DzActiviste.info Publié le ven 8 Nov 2013

Sur le mur de Wassila Tamzali

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Camus ne cesse de nous hanter. Pas moins de trois ouvrages écrits par trois noms des lettres algériennes, Salah Guemriche, Kamel Daoud et Salim Bachi, viennent s’ajouter à la masse des écrits, émissions, articles, rééditions, colloques, conférences qui déferlent en France. Une véritable avalanche d’événements pour la célébration du centenaire de la naissance du petit pied-noir de Belcourt et grand écrivain nobélisé. Tout a été dit et redit, mais la palme de la créativité revient à Salah Guemriche et Kamel Daoud qui ont eu chacun une idée géniale, même si ces deux idées se ressemblent : donner une suite algérienne à L’étranger. Trop étranger, comme on ne cesse de le dire.

Dans le livre de Salah G. Meursault est mort ce soir, mes rendez-vous avec Albert Camus *, monsieur Albert vient d’assister à l’exécution de Meursault, il s’éloigne de la foule et remarque un jeune homme. Les deux hommes entament une conversation surprenante. «Alors, je vous le dis… Meursault n’a pas tué un Arabe anonyme… il a tué mon père, monsieur Albert ! » Il dénonce ainsi le mensonge si longtemps partagé, à savoir que l’Arabe tué par Meursault n’avait ni nom ni visage. Par la magie de l’écriture et grâce à la liberté de Salah G., nous qui étions des ombres dans ces pages magnifiques que nous ne cessions de lire et relire, nous qui suivions de l’exil auquel nous avait réduit l’amour exclusif d’Albert C. et de ses coreligionnaires pour cette terre algérienne, qui suivions de si loin les plongeons de monsieur Albert entre les vagues et les rochers du rivage de Tipaza, voilà que nous avons enfin un nom et un visage.

Dans le livre de Kamel Meursault contre enquête** c’est le frère de l’Arabe qui parle. Et là aussi, nous sommes surpris. Kamel D. va là où nous ne l’attendions pas. A l’émission de France-Culture «Un autre jour est possible», il avoue à Tewfik Hakem que son personnage, le frère de l’Arabe, est plus proche de Meursault que de son frère tué. L’auteur avoue combien il est fasciné par Meursault. Et alors qu’on attendait qu’il rende à l’Arabe son humanité après tant de temps, c’est en Meursault qu’il trouve un message humaniste et universel.

Tant pis pour ceux qui espéraient voir sous cette plume, dont on sait qu’elle est tranchante, le spectacle de la vieille querelle qui fait encore florès dans le microcosme des lettres algériennes, la dispute FLNo-nationaliste (pour reprendre Kamel) contre Camus. Eh bien non ! S’il fallait apporter la preuve que Camus fait partie de l’imaginaire et de l’univers des écrivains algériens post-coloniaux, à travers ces deux livres en particulier, elle serait faite.
*Meursault est mort ce soir, Salah Guemriche, version e-book, disponible par Amazone, 2013.
**Meursault contre enquête Ed. Barzak, 2013.


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