DzActiviste.info Publié le mar 20 Août 2013

Selon une étude de l’Institut français des relations internationales « Sonatrach, un État dans l’État »

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« Un État dans l’État», le titre de la note de l’Institut français des relations internationales publiée avec le soutien du groupe OCP, résume parfaitement le travail de son auteur, l’ancien vice-président de la Sonatrach, Hocine Malti.

Après être revenu sur les conditions qui ont présidé à la création de la société nationale, l’auteur raconte comment la Sonatrach a parfois pris en charge les dépenses de l’État algérien via des fonds secrets.

Sonatrach sous Boumediene

Sous Houari Boumediene, le management de Sonatrach était tout puissant : « D’autant plus que l’hypersensibilité politique, économique ou sociale des sujets qu’ils devaient traiter obligeait les dirigeants, jusqu’au sommet de l’État, à leur accorder, en sus du pouvoir, une très grande liberté d’action, souvent supérieure à celle de nombreux ministres. Ce sont d’ailleurs presque toujours les propositions qu’ils avançaient qui étaient retenues par le pouvoir politique pour la résolution des problèmes auxquels ils faisaient face ».

Sonatrach sous Chadli

Sous Chadli, la Sonatrach devient une véritable « pompe à finances », écrit l’auteur. Et les fleurons nationaux sont utilisés pour désendetter le pays. Le Premier ministre de l’époque Si Ahmed Ghozali « fit alors adopter, le 4 décembre 1991, une nouvelle loi sur les hydrocarbures qui permettait l’association d’un partenaire étranger sur des gisements déjà découverts. La levée de boucliers qu’avait entraînée sa déclaration ayant empêché la vente de Hassi Messaoud, c’est une partie d’un autre grand gisement, celui de Zarzaîtine, qui fut cédée à une entreprise chinoise. Ce qui ne résolut pas pour autant la question de l’endettement de l’Algérie, qui finira par se résoudre à négocier avec le FMI quelques années plus tard ».

Sonatrach et la corruption

Hocine Malti revient également sur les scandales qui ont émaillé la vie de Sonatrach et son rôle occulte : « La Sonatrach a permis également le rapprochement entre les services de renseignement de l’Algérie et des États-Unis. C’est par l’intermédiaire de la société Brown and Root Condor (BRC), une filiale commune de la Sonatrach et de Brown and Root (B&R), elle-même filiale de Haliburton, que se sont tissés ces liens. Un grand nombre de projets de l’entreprise pétrolière algérienne, mais aussi certains autres relevant des ministères de l’Intérieur et de la Défense, ont été confiés à cette société qui les transmettait à la société mère B&R pour réalisation. Des commandes de matériel militaire extrêmement sensible ont également été passées par l’armée algérienne par l’intermédiaire de BRC. Un énorme scandale a éclaté lorsque l’on découvrit que B&R surfacturait ses services jusqu’à concurrence de 600 et 700%, ce qui permettait le versement de grosses commissions et rétro-commissions aux protagonistes algériens et américains d’un vaste réseau de corruption qui enveloppait BRC. On se rendit compte également que cette imbrication d’intérêts de l’État et d’intérêts personnels au sein de la même entreprise dans deux domaines stratégiques, les hydrocarbures et la défense, faisait planer un grave danger sur la sécurité nationale ».

Sonatrach au cœur des luttes entre le DRS et la présidence de la République

Et l’auteur de revenir sur les luttes d’influence entre la Présidence et le DRS : « Car, en plus de l’utilisation de l’entreprise en tant qu’outil nécessaire au renforcement des liens avec les États-Unis, le clan qui en assumerait la tutelle mettrait la main sur une manne financière fabuleuse, permettrait à des puissants du régime de s’enrichir, d’enrichir leur entourage et d’acheter des soutiens et des consciences à l’intérieur et à l’extérieur du pays, ce qui explique les luttes intestines ».

La corruption chez Sonatrach devient « le fil rouge de la présidence d’Abdelaziz Bouteflika », écrit l’auteur pour qui l’entreprise n’est plus un « État dans l’État », mais elle est devenue l’État. « Les rôles ont été inversés. Ce n’est plus l’État qui lui délègue une partie de son pouvoir, c’est elle qui lui fournit la puissance nécessaire à l’exercice du pouvoir. Les divers clans au sein du régime considèrent que quiconque contrôle la Sonatrach contrôle de fait le pays. Le président de la République est devenu de facto le PDG de la Sonatrach ».

L’avenir de Sonatrach

En conclusion, l’auteur revient sur le devenir de Sonatrach : « Quel que soit le statut qu’elle acquerra, la Sonatrach continuera d’être utilisée comme socle du régime et comme instrument politique. Il est certain qu’avec le temps, elle a beaucoup perdu de la symbolique qu’elle incarnait dans le subconscient de l’homme de la rue, de l’image de marque de l’Algérie qu’elle convoyait à l’étranger, du respect qu’elle imposait aux partenaires en affaires, y compris les majors, ainsi qu’aux responsables pétroliers des pays de l’Opep. La Sonatrach est aujourd’hui un grand corps malade, perclus par la gangrène de la corruption ; les partenaires étrangers sont aujourd’hui convaincus – et le clament ouvertement – que l’on ne peut conclure aucune affaire en Algérie sans verser des pots-de-vin ».
 


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