DzActiviste.info Publié le dim 10 Mar 2013

Témoignons de cette ténébreuse époque de notre pays!

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France colonialeKader CHEBBAH

Je suis né en France d’origine Algérienne dans cette sombre époque de la villa Sésini, de la ferme Améziane, de la prison Barberousse et malheureusement tant d’autres tout aussi lugubres d’histoires… je suis auteur de deux ouvrages parus récemment auprès d’Edilivre, une petite maison en région parisienne, De chair et de sang a pour principal thème le devenir de l’Algérie depuis son indépendance et les valeurs oubliées avec pour thème la France dans son schème tel qu’elle se présente, et dans sa réalité tel qu’elle se recroqueville en cache de sa vérité… Je travaille actuellement sur un ouvrage en rapport ou en complément de ces ouvrages et plus particulièrement sur l’Algérie du début de sa colonisation à son indépendance et de la manière dont est traitée cette dite population Algérienne à qui l’on veut inculquer que leur octroyer un minable papelard (Carte de résident) appuyé avec ostentation non dissimulée comme marque de bienveillance accordée dans un soi-disant élan de grande générosité, alors que pendant 132 ans, c’est à coup de rafales de mitraillette qu’il était exigé du pays et de son peuple d’être Français…
Mais aussi, mon combat et mon indignation, reste de dénoncer la violation ouverte des droits de l’homme dans ce pays qui m’a leurré tout au long de l’escalade des marches de ma vie à me faire croire en cette noble devise de la liberté, l’égalité et la fraternité. Il ne m’ait pas étranger que bien d’autres l’ont fait avant moi, loin de moi l’idée d’une quelconque discrimination ou d’une quelconque dépréciation de leur travail et encore moins l’idée saugrenu d’être infecté du syndrome de la grosse tête à me faire valoir mieux ou supérieur à qui que ce soit, mais je reste avec cette triste et malheureuse conviction que l’homme en général dans son euphorie a cette tendance de circonscrire d’un lambeau des plus important l’histoire selon le degré de son implication ou de celle de ses proches ou à l’inverse selon ses fantasmes de l’extrême de l’inconscience l’enjoliver rien que pour le plaisir de paraître intéressant.
Seul les protagonistes, les témoins directs, et les victimes restent à mon humble avis, détenteurs de la pure et stricte vérité… Pour ces derniers, il est évident que ce n’est ni de leur charnier, ni de leur tombe sommaire, ni de l’orée d’un bois sous un bosquet, au fond d’une rivière ou d’un puits qu’ils viendront nous raconter la plus infime parcelle de leur incompréhension de s’être retrouvé là… Les protagonistes, ma foi, ce n’est certainement pas d’eux que je m’attendrais à ce qu’ils s’étendent sur un passé qui leur aient acte des plus honteux, hormis quelques élucubrés tels Aussaresses ou J. M. Le Pen, quant aux témoins directs, beaucoup ont fait choix de se taire ou de se réfugier dans le creux de l’oubli J’ai pu prendre au prix de partage d’émotions des plus contraignantes quelques témoignages en grande Kabylie d’où je suis originaire, à Alger, Constantine, Oran et même dans des recoins des plus désert d’Algérie, mais ils restent entravés par la blessure de leur mémoire invalidante… Cependant, c’est en France que j’ai rencontré le plus d’embargo à l’encontre de l’histoire Algérienne, elle reste je pense le seul pays, du moins de ceux dits hautement civilisés, à mettre entrave au récit de ce tragique et horrible passé. J’ai perdu des proches parents, d’ailleurs qui des Algériens n’aura pas eu à déplorer un grand parent, un père, une mère, un frère, une sœur, un proche, un ami, dans ces horreurs que certains illuminés de la cervelle ont qualifiés de prestigieux exploits… Je ne connais pas la haine que je considère comme atteinte à la morale… Le bien et le mal restent de libre choix de chemin à tout un chacun.

Pour ma part, je reste de principe qu’il n’est pas des plus civilisés que de couver son abcès à s’engorger de son pus à attendre qu’il n’éclate et s’exhale de son odeur nauséabonde… Pour le moins, lorsque l’on aspire à l’ouverture d’un éventuel apaisement de l’âme ou d’une éventuelle reconstruction d’avenir… Très tôt dans ma jeunesse, des rumeurs m’ont dessinées une France de dogmes erronés, mais je me suis obstinément et fermement opposé à tout ce que je voulais considérer comme insinuation calomnieuse, ma pensée se refusant à franchir l’au-delà de ces rumeurs, la peur peut-être… La peur d’apprendre, de connaître une vérité qui serait au-dessus de mes forces que d’en supporter son mal… J’aurai tant et tant voulu du tréfonds de mon âme, qu’elle ne soit avérée…

S’il m’est un regret, c’est celui d’avoir gâché tout ce temps de ma vie à vouloir croire en la France. Le serment que je me suis fait pour le peu de vie qui me reste, c’est de déterrer squelette après squelette de dessous les racines de chaque arbre en Algérie et même d’ici des dessous de la terre française, de la vase de la Seine, de chaque voûte, de chaque monticule de terre, de chaque nom de disparus, je trifouillerais aux entrailles de la gorge de chaque vieux, de chaque vieille algérienne, qui même si il ou elle ne savent pas écrire, leur mémoire restent d’illustres livres ouverts, j’y arracherais bribe par bribe de leur pénible vécu, de la moindre atrocité de leur vue, j’irai fureter le plus infime des témoignages avec le plus grand des honneurs vers ces nobles Français qui feront choix de soulager quelque peu de leur conscience, et je sais qu’il en existe grâce à Dieu, et je salue le cran et l’honnêteté qu’ils auront d’assumer et de répondre de leur présence en ces lieux qu’ils ont fini par maudire, ici ou là-bas et je leur dirais qu’ils n’ont pas à culpabiliser, qu’ils ne pouvaient rien face à une à une procédure militaire et policière qui reste d’ordre irrévocable, d’imposition d’idées et de comportements aussi abject soient-il… Jusqu’à la dernière expiration de mon souffle, je n’aurai cesse de demander à la France de reconnaître légitimité de défense et justice pour ces enfants, ces femmes, ces hommes qui ont payé du tribut de leur vie, pour ce qui reste dans la normalité des choses, conforme à la loi, à l’équité… Tout simplement la liberté de leur pays ! Au nom de ce même combat qu’ont livré ces hommes, ces femmes, ces enfants, pour que la France soit libre… Ma demande consiste à solliciter quelques renseignements d’hommes ou de femmes ayant vécues ou vues de cette ténébreuse époque de notre pays. Quoi qu’il arrive, même si cas de refus, veuillez je vous prie être assurés de mes salutations des plus respectueuses.

Kader CHEBBAH


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