DzActiviste.info Publié le mer 30 Jan 2013

Transparency critique l’opacité dans les dépenses militaires.«Le secteur de la défense échappe à tout contrôle»

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Transparency critique l’opacité dans les dépenses militaires

«Le secteur de la défense échappe à tout contrôle»

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El Watan le 30.01.13

L’Algérie figure parmi neuf pays présentant des risques critiques, à cause de l’absence de mécanismes de base, comme la mise en examen, rendant l’institutionnalisation des mesures anti-corruption dans ce secteur quasi impossible.

Dans un nouveau rapport de Transparency International basé à Londres, consacré au risque de corruption dans le secteur de la défense, l’Algérie figure parmi neuf pays «présentant des risques critiques, à cause de l’absence de mécanismes de base, comme la mise en examen, rendant l’institutionnalisation des mesures anti-corruption dans ce secteur quasi impossible».
L’Algérie partage ce classement, dernier d’une liste de 82 pays examinés, avec l’Angola, le Cameroun, la RDC, l’Egypte, l’Erythrée, la Libye, la Syrie et le Yémen. L’indice en question a étudié «les méthodes mises en place par 82 pays afin de réduire les risques de corruption.

Ces pays représentent 94% des dépenses mondiales militaires de 2011, un équivalent de 1,6 trillion USD. Les pays sont classés dans des groupes allant du taux de risque le plus bas (A) au taux le plus élevé (F) correspondant à des évaluations détaillées couvrant 77 indicateurs répartis sur cinq zones à risque du secteur : politique, financier, de personnel, opérationnel et d’approvisionnement». Dans le cas de l’Algérie, classée F en termes de risque de corruption politique, l’indice souligne que «l’énorme influence de responsables de haut rang dans le secteur de la défense et la sécurité empêche tout contrôle». Et de préciser que les données de l’étude du cas Algérie révèlent que «l’organisme national pour la prévention et la lutte contre la corruption ainsi que l’Inspection générale des finances IGF sont faibles… Il n’existe pas d’institutions luttant contre la corruption ciblant spécifiquement le secteur de la défense».

L’indice de Transparency Londres relève aussi l’absence de toute indication ou informations relatives à l’octroi du budget au secteur de la défense et ses dépenses.
En outre, la vulnérabilité devant le risque de corruption est encouragée par «les liens existant entre le secteur de la défense avec celui des hydrocarbures et le trafic d’armes» en notant que le Département du renseignement et de la sécurité manque de transparence.
En matière de risque de corruption financière, le rapport précise que les dépenses consacrées à la sécurité sont inconnues et échappent à tout contrôle, alors qu’une loi de prévention et lutte contre la corruption datée de 2006 propose de lutter contre les dépenses en dehors des budgets réglementaires. L’opacité et l’absence de données augmentent les risques de corruption, note l’indice en ajoutant que «la puissante armée détient des entreprises commerciales échappant à tout contrôle». L’indice précise par ailleurs que la protection des dénonciateurs n’est pas garantie et qu’ils ont tendance à fuir ou à défaut à éviter les répercussions. «Bien que le personnel du secteur perçoive à temps son salaire, la transparence dans le système de rémunération est affectée… Il n’existe aucun mécanisme au sein de l’armée pour lutter contre la corruption, que ce soit en termes de formation ou de contrôle dans les passations de marchés… Les entrepreneurs militaires privés constituent une véritable industrie dans le pays qui échappe à tout examen.»

Insistant sur le point des passations de marchés, l’indice de Transparency souligne que la législation ne s’occupe pas des secteurs de la défense et de la sécurité. «Alors que les marchés de défense sont théoriquement soumis à un concours ouvert, dans la réalité, ce sont les relations personnelles qui décident des fournisseurs, ce qui donne à ces derniers une certaine influence. Des risques de malversation sont avérés.» Et de noter : «Il y a un manque de transparence dans la réglementation, la diligence et la concurrence concernant les contrats de compensation.» Transparency met en garde contre le risque sur la sécurité des pays que la corruption peut engendrer dans le secteur de la défense. «70% des pays laissent la porte ouverte à l’insécurité nationale, car ils manquent d’outils leur permettant d’empêcher la corruption du secteur de la défense», est-il noté dans l’indice de Transprency, dont l’objectif est d’évaluer les mesures prises par les gouvernements afin de prévenir et de contrer la corruption dans la défense.

«Plus de deux tiers des plus grands importateurs ainsi que la moitié des plus grands exportateurs d’armes du monde sont concernés par ce problème.» «La corruption de la défense est dangereuse, crée des désaccords et du gaspillage ; ce sont les citoyens, les soldats, les entreprises et les gouvernements qui en paient le prix. Mais la grande majorité des gouvernements ne prennent pas assez de mesures pour la contrer, lui permettant ainsi de la cacher de nombreuses manières aux yeux du public et de dilapider de l’argent qui pourrait être mieux utilisé», explique Mark Pyman, directeur du programme de défense et sécurité de Transparency International UK. A la faveur de ce rapport, Transparency International demande aux gouvernements «de rendre ce secteur, traditionnellement mystérieux et impliquant de nombreux contrats publics, plus ouverts et transparents.

Les administrateurs de la défense devraient permettre aux citoyens d’accéder aux informations concernant le budget et l’approvisionnement. Les législateurs devraient pouvoir surveiller de manière plus efficace ce secteur, ce qui leur permettrait de réduire les risques de corruption». Selon des données de la Banque mondiale et de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) citées par l’Indice de Transparency, le coût mondial de la corruption dans le secteur de la défense est d’au moins 20 milliards USD par an. «Cela équivaut aux sommes promises au G8 de 2009 pour la lutte contre la faim dans le monde», note le rapport en signalant que dans 70% des pays, «les citoyens n’ont droit à aucune information sur le budget dépensé par leur gouvernement concernant les opérations secrètes».

Nadjia Bouaricha


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