DzActiviste.info Publié le mer 30 Avr 2014

Taxis : Alerte à la clochardisation de la profession

Partager

 

C’est certainement une minorité parmi les 9000 chauffeurs de taxis en activité à Oran qui adopte des comportements indignes… mais c’est suffisant pour entacher toute la corporation et tirer la sonnette d’alarme au sujet d’une clochardisation galopante de la profession.

«Je ne comprends pas pourquoi on permet à des chauffeurs de taxis d’exercer en «tchangla» (tongs)  et en survêtement», s’indigne un client habitué à prendre ce moyen de transport dans une grande ville où les transports en commun ne sont pas encore assez développés. L’habit ne fait pas le moine mais ce genre de tenues traduit en général des vulgarités dans le langage et une posture qui signifie que le client n’est jamais roi. «Sur le trottoir, je fais signe à un taxi, je constate qu’il est vide, il s’arrête, je lui indique une destination tout à fait ordinaire et à l’intérieur du périmètre urbain mais, dans un cas sur trois en moyenne, il me dit que ce n’est pas sa destination et il s’en va!», s’étonne un autre usager qui n’a pas d’autre choix que de prendre son mal en patience et d’attendre.

Aussi, aujourd’hui que la cigarette est reconnue comme nocive pour la santé et que la loi interdit de fumer dans les lieux publics, ce sont les chauffeurs qui imposent leurs habitudes et gare aux clients qui osent rouspéter ! On peut multiplier les exemples à l’infini. «Je ne défends plus les chauffeurs de taxis mais seulement la profession car on assiste effectivement à un véritable phénomène de clochardisation.» Venant du secrétaire général de l’Union nationale des chauffeurs de taxis, un des syndicats autonomes représentatifs, il y a de quoi s’alarmer. Sidi Mohamed Ouahrani, qui exerce depuis 37 ans, se souvient, photos à l’appui, de son père également chauffeur de taxi qui travaillait avant 1981 en costume cravate. «Je ne parle pas de l’uniforme, je dis costume cravate et c’était un choix personnel par respect pour son métier», ajoute-t-il avec dépit car lui-même est dépassé. «L’Etat est absent», s’insurge-t-il en évoquant un exemple parmi les plus graves. «Nous avions à traiter un cas de détournement de mineure et consommation de drogue.

Nous avons tout simplement déclaré que la commission était incompétente à statuer sur un tel délit qui relève du pénal !» Ce cadre syndical, lui-même tombé en panne, a été victime du comportement indigne d’un taxieur et, comme beaucoup d’autres clients, n’a pas jugé utile de retenir le numéro pour porter plainte.

manquement à la règlementation

Evidemment, la majorité des chauffeurs de taxis adoptent des comportements corrects mais c’est en référence à un passé pas très lointain où la corporation était surveillée de près pour parer au moindre manquement à la règlementation que cet exemple a été donné. C’est l’illustration du relâchement comparé à son époque quand, se remémore-t-il, une brigade spéciale, formée par un représentant de la direction des transports, de la police (seule habilitée à retirer les papiers en cas de délit) et du syndicat (pour garantir les droits des chauffeurs de taxi), sillonnait la ville pour s’assurer du respect des lois.

Les stations de taxis ont fini par être abandonnées comme l’est l’obligation d’assurer une permanence de nuit (une fois par mois pour chaque intervenant). Conséquence, beaucoup de taxis compteurs profitent, par exemple, de la situation en stationnant devant les gares pour proposer leurs services aux voyageurs mais avec des tarifs exorbitants pratiqués en toute illégalité. Pourtant, certaines revendications posées par les taxieurs ont été satisfaites mais sans que cela se traduise positivement sur la qualité du service. Des rencontres et des assemblées générales sont prévues dans les prochains jours et la direction des transports semble être disposée à trouver des solutions (globales, c’est-à-dire incluant les problèmes posés par la corporation elle-même).

En effet, les détenteurs de licences de taxis (louées à raison de 5 000 DA auprès des ayants droit) sont concurrencés par les compagnies de taxis dont le nombre a augmenté de manière exponentielle. On en recense plus de 70 aujourd’hui. «C’est l’évolution normale du marché du transport», admet-on au sein des syndicats mais c’est l’idée que ces entreprises se montent avec un simple registre de commerce, c’est-à-dire sans obligation de passer par la location d’une licence, qui est mise en avant.  Au départ, il y a près de dix ans, les premières sociétés comme Aziz avaient adopté des règles de conduite irréprochables et réintroduit le concept de radiotaxi. Aujourd’hui, il est difficile de faire la différence.  
                        


Nombre de lectures: 169 Views
Embed This