DzActiviste.info Publié le jeu 5 Juin 2014

Tunisie. L’offensive des nostalgiques

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jeudi 5 juin 2014

 

Les scores des « scrutins » présidentiels issus de contre-révolutions se suivent et se ressemblent au Proche-Orient et en Afrique du Nord. Comparés aux 88,7% de Bachar al Assad, chiffre tombé mercredi soir, et aux 96,9% d’al Sissi, les 81,5% de Bouteflika en paraitraient presque décents. En Tunisie, l’étau se resserre contre une démocratie balbutiante à l’aune des machines arrières régionales : galvanisée, la nostalgie gagne du terrain, forte de son bras politique et de ses relais médiatiques.

L’offensive des nostalgiques

« C’est la fin des rats ! Vivement la même chose en Tunisie ! », peut-on lire ici et là sur des tweets de plus en plus décomplexés, réagissant au plébiscite de Bachar al Assad ou encore à celui du général al Sissi, que l’éditorialiste ex membre du bureau exécutif du SNJT Zied al Hani appelle « le sauveur de l’Egypte ». Le 3 juin, à Tunis, quelques dizaines de nationalistes, non syriens pour la plupart, ont manifesté leur soutien au régime al Assad en organisant un vote symbolique, Avenue Habib Bourguiba, sous la supervision de l’avocat panarabiste Béchir Essid. Anecdotique, l’opération n’en reste pas moins un affront à l’Avenue symbole du déclenchement des révolutions arabes. Quelque peu surréaliste, l’« élection » d’al Assad, 150 000 morts plus tard, appelle un humour noir, à l’image de celui du chroniqueur Nadim Katiche.   L’euphorie de Nidaa Tounes Pionniers dans les félicitations officielles, les autocrates se signalent par leur promptitude à manifester leur satisfaction. Sans surprise, c’est l’Arabie Saoudite qui la première a félicité le nouvel homme fort du Caire. En Tunisie Nidaa Tounes est le premier parti politique à se fendre d’un communiqué signé par Béji Caïd Essebsi. « Drôle d’alliance géopolitique entre les fondamentalistes saoudiens et les prétendus sécularistes tunisiens », note le politologue Vincent Geisser. Ainsi Essebsi a-t-il pris l’initiative de congratuler al Sissi « pour la confiance que lui a accordée le peuple égyptien », lui souhaitant que « le succès de ces élections soit un nouveau départ de l’Egypte vers le progrès et le développement » (sic). Un langage d’une autre époque, qui s’adresse à « son excellence le président » bien avant l’officialisation d’al Sissi dans ses nouvelles fonctions. Le bientôt nonagénaire enfonce le clou dans la même soirée en consacrant un deuxième communiqué, plus personnel, pour louer des « élections internationalement reconnues comme libres et transparentes », alors même que les missions d’observations ainsi que la plupart des médias sérieux dénoncent le climat dans lequel se sont déroulées des élections post répression, non conformes aux standards internationaux. Notons que même le Front Populaire, qui compte dans ses rangs quelques partis ultra nationalistes, n’a pas osé commenter les deux derniers simulacres d’élections syriennes et égyptiennes.   Les colonnes de la presse dite « mauve » Quelques tabloïds se distinguent particulièrement depuis plusieurs mois via de gros titres ouvertement révisionnistes des révolutions arabes. Parmi eux, le quotidien Achourouk qui titrait dans son numéro du 4 juin « Le peuple syrien a vaincu le terrorisme par le vote », évoquant une « marée humaine » au service de « la modernité » et d’un « leader exemplaire »… Un conte de fée qui ne résiste pas à un examen sommaire des faits. Fort de ce momentum, Nidaa Tounes, lui-même en tête des sondages, entend profiter de cet état de grâce régional et imposer ses vues sur le dialogue national qui se penche depuis plusieurs jours sur la question de l’ordre des législatives et des présidentielles. Essebsi propose en effet désormais un « compromis » consistant en une concomitance du second tour des présidentielles et des législatives, avec comme ambition de rafler la mise en remportant un doublé… Enjeu et survivance du Printemps arabe, la démocratie tunisienne n’est pas dépourvue de soutiens régionaux, comme l’a montré l’audacieuse récente ballade du roi Mohamed VI dans les rues de Tunis, un geste riche en significations. Les dés sont déjà jetés à en croire les journaux pro destouriens. Si l’on se fie à l’histoire tunisienne récente, véritable scénario à rebondissements, rien n’est moins sûr.   Seif Soudani

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