DzActiviste.info Publié le lun 7 Avr 2014

TIMRI MOUSSA, voyage au bout …de nulle part (source l’Expression)

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TIMRI MOUSSA, voyage au bout ...de nulle part (source l'Expression)

Timri Moussa (photo ci contre (El Djamaâ Oussoumeth servait à l'ALN et au colonel Amirouche de poste d'observation) a payé cher sa contribution à l'indépendance de l'Algérie pour que ses enfants puissent vivre sur la terre de leurs ancêtres. Plusieurs mois sont passés après une première expédition vers Tardât. Une décision pour une nouvelle aventure vers le village ancestral, et cela est bien une, fut prise sans aucune organisation préalable par quelques passionnés et inconditionnels de Timri Moussa. Rendez-vous fut pris pour le 21 /12/2014 à Béni Ksila, chef-lieu d'une commune qui n'a d'une commune que le nom, du moins de son côté Ouest, à l'ouest d'une frontière naturelle: l'oued Dass. Un oued qui sépare la commune en deux territoires bien distincts. L'un, à l'est, plus ou moins développé, l'autre, celui dont je parle ici, complètement abandonné. Et pourtant, c'est celui-là qui recèle le plus de potentialités pour un essor important avec un minimum de volonté: la mer, le port, la route, la forêt, la situation géographique, un territoire encore vierge… et une population juvénile au chômage. Mais… ce n'est pas notre propos ici. Beaucoup de monde était là. Des vieux, des jeunes, des moins jeunes, et même des enfants étaient présents, dans un état fébrile, impatients de voir du paysage. Des véhicules étaient là, des 4×4, des 4×2, des 2×2 qui finirent en 0x0, tant la route est dans un état catastrophique… La route s'anima. Le convoi s'ébranla sur la piste boueuse qui monte vers Timri Moussa, traversant des lieux vides, entre autres, Ighil Khelil, Athrouche, Abdelmoumen et Ath Ouali. Nous traversâmes ces lieux dans un silence religieux. Emotion, désolation, tristesse et aussi un peu de colère. C'étaient les mots qui résumaient le moment présent. Le comble fut atteint à l'approche de l'objectif: l'émotion envahit tout le monde: des vieux éclatèrent en sanglots, les moins jeunes se retinrent et les enfants ne comprirent rien… Revenons à l'état de la route. Cette route, il faut le répéter, relie la RN 24 (route reliant Tigzirt et Azeffoun à Béjaïa, passant par Béni Ksila) à la RN 12 (au lieudit «42ème», reliant Tizi Ouzou, Yakourène à Béjaïa en passant par Adekar et El Kseur). Cette route qui n'est en fait qu'une piste, impraticable même en 4×4, fut ouverte il y a fort longtemps par les villageois avec leurs propres moyens. Elle n'est plus fréquentée depuis plus de deux décennies, insécurité oblige. S'y aventurer aujourd'hui est une véritable aventure. Faut-il rappeler aussi que la population des villages sise sur cet axe a tout fait pour se faire entendre par les autorités à tous les niveaux: APC, daïra, wilaya et certains ministères… des dossiers de toutes sortes ont été confectionnés et remis à qui de droit. En vain… Peut-être pas. La bureaucratie et la «non-volonté» freinent ou bloquent toute initiative d'où qu'elle vienne. Hélas. Depuis de nombreux mois, la Radio algérienne Chaîne II et Saïd Fréha, producteur de l'émission «Portrait de mon village» s'étaient investis à sortir de l'anonymat cette région historique oubliée. Aussi, parmi les expéditionnaires, étaient présents la radio et l'ami de tous, Ammi Saïd, pour certains, Dda Saïd pour d'autres… un reportage fort émouvant fut diffusé vendredi soir, 28 mars 2014: interviews de Saïd Fréha et réalisation de votre serviteur. L'émotion était présente tout au long du «voyage». «Pèlerinage» serait le mot juste. La montée fut très difficile. C'était un véritable chemin de croix. Beaucoup de larmes. De rires. De solidarité aussi: les uns et les autres s'entraidaient à dégager un chemin, boucher les crevasses et les trous béants creusés par les eaux, enlever les rochers, les pierres, les troncs d'arbres et les branches qui jonchaient la piste pour faire un chemin aux véhicules: seuls les quelque 4×4 réussirent à passer. Arrivés essoufflés au village, les villageois choisirent, d'un commun accord, un espace à «El Khemis» pour y bâtir une bâtisse qui servira de Djamaâ et surtout de «tajmaât», un lieu de rassemblement de la population. Le géomètre-topographe était sur les lieux pour effectuer un relevé topographique. Beaucoup de jeunes et de moins jeunes décidèrent de profiter de la présence des «anciens» et du géomètre pour régulariser la situation administrative et juridique des terres de leurs parents. Ils découvrirent ainsi, pour la première fois de leur vie, les lopins de terre de leurs aïeux. A défaut d'acte de propriété, un certificat de possession délivré par l'APC suffira. Ceci montre, une nouvelle fois, la volonté de retour de la population. Suite à la diffusion du reportage sur les ondes le la Chaîne II, l'intervention du directeur des travaux publics de la wilaya de Béjaïa, M. Ourabah, rendit un espoir certain à toute la population de la région en invitant le président de l'APC de Béni Ksila et l'association Agdud n'Timri Moussa à son bureau afin de trouver un moyen d'améliorer l'état du chemin menant à Tadart. Des solutions existent. Cela ne se fera qu'avec la collaboration de l'APC. Questions: l'édile de Béni Ksila se rendra-t-il à la DTP de Béjaïa le jour prévu? S'intéresse-t-il aux préoccupations de ses électeurs? Tout dépendra de lui. Attendons pour voir. Il est utile de rappeler que Timri moussa est un haut lieu de la lutte pour l'indépendance de l'Algérie. De par sa situation géographique et de son inaccessibilité, la puissance coloniale n'a jamais réussi à y poser un pied, ce qui a provoqué sa destruction par les airs, un certain 25 août 1956. La population y était encore, et par la grâce divine, il n'y eut qu'un seul mort et huit blessés. La région qui était fort boisée fut brûlée par les contingents sénégalais. Le sommet culminant du village, El Djamaâ Oussoumeth, notre symbole, servait à l'ALN et au colonel Amirouche de poste d'observation et de commandement, de lieu de repos et de repli. Il faut savoir aussi que seul un moudjahid, un seul, de Timri Moussa avait pu revenir vivant du maquis, tous les autres étaient tombés au champ d'honneur. Pas un seul prisonnier pris parmi la population ou au maquis, de Timri Moussa n'est revenu vivant. Ils ont tous été exécutés par l'armée d'occupation. Timri Moussa, a payé cher sa contribution à l'indépendance de l'Algérie pour que ses enfants puissent vivre sur la terre de leurs ancêtres. Mais ce n'est guère le cas. Le ministère des Moudjahidine devrait s'intéresser de près à ce village et à ce qui reste d'une maison qui servait de poste de commandement et de tribunal au colonel Amirouche. Elle appartenait à un certain Mellal Hocine, grand-père de celui qui commet cet article. Il faudra rappeler aussi que cette région fut un passage obligé pour le transport d'armes depuis la Tunisie… Timri Moussa fait partie d'une région historique qu'il ne faudra pas jeter aux oubliettes. Economiquement, les secteurs du tourisme, du sport, de la culture, de l'agriculture, de l'hydraulique et d'autres encore trouveront, à coup sûr, leurs comptes. L'accès, la route, est l'élément fondamental pour que tout cela soit réalisable. Et c'est ce qui manque. Timri Moussa, on s'en est souvenu, mais..


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