DzActiviste.info Publié le ven 24 Oct 2014

Tibhirine: Alger confisque des preuves

Partager

image

Par Jean-Baptiste Rivoire, le 23 octobre 2014.

Le 23 octobre 2014, à Paris, l’avocat des familles des moines de Tibhirine, Maître Patrick Baudouin, entouré de Françoise Boëgeat, nièce du frère Luc Dochier et d’Elisabeth Lebreton, soeur de Frère Christophe, a dénoncé l’attitude des autorités Algériennes. En refusant que Le juge Trévidic examine, en Algérie ou en France, les prélèvements effectués sur les têtes des moines, Al“confisquerait” des pièces clé de l’enquête.

Une attitude d’autant plus troublante que les premiers éléments recueillis par les experts Français tendraient à contredire la version officielle (égorgement des moines par le GIA le 21 mai 1996) sur deux points clé:

La date de la mort: l’examen des crânes laisserait penser qu’il s’est passé plus que 8 jours entre la date de la mise en bière des crânes (au plus tard le 29 mai 1996) et la date de la mort (officiellement, le 21 mai 1996, selon le communiqué signé GIA). En clair, les moines ont vraisemblablement été tués AVANT le 21 mai 1996. Si ces premières constatations se confirmaient, cela viendrait corroborer trois témoignages recueillis en 2011.

L’un émanait d’un agent du DRS en poste au CTRI de Blida, que nous appelleront le “lieutenant Kamel”. Etrangement très bien informé du déroulement précis de l’enlèvement et de la séquestration des moines, il m’a affirmé en 2011 que Christian et ses frères avaient été tués “environ un mois après leur enlèvement”, au plus tard “fin avril” et non pas, comme l’affirme le communiqué signé “GIA”, le 21 mai.

Un autre témoin, l’ancien informateur du DRS Karim Moulai, avait déclaré en septembre 2011 sur Canal plus et confirmé sur procès verbal en 2012 devant le juge Trévidic que les moines avaient été exécutés par des collègues du DRS (dont il donne les noms) “vers le 26 ou le 27 avril 1996” et non pas le 21 mai.

Surtout: Raymond Nart, l’ancien numéro 2 de la DST, nous a raconté en 2011 se souvenir très précisément d’un appel téléphonique qu’il avait reçu de son “ami” le général Smain Lamari, (alors numéro 2 du DRS, décédé en 2007). Ce matin là, Smain lui aurait lâché: “voilà, Raymond, on a retrouvé les têtes des moines à un carrefour de route, près de Médéa, dans des sacs”. Détail clé: Raymond Nart affirme se souvenir précisément que ce coup de fil lui est parvenu ”plusieurs jours avant le 23 mai, date de la révélation par Medi 1 du communiqué signé “GIA” datant la mort des moines au 21 mai.  ”Peut être pas une semaine avant, estime Raymond Nart, car le pouvoir politique n’aurait pas gardé une information secrète aussi longtemps. Mais le lendemain de ce coup de fil dont j’ai informé Jean-Louis Debré, personne ne le savait. Le surlendemain non plus. Je pense que c’était soit le vendredi (17 mai 1996), soit le lundi” (20 mai 1996).

Si, comme nous l’affirmait Raymond Nart en 2011, Smain Lamari était informé de la mort des moines dès le 17 ou 20 mai 1996, cela corroborerait le fait qu’ils n’ont pas été tués le 21 mai… Le communiqué signé “GIA” datant la mort du 21 serait donc un faux “communiqué GIA”, comme le DRS en rédigeait régulièrement à l’époque, vraisemblablement destiné à accréditer l’idée d’un crime islamiste.

Les causes de la mort: l’examen des crânes laisserait penser que les moines ont été décapités post-mortem. Or les autorités Algériennes ont toujours affirmé (sur la foi du fameux communiqué signé “GIA” du 21 mai 1996), qu’ils avaient été “égorgés”. Là encore, si elles étaient confirmées, ces premières constatations des experts Français iraient dans le sens d’une exécution par un autre mode que celui admis jusque là, avec une décapitation post-mortem de nature à accréditer la thèse du crime islamiste. En clair, un maquillage des vraies causes de la mort.

Le refus d’Alger que le juge Trévidic puisse examiner les prélèvements effectués sur les crânes est problématique pour une troisième raison. Seuls, ces prélèvements permettraient de s’assurer que les sept crânes entreposés par les autorités Algériennes dans les cercueils fin mai 1996 sont bien ceux des sept moines de Tibhirine.
Pour mémoire, quand leur supérieur, le père Armand Veilleux, avait obtenu, à force d’insister, le droit d’identifier ces sept crânes, il avait eu des doutes sur au moins deux d’entre eux. Fin mai 1996, deux crânes ont-ils été remplacés dans les cercueils pour éviter de laisser apparaître des indices troublants? seul, l’examen approfondi des prélèvements permettrait d’en avoir le coeur net. Mais une fois de plus, pour des raisons inexpliquées, Alger entrave l’enquête du juge Marc Trévidic. Jusqu’à quand?

http://tibhirine-tibehirine.tumblr.com/post/100743297472


Nombre de lectures: 1056 Views
Embed This

Commentaire



Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

XHTML: You can use these html tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>