DzActiviste.info Publié le sam 5 Avr 2014

Télés privées et campagne présidentielle, censure sans gêne (source El Watan DZ)

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Télés privées et campagne présidentielle, censure sans gêne (source El Watan DZ)

Gare aux chaînes satellitaires privées qui oseraient émettre des critiques à l’endroit du pouvoir ! Le faire, c’est risquer l’écran noir. L’étau se resserre sur la libre parole à la veille de l’élection présidentielle du 17 avril.

La liberté d’expression se trouve encore une fois en danger. Le pouvoir s’acharne à faire taire toute expression libre qui ne soit pas en faveur d’un 4e mandat. Après la fermeture de la chaîne Al Atlas TV le 11 mars dernier, deux émissions de la chaîne Dzaïr TV viennent de faire les frais de cette pratique pourtant révolue : la censure. La première victime est l’émission «Système DZ». Tout a commencé le 30 mars, lorsque les chroniqueurs et comédiens de la chaîne du magnat Ali Haddad – proche du cercle présidentiel et principal bailleur de fonds de la campagne de Bouteflika – ont révélé avoir été payés pour leur participation au clip de campagne de Abdelaziz Bouteflika. Le lendemain, l’émission était supprimée de la grille de Dzaïr TV. Le jour d’après, c’est au tour de l’émission «Controverse» de la même chaîne de subir la censure. A cause, apparemment, de son ton libre qui a permis au président du parti Jil Jadid, Soufiane Djilali, de tenir la dragée haute au représentant du président-candidat. Selon Soufiane Djilali, «c’est l’entourage direct du président de la République qui est intervenu pour faire annuler l’émission». «Cet acte liberticide ne fait que confirmer notre conviction que l’Algérie vit, à travers cette pseudo-élection présidentielle, un véritable coup de force pour contraindre la nation à accepter à sa tête un homme invalide et justifier la mainmise d’une clique sur le pouvoir par procuration», estime-t-il dans un communiqué parvenu à notre rédaction. Gare ainsi aux chaînes satellitaires privées aptes à émettre des critiques à l’endroit du pouvoir. Le faire, c’est risquer l’écran noir. Ne sont apparemment tolérées que celles qui adoptent une ligne éditoriale docile à l’égard de Abdelaziz Bouteflika, telle Ennahar TV. Mieux encore, des chaînes de télévision sont créées dans les laboratoires du système, notamment Al Wiam TV (réconciliation) lancée en trois semaines avec des moyens colossaux et sophistiqués et une équipe performante de professionnels, puisée dans les meilleurs studios et rédactions des médias publics. Al Adjwaa, totalement en faveur de Bouteflika, a vu le jour dans le sillage de la présidentielle. C’est dire que le pouvoir n’est nullement disposé à ouvrir sérieusement le champ audiovisuel, surtout pas à la veille d’une échéance aussi capitale que la présidentielle. Il faut souligner que la liberté d’expression a toujours été menacée en Algérie. Ainsi, les Débats d’El Watan autour du thème «Statu quo autoritaire : quel coût pour l’Algérie ?» ont failli ne pas avoir lieu, un certain 9 novembre 2013. En mai 2013, deux publications, Djaridati et Mon Journal, ont été interdits de parution et leur directeur poursuivi pour avoir annoncé une «détérioration» de la santé du Président. Le parquet d’Alger avait alors ordonné l’ouverture d’une information judiciaire pour «atteinte à la sécurité de l’Etat» contre Hichem Aboud, le directeur de publication des deux quotidiens censurés. Plus loin encore, Le Matin de Mohamed Benchicou est interdit par le régime de Bouteflika depuis 2004, et ce, après la parution de son livre Bouteflika, une imposture algérienne. Cette réalité a suscité des réactions de la part des ONG de défense de la liberté d’expression. Dans son dernier rapport 2014, l’ONG américaine Human Rights Watch (HRW) a épinglé l’Algérie sur le monopole qu’elle exerce sur l’information, l’accusant de gérer «toutes les stations de télévision et de radio» à travers lesquelles elle «diffuse la ligne officielle», notamment sur les «questionsclés, telles que la sécurité et la politique étrangère et économique». HRW avait affirmé, à juste titre, que les autorités algériennes «ne tolèrent pas de commentaires dissidents ou de reportages critiques». Chèrement acquis depuis les événements d’Octobre 1988, le pluralisme médiatique en Algérie ne cesse d’être menacé. Et le champ des libertés ne s’est jamais autant rétréci qu’à la veille de la période électorale…


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