DzActiviste.info Publié le sam 23 Fév 2013

SONATRACH, le DRS et la boite de Pandore

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231Djamel BARA

 Le procureur Fabio De Pascale qui continue ses perquisitions chez ENI et SAIPEM ne compte pas clore si vite le dossier Commissions livrées à Sonatrach, le magistrat également en chasse derrière Berlusconi pourrait demander l’audition de Chakib Khelil dans les semaines voire dans les jours à venir. Ambiance, ambiance…… 

 

Ces derniers jours, les algériens ont pu apprendre via le parquet de Milan qu’une histoire de pots de vins éclabousse des hauts cadres de l’entreprise Saipem dont certains sont impliqués de faits graves de corruption envers des hauts responsables algériens notamment ceux de la compagnie Sonatrach qui n’arrête désormais plus de faire parler d’elle.

Cependant, les nouvelles révélations ciblent un montant de commissions qui donne le tournis. Il est question de plus de 260 millions d’euros, soit le 1/3 du budget annuel mauritanien ou le triple de ce que reçoit chaque année le Niger sur l’exploitation de ses mines d’uranium.

A Alger, on agit face à un tel tsunami médiatico-judiciaire italien avec « calme » et comme il fallait s’y attendre le ministre de l’énergie est allé jusqu’à annoncer qu’il attendait les confirmations des accusations de soupçons de corruption portées par le parquet de Milan à l’encontre de certains dirigeants de la société Saipem détenue à 42% par le groupe pétrolier italien ENI. Mais le parquet va plus loin et s’interesse désormais à la maison mère très présente en Algérie, il perquisitionne chez ENI.

Sous d’autres cieux, cette affaire aurait pris tout l’espace médiatique vu l’ampleur et surtout le montant supposé des commissions offertes par la partie italiènne pour béneficier de marchés « distribués » par Sonatrach.

Mis à part la sortie non convaincante du ministre et quelques articles par ci par là, la tactique adoptée en telle circonstance est claire: laisser passer l’orage et tout reviendra dans l’ordre.

Sauf que du côté de Milan, les deux procureurs qui ont mis leurs pieds dans le plat bien garni de pots de vin, ne comptent pas s’arrêter à ce stade. En effet, selon certaines sources proches de l’accusation, Sergio Spadaro et Fabio De Pasquale souhaitent auditionner l’autre partie, à savoir les cadres de Sonatrach et tous ceux dont les noms ont été balancancés par « la gorge profonde » un haut cadre du groupe ENI qui est allé vômir chez la brigade financière tout ce qu’il savait sur les relations des cadres de Sonatrach, de Nouredine Farid Bedjaoui, de Chakib Khelil et les italiens d’ENI et de Saipem. En plus clair, les procureurs Spadaro et De Pasquale veulent que Chakib Kheli passe aux auditions, tout comme le neveu de l’ex ministre des AE Ahmed Bedjaoui. Le procureur De Pasquale faut-il le rappeler n’est autre que ce magistrat qui mène une guerre sans merci contre Silvio Berlusconi. De Pasquale avait même requis 5 années d’emprisonnement à l’encontre de l’ex président du conseil italien en février 2012 accusé de corruption de témoin dans l’affaire Mills.

Si l’ex protégé de Bouteflika et ancien ministre de l’énergie se retrouve confronté aux auditions réputées pour être musclées dans les parquets italiens, il est fort possible que le natif de Oujda finira par balancer à son tour le schéma de fonctionnement de Sonatrach. A savoir, qui en tire les ficelles et qui en béneficie des avantages faramineux collectés dans le flou total.

Justement à propos du fonctionnement de Sonatrach, ce cas Saipem n’est qu’une goutte d’eau dans un océan d’or noir. Tout est flou, rien n’est transparent et mieux encore, tout est concentré en termes de décisions stratégiques au niveau central: le harem de sonatrach. Infranchissable pour ceux qui ne sont pas adoptés par ceux qui tiènnent le vrai pouvoir.

Sonatrach, véritable boite de Pandore risque de déverser ses secrets si Khelil and co passeraient aux aveux.

Il est d’ailleurs énigmatique le fait que les noms de Farid Bedjaoui ou de Khelil n’aient pas l’objet de citation à comparaitre devant les juges algérois en charge du volumineux dossier Sonatrach depuis l’éclatement des enquêtes déclenchées par le DRS.

A Alger, les luttes de clan sont tellement rocambolesques qu’on finit par confondre des fois l’allié de l’ennemi.

BRC ( Brown Roots and Condor ) et l’histoire des largesses accordées à cette société de joint venture algéro-américaine qui raflaient des contrats de gré à gré avec Sonatrach et l’ANP, disparaitra et sera dissoute sur ordre de Boutef,préssé d’éttouffer le scandale dans l’oeuf sans qu’on connaisse les tenants et aboutissants du dossier.

Le cas de l’américain KBR qui a bénéficié entre autres du méga projet d’El Merkh, le scandale Technip, la création tout azimuts de filiales à l’étranger, la revente des méthaniers d’Hyproc, la dissolution de la filiale SIM sont autant d’affaires qui peuvent resurgir un jour et faire l’objet d’enquetes appronfondies.

A propos de SIM, la filiale immobilière de Sonatrach, l’ex ministre et Pdg Khelil annonce sa dissolution à Hassi R’Mel le 14 Novembre 2002.  » SIM, évoluait mal dans une activité qui n’est pas un métier de base de Sonatrach. Elle n’a pas atteint ses objectifs et faisait perdre de l’argent au groupe…Il fallait donc arreter les frais et nous avons dissous SIM » dixit Chakib Khelil. En vérité, l’opération était de s’accaparer des biens immobiliers de Sonatrach et non l’assainissement du patrimone immobilier exigeant la création de trois commissions ad hoc pour en finir avec ce parc tant ciblé par la nomenclatura et les hauts responsables du secteur. 2500 logements dont des villas luxueuses, 250 batiments sociaux, des mobiliers chèrement importés, des milliers de batiments servant auparavent d’oeuvres sociales pour les employés de Sonatrach, ont été ainsi mis en vente et bradés au dinar symbolique. Les algériens n’ont-ils pas droit de savoir qui s’est octroyé ces fameuses villas, ces immeubles et autres biens bradés pour « raison économique » ayant poussé Khelil à dissoudre la SIM?

Khelil devrait par ailleurs expliquer aux algériens les bienfaits de ces opérations d’emprunts réalisés à l’étranger par Sonatrach, opérations à couts de milliards de dollars ayant servi à sauver certaines sociétés étrangères de la faillite.

Ainsi, en 2003 comme le rapportait la revue de Sonatrach dans son numéro 37 daté de février, Sonatrach avait signé 8 accords cadre de financement pour un montant global de 3,2 milliards d’euros dont 500 millions d’euros auprès de la BNP Paribas et un autre demi milliard d’euros auprès de Fortis Belgique. 2,1 milliards d’euros empruntés par Sonatrach chez les banques françaises pour les mettre à la disposition de sociétés françaises qui souhaiteraient signer des contrats avec elle . Dans le jargon algérien, on appèle ça: « menzitou aklih ». Qui a signé au nom de Sonatrach pour ces prêts? Personne ne le saura même si la revue indiquait dans son numéro 37 que le PDG de Sonatrach, Chakib Khelil était présent lors de la signature de ces contrats qui a eu lieu le 5 janvier 2003 au siège de Sonatrach à Alger.

Pis encore, Mohamed Meziane alors PDG de Sonatrach avait avoué lors de la signature d’un accord de prêt canadien pour 500 millions de dollars US ( septembre 2004), que Sonatrach avait signé en 2 ans, pas moins de 17 accords de prêt pour un total de 7 milliards de dollars américains. Pour ce qui est du prêt canadien, il servait à financer les sociétés canadiènnes liées avec Sonatrach, dont SNC Lavalin( le scandale a éclaté ces derniers jours justement).

Dans ce contexte, on se demande si Khelil ne gérait pas (en tant que PDG puis ministre de l’énérgie) un état dans un état. Une entreprise certes stratégique pour le pays mais se comporte comme totalement indépendante. Dans le rapport « financier » de 2008, on apprend que Sonatrach avait même acheté des bons de trésor US sans indiquer les montants des Heddgs Funds cédés ni la valeur d’achat de ces bons de trésor. A qui a -telle cédé les Heddgs Funds et à quel prix? Personne ne le saura.

Mais le flou absolu sur la gestion de Sonatrach  pour ce qui est de ses investissements à l’étranger touche surtout ces filiales créeees tous azimuts. Pourquoi Sonatrach a-elle crée une société d’assurance ( Sonatrach RE) au Luxembourg en versant 20 millions d’euros?

Pourquoi Sonatrach a -telle crée sous le règne de Khélil le holding Sonatrach International Corporation ( SIHC) doté de 282 millions de dollars en 2007 alors qu’il avait démarré en 2001 avec seulement 108 millions de dollars?

Pourquoi Khelil avait réorienté les exportations du pétrole brut algérien beaucoup plus vers les USA où la part des ventes vers l’oncle Sam est passée de 1,6% seulement en 2001 à 46% en 2007? Khélil était-il un assassin financier, qualificatif accordé par l’ancien agent de la NSA à ceux qui sont envoyés par la CIA pour exiger des chefs d’états du tiers monde de céder aux tentations US et leur livrer pétrole et gaz à prix raisonnable? Etait-il juste en mission en Algérie dans le but d’obéir aux ordres des décideurs de la maison blanche en charge du dossier énergétique?

Si l’état algérien, présidence et DRS compris voulait la tête de l’ex ministre , il n’avait qu’à bien consulter les dérives signalées dans bon nombre de dossiers liés à Sonatrach et Sonelgaz. Pourquoi avoir jété par la fenêtre un milliard de dollars rien que pour ces fameuses journées sur le gaz tenues à Oran. Des dépenses inutiles qui font sursauter plus d’un, à commencer par la location de ces 2 bateaux hotels à prix d’or.

La réfection du siège Gharmoul de Sonatrach et son ameublement fait frissoner les plus calmes.

A lui seul le bureau du PDG devait nécessiter pour sa réfection 509 077 euros. Celui de son sécrétaire général 326 627 euros. Le contrat a été résilié dès que l’opinion avait eu vent de l’enquête diligentée par le DRS et touchant la tête dirigeante de Sonatrach. Là aussi, on se demande si Sonatrach est une société comme toutes les autres ou a-telle un statut particulier? Auncune société du même gabarit n’a dans son effectif un poste de SG, ni Total, ni BP etc….

Contacté, B. Antonio, ancien cadre de la SIAC ( société d’assurance italiènne pour les crédits) n’en revient pas sur les montants facturés pour l’ammeublement du siège Ghermoul. « Ils ont multiplié par 3,voire par 4. Je vais vous réveler une chose puisqu’actuèllement on parle de Saipem, de l’ENI de cette Sonatrach, j’ai fait un seul voyage en Algérie au début des années 2000 pour superviser une commande d’ameublement d’un grand hotel à Alger, les parties algériènnes ne me parlaient que de commissions, des taux, de ceci , de celà, personne ne s’interessait à la qualité des meubles qui leur était proposée, le seul point positif de ma mission c’est d’avoir assisté à une fête de mariage dans un quartier populaire et j’ai appris comment dansaient les gens de la capitale, depuis ce jour j’avais décidé de ne plus mettre les pieds là bas ». Sans commentaire.

Et le DRS dans tout çà? Le doute sur la sincérité des services de sécurité algériens quant à la gestion rigoureuse de ce dossier persiste.

Le DRS ne pouvait pas ignorer que Khelil s’attablait et à 5 reprises dans un hotel chic parisien avec les dirigeants de Saipem et en présence de Farid Bejaoui?

Au sein même de Sonatrach, le DRS a ses oreilles partout. Comment pouvait-il ignorer ce qui se passait en matière de gestion.

Le DRS ne se gênait pas d’exiger la résiliation de contrats d’armement même signés avec son fidèle allié le FSB (ex KGB) et laissait faire pour Sonatrach.

L’affaire des Mig 29 défectueux refoulés sur ordre du général Toufik, le dossier des Sukhoi SU 30 commandés en 2007 chez le russe Irkut par l’armée de l’air qui s’est rendue compte que les calculateurs de vol étaient fournis par la société israéliènne Elbit Systems. C’étaient entre autres les élements qui ont secoué les relations DRS-FSB.

En 2004 dèjà , le DRS avait détecté sur les 2 hélicoptères EC 225 achetés chez Eurocopter pour le compte du GLAM (groupe de liaisons aériènnes ministérielles), la présence de composants fabriqués en israel. Les deux hélicos devant servir pour transporter Bouteflika ont été immobilisés au sol avant d’être récupérés par Agusta Westland, filiale du groupe italien FINMECCANICA qui les avait revendu à un homme d’affaires malais après avoir livré au Glam d’autres appareils,des AW – 101. Là aussi, l’intransigeance des hommes de Toufik a été totale et sans concession.

Toutefois, le dossier des contrats d’armements pousse des fois à des interrogations. En avril de l’année écoulée, les médias rapportaient que le groupe Thyssen Krupp Marine Système (TKMS) avaient réussi à vendre à la marine algériènne 2 corvettes Meko A-200 propulsées et armées. Le site spécialisé en la matière Intelligenceonline se posait la question sur le lieu de la signature de cet accord: Singapour même si le groupe allemand disposait d’une filiale domiciliée dans ce paradis fiscal. Intelligenceonline est allé loin dans ses suspicions en affirmant que Kamerman directeur géneral de TKMS International Singapour s’est appuyé sur deux types de relais: d’anciens militaires est-allemands qui ont formé leurs homologues algériens et des proches de Said Bouteflika, frère du président algérien ».

Ce que les médias algériens n’avaient guère jugé utile de rapporter l’année dernière à propos de cet achat de corvettes (jugé excessivement élevé par des organes de presse français) c’est que TKMS n’avait pas réussi de vendre la moindre corvette depuis 1999. Du pain béni donc pour la société allemande qui était au bord du gouffre financièrement au point où elle s’est alliée avec l’émirati Abu Dhabi Amr, simple constructeur de yachts.

La boite de Pandore Sonatrach risque d’exploser à tout moment. Le DRS servira-til de bouclier pour protéger ceux qui ont fait de la première compagnie pétrolière africaine leur bien privé?

Le cas Saipem n’est en fait que l’ombre qui cache une si dense forêt.

 


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