DzActiviste.info Publié le dim 25 Nov 2012

Siné. Nouvelles du Front n°15

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Publié le 14 novembre 2012 par 

8 novembre 2012

«  Tu l’as fait exprès pour me faire plaisir,  mon frère, de venir te faire soigner à l’hôpital franco-musulman ? »

« Non, c’était le plus près de chez moi,  et puis ça fait chier les islamophobes bornés genre « Charlie-Hebdo ».

Sidahmed Ghozali, mon vieux pote, ex-premier ministre d’Algérie, actuellement sur la touche avec son « Parti démocratique » dont Bouteflika ni l’armée ne veulent même pas entendre parler, passe beaucoup de temps à l’étranger.

Il est très sollicité, en tant qu’ancien ministre de l’Industrie , pour donner des conférences et organiser des think-tank sur la politique économique internationale.

C’est au Canada qu’il apprit ma leucémie et, sans y croire une seule seconde, participa au petit jeu et envoya au journal des propositions tels que « leucéminaret » ou « leucémiracle ».

Catastrophé d’apprendre la vérité à son retour en France,  il avait franchi tous les obstacles pour débouler dans mon bunker stérile.

Affublé obligatoirement comme tous les visiteurs, infirmières et toubibs, d’un masque sur le nez et la bouche et d’une charlotte ridicule sur le crâne, il m’intima l’ordre de ne pas casser ma pipe car j’étais son seul et dernier ami vivant, me dit-il, sur son agenda.

«  J’en ai marre des enterrements ! Je reviens de celui de Cheysson que j’aimais bien. Ras l’bol des cimetières ! J’ai l’impression d’être devenu un croque-mort ! »

« D’accord, mais promets-moi de ne pas prier pour moi, ça risque de me porter malheur !

Ayant mal tourné et après être devenu croyant après une longue période mécréante, il est devenu un peu ma tête de Turc :

« Depuis que t’as troqué tes cocktails pour des ablutions …  j’ai moins confiance !»

( En 1962, on fêtait l’Indépendance dans ma résidence secondaire de Normandie, en buvant comme des trous et en bouffant du cochon ! La belle époque ! Il avait inventé une recette de cocktail explosif , le « Bronx Sidahmed» dont j’ai toujours la composition manuscrite dans mon carnet de bar, mon livre de chevet :

« Shaker à moitié plein de glaçons, 1/5 de jus d’oranges pressées, 1/5 de Cointreau, 1/5 de Noilly Prat, 2/5 de Gin Gordon’s ».

Au cours de nos agapes pour arroser la victoire du peuple  algérien sur le colonialisme , on perdit même une bouteille de bon champagne qu’on avait mis à rafraîchir dans le puits et qu’on n’a jamais réussi à remonter !  Pierre Perret va l’apprendre en lisant mon site, car je ne le lui avais pas signalé lorsqu’il me l’a rachetée en 1965 pour des raisons de divorce.

Sidahmed m’avait demandé de bosser pour lui, en Algérie, alors qu’il venait d’être nommé par Boumédienne, PdG de la société nationale du pétrole et du gaz, la Sonatrach.

Alors pestiféré en France dans tous les journaux et dans toutes les agences de pub à cause de mes convictions trop arrêtées à leur goût, j’acceptai à pieds joints et lui proposai de travailler pour la gloire, seulement nourri et logé. Heureusement il refusa et me  proposa un contrat mirobolant.

Pendant 13 ans, de 1965 à 1978, j’ai complètement, conçu, aidé par mon ami Michel Waxmann pendant les premières années, l’image de la société algérienne, son logo, sa couleur, le design des  stations-services et de ses volucompteurs, jusqu’à celui des raffineries en passant par tous les conditionnements, la flotte et même les costumes des pompistes ! J’ai sillonné l’Algérie en long, en large et en travers, de Sétif où lieu, le 8 mai 1945, le terrible massacre faisant 40 000 morts, hommes, femmes, enfants et vieillards confondus qui réclamaient pacifiquement l’indépendance ce qui, du coup, déclencha la lutte armée, à Tipaza en Kabylie, où l’architecte Pouillon n’hésita pas à construire un village de vacances imbriquant sans scrupules ses maisons aux ruines numides classées depuis au patrimoine mondial de l’Unesco !

Au Club Med qui ne resta qu’une année faute de personnel local compétent, mais exigé par le gouvernement algérien, je faisais entrer clandestinement mon copain Abdelaziz Bouteflika, actuel président mais seulement ministre à l’époque, l’accès au Club étant interdit aux Arabes ! J’avais le droit, comme Français, à un invité et je l’appelais ostensiblement Mohamed à l’entrée, pour donner le change aux gardiens.  Une fois dans l’enceinte, torse nu et le collier de boules multicolores au cou que je lui offrais pour qu’il puisse inviter au bar des créatures de rêve très décolletées. Il draguait comme un ouf et emballait sec, ce qui explique qu’il continue, malgré tout le mal que je dis de lui, à m’envoyer du pinard et des dattes à chaque nouvelle année.

J’ai écumé tout le territoire, de Ghardaïa (probablement la plus bel endroit du monde et dont l’architecture a beaucoup inspiré Le Corbusier !) et où j’eus l’insigne privilège d’être accepté par les Mozabites à visiter la ville sainte de Beni Isguen et à y rester après le coucher du soleil ce qui est parfaitement interdit à tout non-musulman, à Tamanrasset. Je sillonnais le monde entier ou presque dans le jet  professionnel de la société dont j’avais assuré la déco extérieure et intérieure. Un bijou à réaction, avec sono huit pistes, canapé et sièges relax en cuir pleine peau, moquette au sol, frigo et bar luxueux qu’on remplissait, à chaque escale, avec le pilote, d’alcools dédouanés. Copenhague, Rome, Milan, Barcelone, Madrid…J’en ai bouffé des kilomètres avec ce zinc !

Ce n’était pas pour le plaisir que je rencontrais des grands patrons pour trouver dans leur production, le meilleur rapport qualité-prix pour des camions-citernes, des volucompteurs, des baraques de chantiers, des bouteilles métalliques pour le transport du butane et du propane, etc.

Je faisais faire d’énormes économies à la Sonatrach en évitant les pièges tendus par la plupart de ces escrocs qui me demandaient systématiquement quelle ristourne je désirais et où je souhaitais la toucher ! J’aurais pu me faire des couilles en platine, serties de diamants de la plus belle eau et sans crapauds ! Ils étaient tous incrédules de m’entendre refuser leur proposition et me prenaient tous pour un extra-terrestre.  Le fait que je sois Français de souche, sinon de cœur, et que je sois le représentant d’une société nationale algérienne les intriguaient méchamment, mais je cultivais sciemment le mystère pour les déstabiliser.

Sidahmed, viré comme un malpropre par le colonel Chadli dès la mort de Boumédienne, dut passer devant une sorte de tribunal qui lui demanda des comptes sur sa gestion durant ses treize années à la tête de la Sonatrach. Ils trouvaient excessif l’argent consacré à la promo de la société et dont j’avais été le principal bénéficiaire pendant toute cette période. Sidahmed leur sortit alors les devis qu’il avait demandé, à l’époque, à de grosses boîtes de design internationales comme Raymond Loewy par exemple, qui lui, à part la bouteille de « Coca-Cola », le paquet de cigarettes « Lucky Strike », la voiture , « Studebaker » et l’«Air Force One » commandé par Kennedy, qui n’avait pas hésiter à lui demander un million de dollars pour commencer et n’eut donc aucune difficulté à prouver que je lui avais coûté beaucoup moins que ça !

Je raconte tout ça pour la première car je ne tenais pas à révéler cette activité dont personne ne m’aurait cru capable. J’avais seulement signé un contrat avec la revue de cul pour bobos, « Lui » dans laquelle je faisais une page par mois pour ne pas perdre tout contact avec la scène parisienne.

Bon, j’arrête là  car on va venir me chercher pour un scanner de la tronche pour élucider à quoi sont dues mes hallucinations et voir s’il s’agit d’un médicament ou si mon cerveau n’en a pas pris un coup ! Comme il est en dehors de la zone stérile, c’est moi qui doit mettre un masque et la seyante charlotte, malgré mon crâne chauve, pour ne pas risquer de choper des saloperies de bactéries.

Vivement la quille !


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