DzActiviste.info Publié le ven 26 Juil 2013

Tunisie: Qui a tué Mohamed Brahmi?

Partager
   
Par Dominique Lagarde
La faiblesse de l’Etat explique la facilité avec laquelle les groupes les plus extrémistes peuvent recruter et assassiner des personnalités comme Mohamed Brahmi ou Chokri Belaïd.
Reuters/Anis Mili
Comme celui, il y a six mois, de Chokri Belaïd, l’assassinat, jeudi 25 juillet, le jour de la fête de la République, du député de gauche Mohamed Brahmi laisse les Tunisiens sous le choc. Une grève générale était observée ce vendredi dans tous le pays à l’appel de la centrale syndicale UGTT. 

>> Suivez en direct les événements de ce vendredi en Tunisie sur notre live
Comme pour l’exécution de Chokri Belaïd, les islamistes au pouvoir sont montrés du doigt. Eux démentent toute implication. S’ils n’ont pas commandité le crime ils se sont avérés incapables de gérer la transition démocratique espérée, laissant se développer un climat de tension dans un pays qui est toujours, près de deux ans après les élections d’octobre 2011, sans institutions. 
Des meurtriers à moto qui tirent à bout portant, en plein jour, sur leur victime alors que celle-ci quitte son domicile en voiture: le mode opératoire utilisé par les assassins de Mohamed Brahmi et par ceux de Chokri Belaïd est, à six mois d’intervalle, identique. Et les commanditaires sans doute les même. Le 24 juillet, Nourredine Bhiri, ministre conseiller du Premier ministre, avait affirmé qu’ils avaient été identifiés, sans toutefois révéler le nom des coupables. En avril déjà, les noms et les photos de cinq suspects avaient été publiés… mais aucun d’entre eux arrêtés. Nombre de Tunisiens s’étonnent de cette façon de faire: si les coupables sont effectivement connus, pourquoi ne sont-ils pas sous les verrous? Jeudi soir encore, quelques heures après l’assassinat de Mohamed Brahimi, un porte-parole du ministère de l’intérieur promettait sur une chaîne de télévision de « nouveaux éléments » sur les deux assassinats…
Les soupçons se concentrent sur le groupe djihadiste salafiste Ansar El Charia constitué autour d’un Tunisien de 43 ans, ancien combattant en Afghanistan et proche de la mouvance d’Al Qaida, Abou Ayad, de son vrai nom Seifallah Ben Hassine. Arrêté et condamné sous Ben Ali, il avait été libéré en janvier 2011 après la chute du dictateur. Il est notamment à l’origine de l’attaque de l’ambassade américaine le 14 septembre 2012. Selon l’International Crisis Group, Ansar El Charia, recruterait surtout parmi les jeunes des quartiers défavorisés. Il a largement profité du laxisme de la coalition dominée par le parti islamo-conservateur Ennahda pour s’implanter en investissant les mosquées et en faisant du caritatif. 
Faiblesse de l’Etat
« Le défi sécuritaire sera tenu, l’Etat tiendra et la période de transition s’achèvera à temps » clamait jeudi, après l’exécution du député d’opposition, le président tunisien Moncef Marzouki après avoir exprimé sa « profonde douleur ». C’est en réalité la faiblesse de l’Etat qui explique la facilité avec laquelle les groupes les plus extrémistes peuvent recruter et assassiner. Et cette faiblesse tient, largement, à la gestion de la période de transition ouverte il y a maintenant près de deux ans à la suite des élections d’octobre 2013. 
La responsabilité de ceux qui gouvernent aujourd’hui la Tunisie est là. Ils n’avaient aucun intérêt à ce que Mohamed Brahimi soit assassiné. Mais ils se sont avérés incapables, en deux ans, de remettre l’Etat en marche. Ils ont été légitimement élus en octobre 2011 avec un mandat clair: doter, avant le mois d’octobre 2012, le pays d’une constitution et créer les conditions permettant d’organiser des élections législatives et présidentielles. Or la Tunisie, près de deux ans plus tard, n’a toujours pas d’institutions, ni de code électoral, et personne ne sait quand pourront se tenir les élections. 
L’opposition demande que soit sifflée la fin de la partie
Y a-t-il eu, comme nombre d’opposants en sont convaincus, une stratégie d’Ennahda, qui aurait voulu prendre son temps afin de s’emparer de tous les rouages de l’Etat? Ce retard est-il seulement dû à l’incompétence et à l’irresponsabilité des nouveaux élus? Il alimente en tous cas le ras le bol de la société civile en même temps qu’il bloque toute reprise économique. L’opposition, unanime, demande aujourd’hui que soit sifflée la fin de la partie: dissolution de l’assemblée constituante, mise en place d’un comité d’experts pour terminer la constitution, organisation dans les meilleurs délais d’élections libres et transparentes. 


Nombre de lectures: 427 Views
Embed This