DzActiviste.info Publié le mar 13 Nov 2012

Sétif: Un Maire pas comme les autres se retire avec dignité.

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Dib Mohamed est le Maire de Sétif. Enarque brillant, dont l’intelligence, l’intégrité, et la grande dignité en ont fait un homme hors-pair, avait accepté, après une longue hésitation, de prendre en main les destinées de sa ville aimée, Sétif. Il veanit d’éprouver un drame familial qui avait ébranlé les fondements de sa vie.
Je peux en parler pour l’avoir connu. J’avais beaucoup de plaisir à le rencontrer. L’esprit vif, délicat, doué d’une grande capacité d’écoute, il était d’une grande finesse, avec un sens fulgurant de la répartie. Pour ne rien gâcher, il nous gratifiait d’un humour qui nous le rendait extrêmement attachant. Si Mohamed est l’exception, qui confirme la règle, que des responsables de haute tenue morale existent bel et bien au sein des institutions de l’Etat. C’est d’ailleurs grâce à eux, et à tous les soldats de l’ombre, qui portent tout le pays à bout de bras, que notre pays continue à fonctionner, vaille que vaille, qu’il y a de la lumière quand on tourne l’interrupteur, de l’eau quand on ouvre le robinet, et de la vie au milieu de la dévastation. 
Durant tout le temps qu’il fut Maire de cette ville des hautes plaines, carrefour économique parmi les plus importants du pays, il parvint, malgré les inimaginables carences étatiques, et les épouvantables chicanes administratives, à en faire une ville parmi les mieux gérées du pays, parmi les plus propres, et les plus agréables à vivre. 
Mais il est dit que les médiocraties ne peuvent s’accomoder de politiciens et de gestionnaires intègres. C’est dans l’ordre des choses. Un Maire, un Ministre, un Magistrat, ou de quelconques élus ou des serviteurs de l’Etat, qui ont l’audace d’apporter par leur haute tenue, la preuve que ce pays n’est pas totalement perdu, sont voués à l’évacuation pure et simple. Ils dérangent la paix des cloaques. 
Mais le plus douloureux est que les populations mêmes, qui sont privées de ce sel de la terre, de ces veilleurs vigilants, ne s’émeuvent pas outre-mesure de leur éviction, et acceptent dans une totale passivité, qu’on leur remplace celui qui les aimait, et qui les servait, par un autre qui va se servir, et se nourrir sur la bête. Quelle tristesse, mon Dieu !
Quelle perte pour Sétif !
Place à la chkara !
DB
Lire, ci-après, la tribune de mon ami L’Yazid, parue sur le Quotidien d’Oran.
Un maire extraordinaire
par El Yazid Dib

« On n’a de parfaite considération pour Monsieur le maire que dans les formules de politesse… en fin de lettre.» 


Que puisse-t-on donc avoir à son égard en fin de mandat ?

Ingratitude et reniement. Pourtant ! 

La campagne électorale vient de démarrer. De fraiches candidatures vont vanter leurs mérites. Les sortants n’ont rien à dire, par défaut de podium. Pourquoi a-t-on cette attitude conformiste, de toujours vouloir vilipender ceux qui se déposent, ceux qui ne sont plus ce qu’ils étaient, ceux qui sortent par la porte ? La politique, comme la vie dit-on est ainsi faite. De va-et-vient incessant. Pourtant il est de ces histoires où la rêverie, par absence de réalité pousse le vœu à vouloir avoir en tête, un modèle d’homme, un spécimen de gestion, une ville-phare. Sans conquérir personne, notre personnage a voulu convaincre au lieu de vaincre. Il n’est pas candidat à sa propre succession. Cette campagne débutante ne lui monte pas la chanson. Il ne soutient personne, étant redevenu apolitique. Cette chronique semblable à toutes celles qui se tirent du virtuel est digne de se contenir dans le canevas d’une trame romanesque. C’est à peu prés le récit bio-bilan-graphique d’un homme furtif qui existe un peu partout à travers les centaines de communes. On a pris uniquement des référentiels, sans pour autant en citer de noms. L’objectif étant de dire que le pays regorge de compétences, que parfois livrées aux couacs de la vie, elles sont minimisées ou clairement ignorées par les tenants et aboutissants du système. 

Avec sa rhétorique subtile et littéraire, son talent de connaisseur de la ville et de ses gens et ses amitiés ciselées ; l’homme a géré sa commune en un seul coup quinquennal. Sans rupture, sans motion de retrait de confiance et sans trébucher devant les aléas des événements et des conjonctures. Le mandat n’était pas aisé, ni remportable à coudées franches dans un climat hérité plein de désaccords et de litanies infinissables. La mairie à cette époque n’était qu’un espace de règlement de compte. Parfois une annexe au cabinet du juge d’instruction. Elle recevait ainsi des convocations autant qu’elle en émettait. L’intrusion politique et l’imposture citadine faisaient leur œuvre de mésentente et d’hilarité. Les affaires publiques et citoyennes se trouvaient sournoisement supplantées par des complexités individuelles et partisanes. Le nouveau président, extirpé de sa retraite précoce ; s’est de prime à abord attelé à changer les attitudes des uns et amadouer les réticences des autres. Par un coup de maitre managérial il a su d’emblée créer autour de lui une véritable force de travail au service de la communauté. En bon fédérateur, le maire rompait la haine et attisait l’amour réciproque entre tous les élus pourtant hétéroclites, de la nouvelle assemblée. Sa patience à avoir pu et su ingurgiter l’insanité verbale quasi-physique déferlée en pleine gueule ; fut sa première épreuve de se démarquer des communs maires. Elle lui servit aussi d’avoir eu à démontrer avec brio, que lorsqu’on est investi d’une mission ; la haine des autres n’est qu’un excellent lubrifiant carburateur. Le souvenir remonte à la tête des élus, le remord également. Tous lui seront reconnaissants à la dernière assemblée qu’il a récemment présidée. C’était un moment d’adieu très émouvant. Les membrés qui se sont tus, ont tout de même pleuré par un sourire chaleureux. Les autres montés au parloir ont fait savoir leurs résipiscences et leurs inquiétudes pour un avenir communal incertain. Ils ont fait l’éloge du chef et regretté un rempart. Lui, sobre et téméraire remerciant tout un chacun, tenait a rassuré ses pairs sur l’optimisme à afficher à voir la cité davantage prospérer. Il quitte la salle des délibérations sous le youyou des hommes et les pleurs des femmes. Dehors, la ville avec ses cafés, ses ruelles, ses arcades se prépare à accueillir en permanence son enfant. Qui d’ailleurs ne l’a jamais quittée. Ce ne sera qu’un retour interne philosophait-il.

Ce maire est né dans sa ville en 1955 et y vit. L’école primaire, dépendant du groupement scolaire ex-écoles laïques, fut pour lui, le premier palier d’apprentissage. A cette époque là, il ne savait pas que quelques années plus tard il allait s’asseoir sur les bancs d’une prestigieuse école nationale à vocation continentale, véritable pépinière des cadres nationaux et étrangers. L’ENA à Hydra. Le jeune le maire, tout en continuant dans un sérieux juvénile apparent dans son quartier natal, à Pierre gaillet, ira fréquenter le lycée légendaire ex- Eugène Albertini pour en obtenir son baccalauréat en 1976. A cet âge où l’insouciance touchait à tout, le maire opta, dans l’unique souci de poursuivre ses études ; pour se présenter en compagnie d’un trio d’amis au concours qu’organisait l’Ecole Nationale d’Administration. Abandonner son quartier, laisser l’ombrage des platanes de l’avenue Deluca, il était pris tel un otage entre les serres d’un terrible choix : De la ville natale et son amour, Alger et son épanouissement. Le défi fut tel, que la raison caractérisant déjà le jeune étudiant finissait par vaincre toutes ses appréhensions. Il alla à Alger et après quatre années d’études, de stages, de recherches studieuses et aussi d’illusions sur le chemin de la Madeleine d’Hydra, il revint, lui l’étudiant peu insoucieux, comme fonctionnaire stagiaire couronné d’un diplôme dans la filière « Economie et Finances ». Plusieurs de ses amis étudiants d’alors ont connu des ascensions resplendissantes. Il en compte parmi eux, des ministres, des walis, des ambassadeurs, des consuls et tout un panel de cadres supérieurs de l’Etat, encore en exercice. Dans son parcours professionnel, le futur maire sillonna bon nombre de contrées. Il exerça ses fonctions dans plusieurs wilayate. Il occupa de ce fait d’innombrables postes de responsabilité à des échelons variés. De chef de cabinet de wilaya, chef de division, à chef de daïra pour terminer Directeur de la réglementation (DRAG). A 43 ans il fit un terme à sa carrière. Cet arrêt subit de carrière fut un acte volontaire. Confronté à des aléas irrésistibles d’ordre personnel, voire de fatalité, en perdant son épouse il croyait perdre en elle la vie et tout ce qui en découle. Il se morfondait à mourir en se culpabilisant de n’avoir pas assez de temps pour le lui consacrer, préférant le faire à son travail. C’est encore une fois la raison qui le poussa à mieux se concentrer pour mûrir raisonnablement sa décision finale à l’égard de sa profession administrative. La raison qui en fait s’avère être tout son dynamisme aidant ; Il décida en toute connaissance de causes de prendre sa « retraite ». Il justifiait cette décision par le désir ardent de pouvoir enfin se consacrer entièrement à sa propre famille et tenter un peu soit-il penser à couler des jours paisibles avec les siens. 2007 il lui fut fait appel au service. Candidat prédestiné et copté tête de liste pour son savoir-faire, il est élu président de l’APC. La ville est pour ce maire, ce qu’est une œuvre pour un maître. Il l’adore, il la chérit. Il conçoit que la ville des martyrs, des gloires et de la légende doit avoir un statut gratifié. Il a gagné le pari d’avoir su associer toutes les bonnes volontés à mieux hisser l’antique cité. Il a fourni tous ses efforts et avec toute l’énergie qui l’anime en tant que président de la commune à apporter sa modeste contribution au développement et à l’épanouissement de la ville qui l’a vu naître. Homme de terrain, le personnage est également un homme de dossiers. Il avait durant sa carrière toute la vitalité et l’ingénierie didactique à initier, concevoir et traiter bon nombre d’études et de réflexions. Sans conquérir personne, il a voulu convaincre au lieu de vaincre. L’élection pour lui n’était pas synonyme de guerre ou de bataille. C’était comme la gestion de la ville ; une adhésion, un choix et un engagement. Il engagea une campagne électorale digne des présidentielles d’outre-mer. Pour la première fois, le net et ses divers réseaux furent mis en branle. La sympathie qu’il recevait et rendait en plus tonifiée, était celle d’un amoureux de son futur métier. Loin d’être un apprenti, les urnes lui donnèrent raison avec une majorité de confort. L’unique parrain qu’il avait, c’était son passé d’habile administrateur. Qui mieux qu’un pharmacien sache déchiffrer les ordonnances ? Qui mieux qu’un ancien responsable puisse comprendre le poids d’une fonction, élective soit-elle ?

Le principal challenge pour cet homme, était de réhabiliter l’image du chef de l’exécutif communal. Pointilleux sur les contours d’un protocole qui n’est toujours pas au pas, il fit de la place à réserver au président de l’Assemblée communale un point d’honneur. Il ne peut admettre qu’un Wali lui dise « enlèves tes mains des poches ! » comme ce fut le cas, par ailleurs ou le prendre pour un élément subalterne. Encore lui choisir une couleur donnée pour un mur donné dans un projet municipal piloté par ses soins. Il conçoit que si privilège, considération et circonspection y sont en permanence exigés, ceci n’est fait que pour asseoir la représentativité qu’il incarne. « Si on respecte le maire, c’est à la population que s’adresse ce respect » semblait-il tenir. Ainsi ce respect à devoir à l’égard du personnage-maire est comme une géographie à relief dénivelé qu’il faut, pour reconnaitre ses limites ; les tracer d’avance. Ensuite il faut y veiller scrupuleusement. En fait de bilan, le sien est fortement apologique. Il ne s’affiche cependant pas en termes de bâtiments, de chantiers ou d’ouvrages matériels réalisés. Il est dans le sein même de l’administration communale. Dans le souci quotidien du citadin. Le pivot central d’une mairie est en toute certitude son service général, ses sections de voiries et de travaux urbains. Le parc comme on l’appelle communément.

Le maire, faisant depuis cinq ans, chaque matin son briefing avec les employés de cette « usine » en a fait un vrai outil efficace pour améliorer la prestation de service. Il semblait dire d’eux que « ces nettoyeurs matinaux sont la plus noble espèce du fonctionnariat ». Doté, équipé, réorganisé, avec une gestion fluide et transparente, le parc ; cœur de la commune s’est transformé en une puissance logistique incontournable. Tout revient vers lui. L’ancien cadre de l’Etat, l’ancien maire de la ville maintenant ne se prive pas de faire apparaitre tout son honneur à avoir conduit d’innombrables opérations, toutes peu être à son sens anodins, mais qui contribuent grandement à l’éco-équilibre des systèmes. Faire des pelouses, de l’espace vert, des jardins était un acte de suivi quotidien et son principal point fort. Il tenait à mettre tout en œuvre afin de rendre sa ville, à la légendaire propreté, une cité où il fait bon vivre. La ville la plus propre. Avec ces milliers de visiteurs/jours, elle offre un beau label d’une ville qui se veut agréable, écologique et saine. « Nous avons voulu moderniser cette démarche classique qui est dévolue pratiquement à toutes les communes par un passage réussi de l’usuelle collecte à la notion de la co-propreté de la ville » nous dira dans ce rêve algérien l’ancien maire. Ainsi le citoyen restera responsabilisé quant à la préservation des actions d’appui à l’hygiène collective. « L’espace vert est devenu maintenant une requête citoyenne » continue-t-il dans notre profond sommeil à nous affirmer. L’autre atout du maire sortant est cette atmosphère aimable et chaleureuse qu’il a pu créer au sein de la population. Il ne la faisait pas astreindre à des journées uniques de réception. Il faisait ses audiences au gré de ses déplacements. Ralliant utilité et devoir, il «recevait» dans la rue, dans les cimetières, mais aussi dans son cabinet. Il est vraiment dommage qu’une telle compétence puisse s’en aller, au gré du vent après tant de capital-expérience. Comme il est grandement dommage qu’il s’agit-là d’une parenthèse rêveuse. L’Algérie a grandement besoin des hommes de cette carrure. Ils sont peu nombreux, magnanimes et engagés. Notre bonhomme aurait pu, si le hasard le voulait ; être Wali, ambassadeur ou sénateur. Il en a l’attribut et l’étoffe.

Victime d’une incompréhension de la part de sa hiérarchie politique, pour s’être vu moins apprécié lors des élections législatives de mai 2012, le maire ne savait pas qu’il allait en faire les frais pour ce comportement viril et honorant. Pressenti et plébiscité même par tous les citoyens comme tête de liste, il ne le sera pas. Il s’est donc en toute modestie, celle-là qui caractérise les grands hommes et les esprits chevaleresques, retiré calmement de ces joutes. Pour lui ; le militantisme n’est pas une totale obédience au détriment d’une aspiration populaire, il n’est pas une tête baissée par-devant celles qui s’abaissent devant moins que rien ; mais il est un engagement sacré et pérenne comme celui d’un fonctionnaire assermenté. Novice dans les arcanes du parti, néophyte dans ses palabres, le maire de la ville sortant a eu tout le temps à se comporter presque comme un Directeur Général de mairie élu, voire nommé non pas par le pouvoir, mais par la population. Cherchant la compétitivité, la réalisation d’objectifs socio-économiques, le bonheur citoyen, il n’en fit pas cas de l’obligation partisane de devoir rendre des comptes à des personnes loin du cercle communal et de sa tutelle administrative. Le politique. Il le faisait par contre à sa population. Son parti, enfin celui de tous ; n’est plus un appareil de production idéologique plus qu’il ne sert d’élévateur de mauvais cursus. Il hisse les uns et fait promouvoir leur inconvenance au moment où il émascule les esprits braves mais acariâtres. Notre bonhomme qui hante quelques contrées profondément algériennes est un peu partout. Il a été maire de tel village, de telle métropole. Il a érigé des stèles, connu des maladies, enterré des siens, versé des larmes. Ce maire multiple et divers va garnir, à peine d’appel la réserve déjà pleine de la république. Refusant de se porter candidat, croyant mordicus en l’alternative fonctionnelle ; il n’est pas adepte de cette théorie qui prédit que le premier mandat sert toujours à garantir le second. Il s’en va, les mains derrière le dos, les yeux fixés à son palmarès tout heureux néanmoins aigri. Ceci n’est qu’un ultime hommage rendu par un quelconque citoyen. En fait c’est le rôle du chroniqueur de greffer à jamais dans le silence de la postérité un cri même à présent inaudible. Sans la chronique l’histoire du monde n’aurait été qu’une succession d’imagination inachevée quoique entièrement vécue. Chapeau bas, Monsieur le maire ! De ce genre, masculin et pluriel. 

Source Le Quotidien d’Oran


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