DzActiviste.info Publié le lun 28 Avr 2014

Science et influence : En haute ou basse voltige, il suffit de peu pour basculer

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Sila1Abdelhamid Charif, Professeur, King Saud University

Première partie : Vulnérabilité des sciences humaines et sociales

 

« Il faut n’appeler Science que l’ensemble des recettes qui réussissent toujours. Tout le reste est littérature ».Paul Valéry.

S’agit-il d’une noble concession de la part d’un philosophe, écrivain, poète, nominé 12 fois au prix Nobel de littérature et mort juste avant son couronnement, ou tout simplement d’une objectivité intrinsèque d’un homme clairvoyant et libre de toute ego-influence ?

Cette interrogation en appelle d’autres, plus importantes. Les différentes sciences, formelles et rationnelles telles les mathématiques, expérimentales ou empiriques telle la biologie et médecine, humaines telles la sociologie, peuvent-elles avoir une influence sur les initiés ou leurs disciples ? Et si c’est le cas, doit-on éviter les filières potentiellement préjudiciables ? Sinon que faire pour se prémunir des nuisances des disciplines à risque ?

Autant de questions auxquelles cette contribution essaiera d’apporter des éléments de réponses. Il est impératif d’évacuer au préalable tout risque d’amalgame lié au cloisonnement professionnel. Tout intellectuel, indépendamment de sa formation et sa profession, est à la fois mathématicien, physicien, médecin, politicien, économiste, sociologue, historien… Rappelons aussi que tous les progrès scientifiques et techniques sont des armes à double tranchant, et la mise en garde du Prophète (Prière et Salut Sur Lui) nous interpelle en permanence, puisque lui-même implorait régulièrement Allah de le préserver du savoir inutile (nuisible). « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » s’exclamait quant à lui Rabelais au 16ème siècle. Il faut enfin signaler le danger d’un savoir modeste mais surestimé, car un mauvais médecin risque d’achever son patient plutôt que le soigner.

 

Vulnérabilité des sciences humaines et sociales

De par leur nature, les sciences humaines représentent le maillon important et faible de la chaine du savoir. Les sciences sociales et humaines ne peuvent pas revendiquer l’objectivité et scientificité spécifiques aux mathématiques et physique. La raison est simple, l’homme y joue le double rôle d’explorateur et d’objet d’exploration. Le dilemme est évident : Comment isoler un sujet de l’objet si le sujet est à la fois l’étudiant et l’objet étudié ? Les mathématiciens n’ont donc aucun mérite spécifique, ni raison de bomber le torse. Ils sont simplement bien servis par la création, où la connaissance rationnelle, de type à priori, peut être acquise et définitivement fixée sans recours préalable à l’expérience, et sans polémique. Jugeons-en :

Si l’hypoténuse du triangle droit avait une moindre marge de liberté d’action, elle aurait cédé à la tentation de prendre un malin plaisir à désavouer, ne serait-ce qu’une seule fois, le théorème millénaire de Pythagore, et aurait alors déclenché une interminable polémique.

On ne peut donc pas reprocher aux sociologues et autres psychologues de se gourer de temps en temps. C’est simplement parce que nous, en tant que sujets, nous leur menons la vie dure. On peut ainsi comprendre les différentes réserves quant à l’utilité de la sociologie et sciences humaines, émises par les intéressés eux mêmes :

Foucault : « Inutile de dire que les sciences humaines sont de fausses sciences ; ce ne sont pas des sciences du tout ».  

Revel : « La vie est un cimetière de lucidités rétrospectives », « La connaissance inutile ».

Lepenies : « Les sociologues sont des intellectuels et non des scientifiques. La sociologie rappelle davantage le monde de l’art et littérature que celui de la science ».

Busino : « La sociologie, à bout de souffle, à la dérive, ou en déroute ? ».

Bourdieu : « Un sociologue ne doit jamais céder à la tentation du prophétisme social ».

Lahire : « Nombreux sociologues sont plus en quête de reconnaissance intellectuelle, sur la base d’une  griffe, que dans une rigueur épistémologique ».

Kraus : « Psychanalyse, maladie mentale qui se prend pour sa propre thérapie ».

Wittgenstein : « Freud prétend être scientifique. Mais ce qu’il fournit est de la spéculation, quelque chose d’antérieur même à la formulation d’une hypothèse ».

Même si les initiés et disciples des sciences humaines et sociologiques semblent plus exposés aux risques d’errance intellectuelle, nul n’en est en fait à l’abri. Bien au contraire, des penseurs, tels que ceux cités précédemment, parfaitement conscients des enjeux, sont mieux protégés pour explorer ces zones troubles avec un minimum de dommages. Par ailleurs, une personne rationnelle dans sa profession peut très bien se perdre dans ses interrogations existentielles. Doit-on alors abandonner les sciences humaines ? Peut-on leur imposer des garde-fous et repères solides ? On n’y peut rien. Le Bon Dieu a créé l’être humain responsable, doué d’intelligence, et favorisé par rapport aux autres créatures. Il lui a indiqué les limites morales en lui laissant la liberté de choix et d’action, contrairement à l’hypoténuse de Pythagore. Que faut-il faire pour éviter ces errances ? Les savants ont toujours compris qu’en plus de l’objectivité et rationalité, les sciences doivent également être confinées par la morale religieuse, afin d’éviter des égarements futiles, improductifs, voire nuisibles. La rationalité scientifique et l’éclairage religieux constituent un double mécanisme, non seulement séparant le bon grain de l’ivraie, mais améliorant aussi le rendement intellectuel en évitant les futilités. Sénèque déclarait il y a vingt siècles déjà : « Nous sommes nés dans un royaume : obéir à la divinité, voilà la liberté. »

 

Sciences humaines et sociales, victimes innocentes de la laïcité

Cette prédisposition instinctive fut hélas confrontée au dilemme insurmontable de l’opposition catégorique de l’église aux découvertes scientifiques irréfutables, et ce qui devait arriver arriva. Il ne restait que deux choix devant un esprit cartésien : L’athéisme ou une nouvelle religion. On pensait que la laïcité pouvait servir de compromis ménageant les deux parties en conflit, l’église et la science. Il n’a fallu cependant que peu de temps pour se rendre compte qu’il s’agissait d’un véritable coup d’état, d’autres préfèrent parler de révolution, contre l’ex-pouvoir religieux. Il est important de noter que le conflit de l’église était face aux sciences physiques et astronomiques vérifiables, et non avec les sciences humaines. Cependant quand le divorce fut prononcé et consommé, toutes les barrières sautèrent et ce sont les innocentes sciences sociologiques et humaines qui payèrent le lourd tribut. La protestation de Revel est très pertinente : « C’est un progrès incontestable que de connaître la forme et les dimensions de la terre, mais qu’elle soit ronde ou plate ne change pas grand chose au sens de l’existence». On peut ajouter que la rondeur et les rotations de la terre ne prouvent pas l’absence de religion, mais seulement que le Christianisme n’est pas la bonne. Bernard Shaw l’exprime autrement : « Il n’y a qu’une seule religion même si on trouve une centaine de versions ». Loin de se sentir victimes, les sociologues vont plutôt profiter de cette nouvelle liberté pour défoncer les tabous et frontières vers les ”nouvelles sensations du modernisme”. Le résultat était prévisible : Le parcours, pour la plupart, ressemblait à celui de Durkheim, jeune religieux et devenu ensuite athée mais conservant un respect pour la religion. Les conséquences sociales furent d’abord lentes avant de prendre de l’allure au 20ème siècle. La décadence morale est devenue infernale et chaque époque apporte sa contribution, en changeant d’anciens vices en de nouvelles mœurs. Une nouvelle génération commence par scandaliser celle des parents, en cassant toutes sortes de tabous, avant de finir criant son indignation face à sa progéniture qui ose aller encore plus loin. Comme exemples contemporains d’arroseurs arrosés, on peut citer Alain Delon et Johnny Halliday qui, au crépuscule de leur vie, sont indignés par le modernisme du « mariage pour tous », après avoir été les pionniers de la scandaleuse libération sexuelle des années 60.

 

Athéisme, laïcité et malaise intellectuel

Si le Christianisme et l’église sont définitivement neutralisés, la foi humaine innée, certes ébranlée, n’arrive pas à s’accommoder aisément au vide spirituel. Le malaise est surtout éprouvé par les intellectuels :

Chartier : « Il faudrait être fou pour risquer l’éternité contre un maigre profit »

Einstein : « Le sentiment religieux cosmique est le motif le plus puissant et plus noble de la recherche ». « La science sans religion est boiteuse, la religion sans science est aveugle. »

Pasteur : « Un peu de science éloigne de Dieu, mais beaucoup y ramène. »

D’autres ne se contenteront pas d’exprimer leur malaise. Ils chercheront ailleurs et trouveront du nouveau qu’ils rapporteront avec beaucoup de courage, en payant parfois un prix. C’est ainsi que d’illustres savants étudièrent l’islam et exprimèrent sans retenue leur émerveillement. Des poèmes élogieux envers le Prophète furent écrits par Lamartine et Victor Hugo. Voici quelques autres témoignages :

Goethe : « C’est dans l’Islam que je trouve le mieux exprimées mes propres idées »

Bernard Shaw : « Si un homme comme Mohammed gouvernait le monde, il parviendrait à résoudre ses problèmes et à lui assurer la paix et le bonheur dont il a besoin. J’ai étudié cet homme merveilleux et, loin d’être l’Antéchrist, il mérite le titre de sauveur de l’humanité ».

Benjamin Smith : « Mohammed était César et le Pape réunis en un seul être ; le Pape sans en avoir les prétentions, César sans en avoir les légions ; sans armée, ni garde du corps, ni palais, ni revenu fixe ; s’il y a un homme qui a le droit de dire qu’il règne par la volonté divine, ce serait lui, puisqu’il a tout le pouvoir sans en avoir les instruments ni les supports »

Napoléon : « Je suis musulman unitaire et je glorifie le Prophète. J’espère que le moment ne tardera pas où je pourrai réunir tous les hommes sages et instruits, et établir un régime uniforme, fondé sur les principes du Coran, qui sont les seuls vrais pouvant faire le bonheur des hommes. J’espère que le moment ne tardera pas où l’Islam prédominera dans le monde ».

Des doutes et polémiques existent jusqu’à nos jours sur la conversion à l’Islam de certains de ces illustres personnages (Victor Hugo, Napoléon…). Cela n’intéresse en fait que les concernés. Un milliard de musulmans répètent chaque jour des louanges similaires et même meilleurs. Ces témoignages servent beaucoup plus la cause de l’Islam s’ils émanent de la part de non-musulmans. Ils n’étaient d’ailleurs pas du goût de l’ordre établi.

La laïcité semble donc jeter les intellectuels occidentaux dans les bras soit du communisme athée ou de l’Islam spirituel. Les deux ennemis sont bien identifiés. Le communisme, avec son humanisme social censé combler le vide spirituel, piégea plusieurs intellectuels, mais ne constitua en fait qu’une menace éphémère. Il causa beaucoup de dégâts, notamment durant la période de la guerre froide. Plusieurs hauts responsables trahirent leur pays au profit de l’ex-URSS. Dans les pays sous-développés, l’influence fut avantagée par l’aide des pays du bloc socialiste envers les peuples opprimés. Mais le communisme finit par subir un cuisant échec. Démodé, il ne subsiste que dans des esprits en déphasage.

L’Islam constitue la seule menace contre l’identité judéo-chrétienne. Seule la suprématie militaire pouvait contrecarrer. La suite est connue : Colonisation, dé-islamisation, asservissement, abolition de la Khalifa et parcellement, évangélisation, … Ce n’est pas une quelconque prédisposition de déficit civilisationnel qui était en cause. Si colonisabilité il y avait, et je suis de cet avis, elle sera plutôt acquise plus tard, et paradoxalement surtout après l’indépendance, quand les effets de la colonisation seront eux aussi libérés. C’est plutôt la supériorité militaire, combinée aux témoignages alarmants tels que ceux cités précédemment, sans oublier les vieux comptes remontant à Poitiers et l’Andalousie, qui précipitèrent le partage du monde musulman.

 

Deuxième partie : Laïcité et défaitisme postcolonial

 

Trébuchements et défaitisme postcolonial

L’ère coloniale est finie. La longue croisade d’évangélisation par la force et missionnaires n’a pas donné entière satisfaction. Ce sont les musulmans indépendants eux-mêmes qui viendront offrir leurs services, aussi involontaires que bénévoles, à l’occident. Contre toute attente, les effets « civilisateurs » de la colonisation ont fini par porter leur fruit à postériori. L’option salvatrice de l’occidentalisation pacifique de l’Islam est offerte sur un plateau. Un dilemme, majeur et récurrent des intellectuels, est cette rationalité leur permettant de prendre conscience très vite du déséquilibre des forces en leur défaveur. Ils sont souvent les premiers à rendre les armes. Si l’honneur identitaire offre une immunité durant les conflits armés, une fois passée la tempête, la logique de fairplay, abdication intellectuelle ne disant pas son nom, face au plus fort refait surface. Le défaitisme postcolonial fait ainsi des ravages. La démocratisation de l’enseignement, couplée aux séquelles coloniales, ne manquera pas de fournir des candidats à la pelle. « L’inflation des diplômes et des titres n’est qu’une preuve de la déchéance des études », avertissait Revel. Cette dernière constatation consensuelle ne peut en fait pas constituer un argument valable. Elle est délibérément mentionnée ici pour montrer à tous qu’elle peut être injustement utilisée par tous les camps. La médiocrité concerne tous les bords et sa neutralisation doit unir, et non diviser, les élites. Les points communs, en veille, sont très nombreux et il est impératif de les dépoussiérer. La forme la plus abjecte de la médiocrité et de « l’opprimabilité » est ce concept, made in Algeria, de « Choix entre la peste et le choléra » qui fait l’affaire et la longévité de la médiocrité et oppression régnantes.

Des élites musulmanes se sont donc mises à défendre cette laïcité qui rapproche des intellectuels chrétiens de l’Islam, seule religion en parfaite harmonie avec la science. La séparation de la religion de la politique divise les croyants eux-mêmes, sans compter le camp des non-croyants et l’autoroute double-sens entre les deux. Cette division subsistera sans doute jusqu’au jugement dernier. Il n’y a pas à douter de la sincérité des partisans de la laïcité. Un bref rappel peut s’avérer utile. De par leur nature, les missions de tous les prophètes c’est de faire de la politique auprès de leurs nations et même la changer. Mais il n’y a plus de prophète ! Qui ne le sait pas ! Faire de la politique pour un musulman ne signifie nullement être l’intermédiaire d’Allah, et n’est pas non plus une option luxueuse laissée à l’appréciation de chacun selon l’ambition, charisme, popularité, compétence, voire imbécilité et instrumentalité. Il s’agit d’une directive divine : « Que soit issue de vous une nation qui appelle au bien, ordonne le convenable, et interdit le blâmable. Ce seront ceux-là qui réussiront ». De quels repères et outils dispose un musulman pour s’acquitter, sans contrainte ni excès de zèle, de ces tâches ?Beaucoup de musulmans attachent peu ou pas d’importance à ce genre d’instructions divines impératives. Méditions ce que dit le Coran des nations précédentes : « Ceux qui ont été chargés de la Thora mais qui ne l’ont pas observée sont pareils à l’âne portant des livres lourds et inutiles ». Ce n’est pas parce qu’il n’y a plus de prophètes, pouvant nous faire ce reproche, que nous sommes automatiquement disculpés !

 

Où en sommes-nous ?

La Oumma ne se porte pas bien. Les actes terroristes du 11-09-2001, les guerres en Afghanistan et Irak, les injurieuses étiquettes de « terroriste », « musulman modéré » sont autant de coups entrainant des trébuchements, basculements, voire déracinements. S’agit-il d’une vulnérabilité vacillante ou bien d’un repli stratégique ? Qui sont ces trébucheurs ou stratèges ? Difficile de répondre. Des éléments d’information nous viennent d’ailleurs. En fournissant trois des quatre pilotes des attentats du 11-09-2001, la profession d’ingénieur n’a pas manqué d’être scrutée de près, et on le comprend. Gambetta et Hertog nous apprennent, dans « Why are there so many engineers among islamic radicals ? », que l’activisme pacifique et le radicalisme violent des islamistes sont alimentés en majorité par des ingénieurs. J’admets, de par ma formation de polytechnicien, être perplexe et ne pas savoir quelle lecture faire de ces informations. Poussant plus loin l’intérêt aux ingénieurs, cette même étude nous rapporte qu’aux Etats Unis, la religiosité et le conservatisme, chez ces derniers, sont supérieurs que dans les sciences sociales et humaines. Il demeure toutefois difficile de tirer des conclusions tendancielles de ce genre d’études.

Nous devons faire des efforts pour améliorer notre image. Reconnaitre ses bêtises est une vertu. Jusqu’où peut-on aller et quelles sont les concessions possibles ? Gare aux excès. Evoquer une régression dans une société musulmane ne doit faire plaisir à personne, pas même aux non-musulmans. Elle ne peut paraitre féconde qu’aux yeux des ennemis de l’Islam. L’originalité de l’expression « Régression féconde » peut valoir une distinction, une « griffe », mais ce n’est que de la littérature. Elle est plus élégante mais n’est pas moins irrationnelle qu’une « Négativité positive ». D’autres diagnostics évoquent des limites idéologiques, déficit en pensées rationnelles, incompatibilité avec le l’Etat de droit. De splendides plaidoyers défendent la laïcité sans la nommer. Comme s’il suffisait de la prouesse d’un joli plat de spaghettis pour faire avaler des couleuvres. Il est conseillé d’éloigner la religion de la politique sous prétexte d’élections influencées, désavantageant les adversaires. Qui sont ces adversaires ? Qui les empêche d’utiliser la recette influente ? Il faut laisser les communistes, libéraux, et nationalistes se disputer la donne car sans influence sociale. Ils obtiennent ainsi le droit de gérer car pauvres sans ancrage social mais connaissant mieux le droit social. Quels subterfuges ! On pensait que la tribu de Koraich avait tout essayé !

Nous sommes tous, avec ces brillants intellectuels, invités à interroger nos analyses. On ne doit pas oublier, dans une démarche rationnelle, de vérifier les hypothèses de départ, et surtout de s’assurer que les fruits et conclusions sont cueillis sans influence trébuchante de tempêtes fausses ou éphémères. Cela est d’autant plus pertinent que nos recommandations font recette douteuse. Cette invitation ne vise personne et nous concerne tous. Rappelons-nous de l’inébranlable rationalité de Bennabi qui a été précocement repérée. Loin de s’ouvrir devant lui, les portes académiques et professionnelles furent plutôt fermées à son nez.

L’épreuve est longue et dure. La tempête est forte et il est difficile de marcher droit. Contrairement aux autres tâches, un musulman doit s’acquitter de sa mission religieuse sans obligation de résultat extérieur. Le mérite suffit, même sans résultat palpable auprès des autres. On évoquera plus tard la situation duale du résultat sans mérite. Même isolé, seul contre tous, je serai la Oumma ! Pour quelqu’un comme moi, c’est plus facile à dire. Abraham était une Oumma ! Roger Garaudy fut une Oumma ! Cet illustre savant, philosophe et icône du communisme à son apogée, député de 1945 à 1958, sénateur ensuite jusqu’à sa démission en 1962, lui qui avait la civilisation occidentale et sa gloire à ses pieds, a décidé de tout jeter pour une Oumma, contre vents et marées, pertes de privilèges et persécutions. Quel homme sensé aurait agi ainsi ? Je peux en citer un ; notre Prophète qui a décliné toutes les offres que Koraich pouvait rassembler.

Mais en fait, la nation se porte-t-elle aussi mal ? Le tableau est-il si sombre ? Revisitons les résultats des courses après les attentats du 11-09-2001. La conversion vers l’Islam n’a jamais été aussi dense qu’après cette date ! Et dans tous les pays ! What went wrong ? « Yamkourona wa yamkourou Allah, wa Allah khayrou al makirine. » (Ils complotent et Allah complote, mais Allah est le meilleur en stratagèmes). Qui peut revendiquer un moindre mérite ? Ne s’agit-il pas là d’un résultat positif sans mérite pour quiconque ? Qui doit maintenant s’alarmer ? Contentons-nous d’un exemple. En Juin 2013, Vincent Cooper, dans « Islamic future of Britain, Britain in denial », se révolte de l’absence de débat public sur un événement historique majeur imminent : Vers l’année 2050, la Grande Bretagne deviendra une nation à majorité musulmane ! Pouvons-nous imaginer notre pays exposé à un tel danger ? No comment, même si cet alarmiste de Cooper exagère. Le très British Sir Bernard Shaw avait pourtant bien prédit cela en 1936 : « Si une religion a des chances de gouverner en Angleterre, voire en Europe, dans un siècle, ce sera l’Islam ».

Cher Mohammed, accroche-toi bien à ta valise, si précieuse. Tu n’en trouveras pas de meilleure. Sinon un nouveau Mohammed aux yeux bleus en héritera. Il bénéficiera alors de la valise et de l’argent de la valise. Et ce n’est pas tout. Il aura envers toi un regard pitoyable, frère ainé, encombrant, boiteux, et pire, émerveillé et envieux du monde que lui rejette.

Chers amis intellectuels, nous sortons de l’ère post-civilisationnelle. La mondialisation rase tout devant elle mais possède une autre dimension, non prévue, spirituelle. Nous devons retourner dans nos jardins scientifiques, si savamment cultivés. Il n’y a rien à y défaire. Nous devons juste nous débarrasser des mauvaises herbes et épines de nos mains, et cueillir ces fruits mûrs, offerts par cet arbre majestueux, aux racines fermes et ramures élancées vers le ciel.

 

A. Charif

 

PS : Cher lecteur, devez-vous trouver cet écrit d’une quelconque utilité, prière en faire une large diffusion.

 


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