de l’étendue du mal de la corruption qui a gangrené tous les secteurs d’activité économique. Peut-être a-t-il compris aussi la relation dialectique qui rattache l’aggravation de la corruption au bouillonnement social, prélude de soubresauts à l’issue incertaine ? Peut-être, soucieux de son empreinte sur l’histoire, veut-il laisser une marque dépouillée d’aspects bien contestables ? »
    AMICALEMENT cher Docteur Sidhoum

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