DzActiviste.info Publié le ven 12 Juil 2013

Sonelgaz, Alstom et General Electric: Ce qu’il faut retenir

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Taille du texte normaleEl Watan. le 11.07.13

ALSTOML’article paru dans El Watan le 11 Juillet 2013, et reprenant en partie, une newsletter de la Sonelgaz, dirigée par la directrice des relations avec la presse, Manel Ait Mekidèche,  est de nature à attirer l’attention sur l’état gravissime de la déliquescence des institutions et structures économiques relevant de l’Etat algérien ces dernières années.

En effet, ni l’intrusion dans les instructions judiciaires, ni les approximations et contrevérités ne semblent plus effrayer nos cadres, dument mandatés pour ce faire, par des centres de décisions qui les dépassent effectivement, mais dont ils assument une part de responsabilité, si ce n’est la plus grosse part juridiquement parlant dans les  dérives. Ainsi, si on en croit cette newsletter, dont une télécopie est téléchargeable sur le site de Sonelgaz, tout ce qui a été dit sur les contrats de Terga et de Taref sont des élucubrations de journalistes en mal de dénigrement de cette société et de ses cadres (sans préciser lesquels d’ailleurs) et ne recèlent aucune vérité.

Cette dernière étant plutôt à chercher dans les affirmations contenues dans cette newsletter. Ne pouvant faire l’impasse sur les montants exacts des marchés en question, ces derniers étant connus depuis 2007, la parade est toute trouvée dans deux points pour le moins sujets à caution si ce n’est à suspicion. Le premier est résumé dans le fait que seules les deux sociétés Alstom et General Electric ont présenté des offres techniques pour ces deux appels d’offre. Chacune pour un seul.

Le deuxième consiste en une augmentation tant subite qu’exponentielle des coûts des équipements de génération d’électricité au niveau mondial, avec à l’appui une affirmation qui n’engage que ses auteurs sur les coûts similaires d’une dizaine d’autres projets ailleurs en Europe dont un précisément en Angleterre.

Reprenons point par point et remettons les choses dans le contexte général de cette époque pour mieux s’éclairer mutuellement.

1-      La limitation des soumissionnaires à ces deux sociétés en 2007

Ce point soulève de fortes interrogations, quand on sait que Siemens à titre d’exemple, Astaldi  et les japonais se sont mis à l’infinitif dans un segment dans lequel ils sont compétitifs, en qualité et en prix et dans lequel ils ont précédemment opéré en Algérie bien avant Alstom dans ce domaine, du moins depuis l’indépendance. Cette affirmation, qui au demeurant est vraie, loin de dédouaner ses auteurs ou leurs commanditaires pour les paraphraser, est de nature à étayer le soupçon d’entente tacite non pas bipartite, mais tripartite entre les deux larrons et les maîtres d’œuvre, qui ont quasiment découragés les autres concurrents de jouer aux troubles fête, pour éviter une mise en quarantaine ultérieure dans un pays ou les marchés obéissent à tout sauf à la transparence commerciale.

Quand on verra plus loin que les concurrents potentiel ont soumissionné ailleurs et obtenu des contacts pour des prix inférieurs même aux prévisions de Sonelgaz en matière de coût, il est facile de deviner les véritables motifs qui les ont poussés à laisser les deux larrons seuls en lice face à « Nos Cadres et leurs commanditaires ». Et de manière générale, quand un contrat juteux n’attire pas plus de mouches que nécessaire pour une bonne répartition du pactole, il est fort à parier que les autres mouches ont fait l’objet d’un coup d’éventail.

La date étant 2007, date de la visite de Nicolas Sarkozy en Algérie avec toutes les concessions qui lui ont été faites à lui et à Alstom dans le domaine des marchés publics, et la perspective d’un bidouillage de la Constitution, qui a besoin de l’aval et de la compréhension intéressée de ce dernier pour passer comme une lettre à la poste, ainsi que de la neutralité tout aussi intéressée des américains pour ce faire.

Il n y a qu’à voir le profil des compagnies présélectionnées dans les couloirs et leur nationalité, pour voir qu’elles sont les considérations qui ont dicté ce choix et les commanditaires bénéficiaires de cette présélection qui a tout du politique bas de gamme pour les nôtres et du racket haut de gamme pour les vis-à-vis. Le plus grave dans tout cela est que les rédacteurs de cette newsletter, tout en essayant de dédouaner leurs collègues des effets d’une injonction venue d’en haut, essayent en même temps de dédouaner la source de l’injonction par des arguments pour le moins farfelus et hors contexte.

2-      La hausse de prix et le manque d’équipements en 2007 sur le marché International

Cette affirmation est encore plus cocasse que la première, et ne repose sur aucune information fiable, bien plus elle est contredite par les faits et la logique la plus élémentaire.

A-     L’essentiel des équipements destinés à une centrale électrique étant eux même produits par les contractant et en fonction de leurs carnets de commande, ils ne soumissionnent qu’à hauteur de leurs capacités de production. Les sous-traitants éventuels seraient heureux d’augmenter leurs ventes par de nouvelles commandes, sans compter que pour ce genre d’équipement il n y a pas d’années pic et d’années de déclin de nature à pousser les prix vers le haut ou le bas du simple au triple en un exercice. Les produits en question étant manufacturés et non boursiers.

B-      Pour le même exercice, la newsletter évoque dix projets européens au prix des soumissions de nos deux larrons dont un en Angleterre sans en citer un seul, avec précision, alors que ceci est de nature à faire récupérer son passeport à leur DG. Ils considèrent que nous sommes tenus d’avaler ces couleuvres comme une vérité irréfutable, et oublient par la même occasion que leur même société a conclu un contrat d’association avec les canadiens pour SHK Tipaza, pour un montant représentant le tiers des offres en question soit : 826 Millions de dollars, en contrepartie de 2,2 Milliards pour G/ELECTRIC et 2,3 Milliards pour Alstom. Ce qui revient à dire que le maître de l’ouvrage a Tipaza a travaillé à perte ou qu’il avait une autre source d’approvisionnement que les deux autres à la même période. Or il se trouve que Tipaza est équipée de deux turbines General Electric,  les mêmes que celles de Taref, ce qui est quand même curieux pour le même fournisseur à quelque mois d’intervalles.

C-      A défaut d’avoir eu des précisions sur le nom et la position des centrales citées en référence pour justifier ces coûts effarants, quelques références inverses et portant sur le même matériel et les mêmes capacités ailleurs dans le monde, et en France en plus ou au Brésil  donnent les résultats suivants :

–         www.actu-environnement.com/ae/news/alstom_contrat_bresil_central_cycle_2844.php4

Le 13 Juin 2007 Alstom signe un contrat pour une centrale à cycle combiné au Brésil, pour un montant de 330 Millions d’euros, soit 460 millions de dollars pour 490 MWH, soit 936 Dollars le KWH, ou 1123,34 Millions de dollars la centrale équivalente à celle de Terga

–         www.euro-petrole.com/siemens-se-voit-confier-la-construction-de-la-plus-grande-centrale-a-cycle-combine-en-france-n-f-1380 2/2

Dans ce communiqué, Siemens annonce avoir obtenu la construction d’une mégacentrale à cycle combiné en France en Lorraine, pour un montant de  360 millions d’euros équivalents à 582 millions de dollars, et une puissance totale de 860 MWH, soit un prix du KWH  de l’ordre de 582 Dollars, et un projet équivalent aux nôtres pour 698 Millions de dollars. Il est à préciser que dans ce contrat, Siemens fournit l’intégralité des équipement et du montage sauf le génie civil, qu’on peut estimer à 25% du projet, portant ainsi ce dernier à un maximum de 870 millions de dollars, pas très éloigné de celui de Hadjret Ennouss avec une main d’œuvre autrement plus coûteuse en France.

–         En 2008, l’agence américaine de l’Energie estimait le coût du KWH produit en cycle combiné entre 398 et 859 dollars, en termes de coût de réalisation des centrales avec une majoration de coûts pour les petites centrales, ce qui n’est pas le cas des nôtres parmi les plus grosses au monde pour ce mode de production

Ces exemples concrets dont un pour Alstom pour la même année, sont le résultat d’une recherche sur le net de 25 minutes par un quidam non spécialisé, et qui défie les rédacteurs de cette newsletter de citer avec précision un seul des dix cas lancés à la volée en exemple pour noyer le poisson.

Un coût de réalisation de l’ordre de 1833 dollars le KWH pour General Electric et de 1916 dollars le KWH pour Alstom, relève du pillage, planifié, concerté et organisé des fonds du pays, en concertation et de connivence avec des cercles de décision qui dépassent de loin la Sonelgaz et son DG, même si celui-ci et quiconque aura accepté, signé ou même voté la passation de ce genre de marché est au même titre coupable si ce n’est plus que les commanditaires cachés de cette magouille sans nom.

Il n’a appartient donc pas à une newsletter dont les rédacteurs officiels n’ont normalement rien à voir avec cette affaire de disculper qui que ce soit ni même de l’inculper et encore moins d’usure de subterfuges vraiment cocasses pour ce faire, sans s’impliquer en aval de ce qu’ils n’ont pas contribué à faire en aval, à moins que le rédacteur officieux de cette mise au point ne soit un des commanditaires de l’aval de cette faillite organisée de la société, qui si elle doit amortir ses dépenses sur le coût de l’électricité ne pourra jamais le faire sur la durée d’amortissement de l’investissement, sauf à vendre le KWH à 100 DA ce qui est du pillage inadmissible des consommateurs.

Autre point bizarre dans cette mise au point, les rédacteurs semblent assez attachés à la paix sociale, au point de la mettre au centre des préoccupations ayant dicté la passation de ces marchés douteux, en se reposant sur une double spéculation l’une socio-politique relative à l’état d’esprit de la population suite aux délestages et l’autre à l’éventuelle augmentation des équipements une année plus tard sur le marché international.

S’étant découvert une compétence insoupçonnée dans des domaines qui échappent à son aire de compétence et d’utilité, la Sonelgaz affirme avoir contribué à éviter une explosion sociale avec ces marchés, alors qu’il n’ont été réceptionnés qu’en 2012. Ce qui est loin de sécuriser le régime durant les cinq années qui ont vu d’autres régimes aussi ou moins débiles sombrer corps et âme, et a lancé une spéculation sur le marché des équipements électriques qui soit dit en passant n’existe pas dans l’absolu, et qui s’est avéré tout faux, aussi faux que les données présumées de 2007. Les centrales ne coûtant pas plus ni moins cher en 2012 qu’en 2007, la différence étant dans la qualité des négociateurs des deux parties et la nature de la gouvernance des pays d’implantation des projets.

Unique point à la décharge des responsables de cette affaire au niveau de Sonelgaz, c’est que le nombre d’intervenants et de garde fous théoriques dans ce genre de marché, étant censé empêcher une éventuelle dérive, de la CNM au Conseil des ministres, en passant par le ministère de tutelle et celui des Finances, qui semblent avoir été neutralisés à tous les niveaux, donne à penser que tout ce beau monde tout aussi responsable a répondu aux injonction d’une seule et même partie au-dessus de tous, sinon cela n’aurait jamais marché de cette manière sans aucun couac de la base au sommet.

En conclusion

Cette affaire scabreuse étant pendante au niveau de la Justice, et ayant probablement des tenants et aboutissants politico-financiers, de loin plus haut et plus gluants que ceux de exécutants de la Sonelgaz. Cette précision qui sonne comme un appel au secours de boucs émissaires qui ne veulent ni payer seuls ni enfoncer leurs parrains qui sont à l’occasion les nôtres à nous tous malgré nous. Quelque en soient les auteurs réels, elles ne fait que renforcer la conviction que dans notre pays, les cadres publics peuvent tout faire sauf ce pourquoi ils sont officiellement payés. Cet état de fait est le pendant d’une gouvernance erratique dont les effets et les méfaits ne se limitent ni à cette affaire ni à une autre. Cela cerne tout le champ vital des citoyens comme une infection qui se répand dans tout le corps sans aucune exception jusqu’à traitement antibiotique de choc ou décès du patient.

Il est fort à parier que dans ces marchés comme dans certains autres plus lourds encore, les bénéficiaires directs de la manne ne sont ni les signataires ni les commanditaires locaux, mais les protecteurs temporaires occidentaux, qui moyennant alimentation de leurs machines industrielles ou même leurs poches à l’occasion, offrent aux supplétifs indigènes l’opportunité de continuer à perdurer et à se sucrer au passage moyennant une dîme aux parrains du monde.

En quelque sorte, les capizona locaux ont ordonné aux capigrupo de faire en sorte de ne pas mettre en colère ‘il capo de tutti capi’, chargé à chacun de manger à hauteur du calibre de sa cuillère. Le premier à payer étant évidemment le détenteur de la plus petite cuillère.  Et pour clôturer en paraphrasant Voltaire, « qui dîne avec le diable se munit d’une longue cuillère, sous peine de se brûler avant même l’arrivée des plats ».

Ferhat Ait Ali, analyste financier


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