DzActiviste.info Publié le dim 14 Juil 2013

TRICHERIES AU BAC : élève copieur, militant fraudeur, ministre voleur

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http://www.algerie-express.comTricheur au bac

Publié le dimanche 14 juillet 2013 15:3
 Rachid Bali

Quand un pouvoir dégénéré installe la crise morale dans les mœurs, la pire des horreurs devient banalité. Des milliers d’élèves, pris en flagrant délit de tricherie à l’occasion de l’examen du baccalauréat, ont manifesté dans la rue algérienne pour dénoncer les sanctions qui risquaient de les atteindre.

Apparemment, aucun des 200 000 policiers que compte notre beau pays n’était disponible pour empêcher ou contenir cette autre nouveauté algérienne : l’officialisation du droit à la prébende.  Les parents des apprentis escrocs ont accompagné la protestation de leur progéniture. Et comme pour donner encore plus de poids à «  cet acquis », la triche eu lieu lors de l’épreuve…de philosophie. Quitte à innover, autant faire les choses en grand et en profondeur.

Dans un premier temps, l’administration de tutelle, chargée d’insuffler la citoyenneté chez nos enfants, a préféré ignorer un délit commis à large échelle et ouvertement assumé. Il a fallu que des enseignants, reliquat moral d’une éducation évanescente,  organisent un sit-in pour que le ministère de l’éducation nationale admette enfin la réalité du forfait et convienne d’appliquer, en partie, le règlement aux fautifs les plus actifs. Les autres, ceux «  qui ont été entraînés dans la triche », pour reprendre la savoureuse formule du ministre de l’éducation nationale doivent être traités avec ménagement sinon compassion.

La direction de la Ligue des droits de l’homme, trop occupée à se répartir les subsides octroyées par les ONG, n’a pas pipé mot. L’union des associations des parents d’élèves de la wilaya d’Alger, proche du cercle présidentiel, a cru devoir trouver des circonstances atténuantes à un scandale pédagogique doublé d’ une violation des lois et règlements, le tout commis dans l’antre de l’institution supposer éduquer, c’est à dire apprendre au citoyen de demain, le sens du droit et du devoir.

Pour couronner le tout, le premier ministre, indécrottable farceur, désavouant publiquement son ministre de l’éducation, intervient et rassure les jeunes loubards en déclarant tout de go qu’il n’y aurait aucune mesure de rétorsion contre ces surdoués de la magouille qui, finalement, ne font qu’anticiper l’exerce de la rapine sur lequel est fondé un pouvoir dont il n’arrête pas de goûter les suprêmes délices depuis l’absence de son tuteur.

Dans un sens, M. Sellal est cohérent dans sa démarche en matière de politique des jeunes. C’est bien lui qui a expliqué il y a quelques semaines que : «  si nous créons les conditions qui permettent au jeune de s’amuser et de se défouler, il oubliera la politique et ne pensera pas à manifester. » Le laxisme devant la triche, même si, en l’occurrence, il n’a pas empêché la manifestation, n’est qu’un défoulement poussé à l’extrême. Et puis, quand on a organisé deux campagnes électorales de Bouteflika qui ont abouti à des scores roumains, on ne peut qu’apprécier ces  jeunes pousses, parfaits disciples, qui promettent de perpétuer la pratique délictueuse qui a tant réussi depuis 1962 et, pourquoi pas, dépasser, un jour, le maître.

On a remarqué dans les « comités de soutiens » aux lycéens fraudeurs des parents dont certains sont depuis des décennies des professionnels de la gestion des bureaux de vote. Ces magiciens  font grimper les taux de participation de 15 à 70 voire 90 % en fin de journée dans les zones rurales ou périurbaines ; c’est-à-dire dans des lieux et au moment où les centres de vote enregistrent les affluences les plus insignifiantes. On peut supposer que ces bricoleurs des urnes ont parlé devant leurs enfants pour revendiquer leurs exploits et, dans certains cas, les préparer à prendre la relève. La triche au baccalauréat n’est qu’un exercice d’application de la pratique parentale. Il est du reste opportun de signaler, à ce sujet, que depuis l’indépendance la justice n’a jamais donné suite aux plaintes déposées contre ces prestidigitateurs des foires électorales malgré un code pénal particulièrement sévère en la matière.

On peut concéder à M. Sellal une certaine «  bonne foi » dans l’intrusion qu’il s’est permis pour rassurer ces jeunes pousses du système. Que vaut, en effet, le délit d’un copiage au baccalauréat face à un gouvernement qui compte au minimum six ministres présentement clients de la justice ou publiquement identifiés comme des escrocs patentés ?

 

Au début des années 60, la leçon magistrale délivrée en début d’année par une éminence nationale ou étrangère, à l’université d’Alger n’avait rien à envier aux cérémonies des rentrées des autres grandes cités de la science du bassin méditerranéen. Au début des années 70, la faculté de médecine d’Alger défendait encore pied à pied la qualité de son enseignement et de sa recherche face aux autres grandes écoles de son domaine.  Il n’y a pas si longtemps, l’école polytechnique d’Alger se voyait reconnaître l’équivalence de ses diplômes par la plupart des grandes institutions européennes du même secteur.

Plus aucun établissement d’enseignement algérien ne peut prétendre faire valoir son statut dans la communauté scientifique internationale.

Pour parvenir à une bonne formation, il faut des pouvoirs publics éclairés, des enseignants qualifiés et des élèves motivés. Il y a longtemps que les responsables politiques ont livré l’école au charlatanisme, la grande masse du corps des enseignants a perdu ses repères et sa foi sous la double contrainte de la paupérisation et de l’embrigadement, les élèves, désorientés par la chute abyssale du niveau scolaire et un environnement social clochardisé, s’adaptent à un milieu  régenté par l’abus et le favoritisme et encourageant la rapine.

Le mal est profond et ses origines complexes. Il faut un certain niveau politique et des qualités humaines introuvables chez un putschiste pour avoir le souci de la durée et être pénétré de l’importance des perspectives historiques. Il n’était pas possible de faire admettre à un pouvoir qui s’est imposé par un coup de force, dès le premier de l’indépendance, que son abus allait mécaniquement le conduire au bourrage des urnes pour survivre. Il n’y avait pas plus de chance d’être entendu par les acteurs du règne de l’imposture quand des hommes comme Ferhat Abbas avertissaient que  ces outrances, trouvant écho dans les institutions – la justice notamment -, mèneraient inévitablement à la délinquance, subie dans un premier temps, tolérée par la suite avant d’être codifiée. Nous y sommes.

Il y a quelques années les Algériens déploraient le fait que les dirigeants protégeaient leurs enfants d’un système éducatif  qu’ils avaient concocté pour le peuple en les faisant scolariser à l’étranger. La reproduction du régime se faisait par une endogamie où la génération précédente s’apprêtait à passer les clés de la maison Algérie à sa descendance directe. De régression en prédation c’est tout le système qui est construit autour du déni de droit. Du coup, l’éducation nationale se voit invitée à s’accommoder de la délinquance en attendant, et cela ne saurait tarder, de recevoir le mandat de produire le citoyen délinquant. Le plus grave est que ces forfaitures ne choquent plus.

Le FLN aura été jusqu’au bout de sa logique.


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