DzActiviste.info Publié le dim 29 Sep 2013

Saïd Khelil. Ancien cadre du parti «Le FFS est pris en otage»

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Said KhelilSaïd Khelil, homme politique «atypique», a intégré les rangs du FFS en 1979. Cadre dirigeant du parti pendant plusieurs années, il finira par le quitter en 1996. Dans l’entretien qu’il a accordé à El Watan, il apporte son analyse sur le fonctionnement du premier parti d’opposition.

– Le FFS célèbre le cinquantenaire de sa création. Quel commentaire cela vous inspire-t-il ?

Je dois faire remarquer qu’en termes de célébration, nous n’avons encore rien vu. C’est une célébration silencieuse. Il faut dire que 50 ans c’est long, c’est une longue histoire post-indépendance. En ce cinquantenaire, il y aura peut-être chacun dans son coin, en train de faire son propre bilan, et en filigrane, celui du pays dans son ensemble. Pour ce qui me concerne, ainsi que beaucoup de militants politiques et cadres du parti, nous sommes restés sur un sentiment d’inachevé. Un gros ratage, en somme.

– Aujourd’hui, le FFS semble délaisser son rôle de parti d’opposition. Quel est votre avis ?

J’estime que pour faire de l’opposition, il faut d’abord en avoir les moyens, surtout en termes de mobilisation militante, d’encadrement politique et de projets de société. Il est à constater, et je l’ai déjà fait remarquer, que ce parti est gagné par l’essoufflement et l’épuisement, comme d’ailleurs tout le reste de la classe politique. Mon appréciation est simple : ce sont des Algériens comme tous les autres qui ont fini par être broyés.

– Un changement de la ligne politique aussi, peut-être ?

Effectivement. Cet épuisement a mené à des renoncements. C’est un changement radical de la ligne du parti. Le FFS n’est plus porté par une base militante engagée et déterminée, comme il y a quelques années. On semble oublier que les militants sont surtout des gens qui réfléchissent et qui analysent. Le constat est alors dressé ; il n’y pas de ligne politique claire et assumée, il n’y a pas d’objectifs déterminés par rapport au pouvoir en place. Dès lors, ils quittent la scène et cessent d’activer.

– Est-ce pour cette raison que le FFS est resté silencieux sur nombre de questions d’actualité nationale, comme la maladie du Président, les remaniements dans le gouvernement et dans l’armée, le projet de révision de la Constitution ?

De mon point de vue, je note deux aspects. Le premier est en relation avec le retrait de Hocine Aït Ahmed, qui a rendu le parti aphone. En fait, un présidium à cinq, ce n’est rien d’autre qu’une neutralisation. Le parti fonctionne sans porte-parole, sans leader qui incarne la ligne du parti ou ses options. C’est une forme de stérilisation. Ceci d’une part. D’autre part, puisque le parti s’est engagé dans le processus électoral et dans un certain nombre d’options, il ne peut plus élever la voix.

– Vous venez de dire que le militant de base cesse d’activer en raison des reniements de la direction du parti. Est-ce la même raison qui pousse les cadres du FFS à le quitter, dont vous-même, il y a 17 ans ?

Un parti est une institution qui vit, qui bouge et, par conséquent, qui doit se renouveler. On ne peut pas rester dans une structure figée. Le cadre se retrouve dans l’impasse, il ne peut pas se projeter vers l’avenir, car il ne sait pas comment il va évoluer, et avec lui la dynamique du parti, forcément il cède. Et, je crois que c’est parce que le parti a été pris en otage par l’immensité du personnage de son chef, qui a un ancrage historique. Il est difficile à remplacer. Et, cette situation a empêché toute émergence de nouvelles têtes, de leaders qui ont du charisme. A mon sens, c’est l’impasse. Ce parti représente un héritage du mouvement national, d’une mentalité, d’une façon de faire de la politique, d’une culture; la page est en effet tournée.

On aurait aimé hériter d’une institution qui va continuer à jouer son rôle de locomotive de l’opposition, de laboratoire d’idées, de lieu de vie militante. Malheureusement, comme tout le reste, aucun dirigeant du mouvement national ne laissera les structures vivantes pour ce pays. 

Saïd Gada
El Watan 29 09 2013


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