DzActiviste.info Publié le mer 26 Juin 2013

Samir Bouakouir. « La présidentielle de 2014 n’est un enjeu que pour le système et ses clientèles »

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samir-bouakouir2Le FFS vient de confirmer, via son tout dernier congrès, les visions à l’origine de votre disgrâce comme c’est le cas de nombre d’autres cadres…

Le dernier congrès du FFS a provoqué un malaise non seulement chez les militants et sympathisants mais aussi chez beaucoup de nos compatriotes. Comment un parti qui a été un exemple en matière de libre débat et qui a su introduire dans le pays de nouvelles traditions politiques, démocratiques, a fini par adopter des méthodes à faire rougir les partis staliniens de l’ère soviétique.

Je n’imaginais pas qu’on puisse à ce point se moquer des procédures démocratiques. Du temps ou ait Ahmed dirigeait le parti, il était intransigeant sur le respect des formes et des procédures. Autre temps, autre mœurs !

Sur un plan politique, et le slogan retenu du congrès est assez révélateur, il s’agissait tout simplement de liquider l’héritage politique et historique du FFS et de Ait Ahmed. Incapable d’initier un vrai débat faute d’arguments, les responsables actuels ont organisé un coup de force organique dans la pure tradition des « coup d’Etats scientifiques », en mettant à l’écart les cadres et militants attachés à une ligne politico-stratégique basée sur la radicalité politique, comme axe stratégique de l’alternative démocratique.

Au lieu et place d’une adaptation politique intelligente dans un contexte de verrouillage, de dépolitisation et de démobilisation, ce que les militants désignent par « cabinet noir » a franchi la ligne rouge en organisant une reddition inconditionnelle.

Comment oser faire dire à Ait Ahmed, dans son présumé message aux congressistes, que le FFS « refuse la démocratie sans le patriotisme », alors qu’il a toujours affirmé haut et fort que le « patriotisme, c’est la démocratie » !

Les actuels dirigeants veulent-ils signifier par cette »grave et honteuse déformation de la pensée d’Ait Ahmed » que le patriotisme est compatible avec la dictature? Que le système actuel fondé sur la négation du droit des Algériens à l’autodétermination collective et individuelle est un rempart contre les ingérences étrangères?

Cela en dit long sur les « nouvelles orientations »de l’appareil actuel qui n’a gardé du FFS que le sigle. Un appareil qui fait du « Louisa Hanoune » sans le talent de celle-ci !

Où en êtes-vous avec votre mouvement de contestation de la nouvelle direction du parti?

Il ne s’agit pas de contestation ou de dissidence ou encore moins de « redressement ». Contrairement aux anciennes »dissidences » internes, résultantes de crise purement organique sur fond de querelles d’egos, notre démarche se voulait exclusivement politique. A aucun moment nous n’avons inscrit notre action dans une logique organique oud’appareil.

Je le dis clairement : si d’aventure les dirigeants actuels se ravisent et réhabilitent les fondamentaux politique et idéologiques du FFS historique, je serai le premier à applaudir et à soutenir sans demander quoique ce soit en échange.

Mais s’ils persistent, ce que je crains sachant le parcours politique de certains membres du  » conseil présidentiel » et les multiples canaux qui les relient à des cercles du pouvoir, ils mèneront le parti ou bien à l’implosion définitive ou à servir d’instrument au prochain ravalement de la façade pluraliste post-présidentielle.
En ce qui concerne la dynamique de rassemblement que nous avons initiée, elle se poursuivra autour des militants, des sympathisants et des citoyens qui refusent d’abdiquer ou de renoncer à l’idée d’une Algérie libre,démocratique et réconciliée avec son Histoire.

Notre dynamique est guidée avant tout par le souci d’établir des liens durables avec nos concitoyens, d’élargir les espaces de débats sur des problématiques concrètes, de susciter l’engagement en réhabilitant le militantisme. Nous refusons les surenchères politiciennes, la démagogie populiste et l’agitation-spectacle.

Tout comme nous nous démarquons de cette profusion d' »initiatives pour le changement » qui même si elles partent de bonnes intentions finissent par épaissir l’écran de fumée et donner l’illusion d’une vie politique.
Pour conclure, je dirai que notre démarche, du moins telle que je la conçois, est de nous inscrire dans une perspective historique et ne pas céder aux gesticulations du moment et aux contingences troubles et obscurs liées à la succession de Bouteflika.

Le nouveau Premier secrétaire du parti vient d’inviter les contestataires désireux de renouer avec le parti, de réadhérer au sein des structures de base.

Maintenant que la messe est dite ?! Que tout est verrouillé? Il y’a dans cette attitude un vrai mépris des militants. D’un côté on les a privé de participer au congrès en leur refusant le renouvellent de leurs cartes,de l’autre on les sollicite pour avaliser un viol politique sans précédent et le hold-up du FFS !

C’est assez révélateur des mentalités féodales des nouveaux responsables. La trop grande proximité avec le pouvoir les a irrémédiablement contaminés et sur un mode Brechtien, ils se sont dit : « si la base du FFS ne nous convient pas, changeons de base » !

Le FFS se dit non concerné par tout ce qui caractérise la scène politique nationale,présidentielle d’avril prochain et la maladie prolongée du président de la république Au moment où le camp islamiste essaie de se positionner en force en vue justement du rendez-vous d’avril 2014, la mouvance démocratique est comme tétanisée, n’arrivant pas à taire, pour une fois, ses divergences…

Je peux comprendre que l’on s’abstienne de s’inscrire dans de faux débats au risque d’animer une fausse scène politique noyée dans les diversions et les leurres. Dans le cas de l’appareil du FFS, ce silence est plus contraint que réfléchi, les dirigeants actuels ont tout simplement peur de se démasquer davantage et de dévoiler encore un peu plus leurs turpitudes politiques.

En ce qui concerne la présidentielle de 2014, elle n’est un enjeu que pour le système et ses clientèles. Le remplacement de l’actuel locataire du palais présidentiel obéira aux mêmes méthodes, à la même logique de cooptation. Seule la mise en scène changera. Les acteurs peut-être. La thématique surement. Celle élection sera placée sous le signe du « renouvellement générationnel et du transfert du flambeau à la génération post indépendance » : Une nouvelle supercherie ! Une illusion du changement, car le rajeunissement dont il sera question sera celui des clientèles du régime.

Dans le no politic’sland, qu’est devenu notre pays, le pouvoir peut même se « payer le luxe » d’une élection plus ouverte, une sorte de primaire entre candidats du système.

Comment dès lors prétendre que l’échéance de 2014 sera décisive pour le pays ? Un an nous sépare de celle-ci et aucun signe,aucune décision concrète d’ouverture politique et médiatique n’est prise qui laisserait croire à une volonté politique de changement. Pour ma part, je ne crois pas à un Andropov algérien, les résistances au changement sont tenaces et ne situent pas seulement au sein du pouvoir.

Quelle pertinence donner alors au débat idéologique et à la polarisation artificielle du « champ politique » entre nationalistes,islamistes et démocrates ?

Aucune, en l’absence de conditions minimales du libre exercice de la politique. Aucune, en l’absence d’un espace politique autonome et de vraies institutions démocratiques.

Voilà où réside l’équation politique fondamentale et qui devrait mobiliser l’ensemble des forces vives du pays : la définition d’un pacte national démocratique pour réhabiliter l’Etat algérien et refonder les institutions sur des bases démocratiques. Il s’agit de renouer avec les principes de la révolution algérienne, contenus dans l’appel du premier novembre et la plate-forme de la Soummam.

Et plus vite nous nous y attelons, plus grandes seront les chances d’éviter à l’Algérie d’être emportée par les torrents tsunamiques, ravageurs d’une globalisation irrépressibles.

Entretien accordé à Mohamed Kebci pour lequotidien algérien LA CITE et paru le samedi 22 juin 2013


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