DzActiviste.info Publié le ven 21 Sep 2012

Un autre enlèvement s’est produit aujourd’hui à Béni Douala.

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Un agriculteur a été enlevé aujourd’hui, 21 septembre, à Béni Douala. Le sixième dans cette région et le soixante dixième dans la wilaya de Tizi Ouzou. Des enlèvements qui se sont- hormis l’assassinat d’un entrepreneur qui ne s’était pas laissé faire- terminés, pour la plupart, par le paiement de la rançon. Les pouvoirs publics ont, à chaque fois, failli et montré leur incapacité à lutter contre ce phénomène qui terrorise les habitants et fait fuir les opérateurs économiques investisseurs dans la région. J’avais, du temps où j’étais député de la nation, interpellé  tour à tour les ministres Zerhouni et Ould Kablia pour leur demander de mettre tous les moyens de l’Etat pour mettre fin à cette situation. Le premier ne m’a pas répondu, le second a “fait porter le chapeau” aux citoyens de la wilaya. Outré par une telle attitude, j’avais, pour dénoncer la réponse du commis de l’Etat, écrit un papier dans la presse. Force est de constater que nous en sommes aujourd’hui au même point.

Je propose à nouveau cette contribution aux lecteurs de ce blog.

Enlèvements de personnes en Kabylie : le ministre de l’intérieur se défausse sur les familles des victimes et les élus locaux.

 En avril 2010, j’ai adressé une correspondance à Yazid Zerhouni, alors ministre de l’intérieur, pour lui demander des explications sur l’absence de réaction de l’Etat face aux nombreux enlèvements de personnes, avec demandes de rançons, qui se sont produits en Kabylie. Ce ministre est parti sans qu’aucune réponse ne me soit parvenue. Au début du mois d’octobre dernier, je rends destinataire son successeur, Ould Kablia, d’un nouveau courrier. Nous venions de vivre le cinquante septième enlèvement. La réponse à cette deuxième interpellation est arrivée au bout de deux mois et demi. Déception, elle n’apporte aucune argumentation qui puisse me faire changer d’opinion et m’amener à croire à une possible volonté des pouvoirs publics d’apporter des clarifications sur les enlèvements commis dans notre région.

Après un silence de dix mois, le ministre de l’intérieur en poste me fait savoir que l’Etat algérien garantit la sécurité des biens et des personnes dans tout le pays, y compris en Kabylie. Me voilà rassuré et je ne peux que le remercier de m’apprendre, des fois que le doute m’en prit, que l’Etat a le souci du bien-être des citoyens ; encore que, de ce point de vue, il y a beaucoup à dire, notamment en matière de lutte contre le terrorisme.

Il est vrai que les barricades érigées autour des commissariats de police et des brigades de gendarmerie sont impressionnantes et qu’elles constituent d’excellentes protections derrière lesquels les services de sécurité s’y enferment, la nuit venue. Le peuple est rassuré, les forces de l’ordre sont…en sécurité dans leurs bunkers. Une atmosphère d’état de siège, accentuée par les nombreux barrages qui jalonnent nos axes routiers et créent d’abominables embouteillages; une punition infligée à des automobilistes qui passent des heures interminables sur des routes dépourvues d’aires de repos et où il n’est même pas possible de satisfaire un besoin pressant. Chacun comprendra que le bien-être du citoyen est total.

Non, monsieur le ministre, vos administrés ne se sentent pas protégés. Ils subissent cette situation comme une violence et vivent dans un sentiment permanent d’insécurité, pour certains dans un climat de terreur. Vous le constaterez aisément si vous daignez seulement porter votre regard sur les immeubles de nos villes. Des immeubles rendus affreux par des fenêtres et des balcons barreaudées, jusque dans les étages les plus élevés. Ceci est particulièrement vrai pour notre région, la Kabylie, où de nombreuses contrées sont, à partir d’une certaine heure de la nuit, des zones de non droit. Les endroits où sont précisément perpétrés les enlèvements.

Vous dites que le terrorisme sévit particulièrement en Kabylie parce que le relief s’y prête. Est-ce, à vos yeux, une tare supplémentaire à mettre à l’actif de cette région ? Je vous rappelle que le terrorisme a été – dans ces belles montagnes boisées – combattu dès la première heure et avec détermination par les montagnards qui y vivent. Les premiers groupes de patriotes sont spontanément nés ici. Ils ont défendu leurs familles, leurs villages et ils ont vaincu. Une victoire qui a été transformée en défaite par la grâce de la politique de la réconciliation nationale imposée par le chef de l’Etat. Une porte en permanence ouverte à une repentance qui a donné de la vigueur au terrorisme et dopé sa férocité. Une politique qui a fait la promotion de la matrice idéologique de ce dernier (le terrorisme) et qui a réduit à néant l’engagement patriotique de tous ces algériens qui se sont dressés pour défendre l’Algérie.

Vous tirez la couverture de votre côté et vous reprochez aux familles des victimes de payer les rançons qui leur sont exigées et de ne pas collaborer avec les services de sécurité. « Le pouvoir est bon, c’est le peuple qui est mauvais… ». Une manœuvre, pour culpabiliser le citoyen, une ruse qui ne trompe plus personne ; dans tous les cas, un argument qui ne peut pas justifier l’inertie des pouvoirs publics.

Faut-il vous rappeler, monsieur le ministre, que quelque soit l’attitude adoptée par les familles des victimes, l’Etat est en droit et a le devoir – comme le commande le code de procédure pénal – de s’autosaisir de l’affaire ? Le parquet est ainsi dans l’obligation, dès que les services de sécurité l’ont en informée, de diligenter une enquête. Près de soixante dix enlèvements ont été commis, à ce jour. Combien d’instructions ont été ouvertes? Quelles conclusions ont été rendues et quelles suites leur ont été réservées ? C’est le rôle du ministère public, une attribution de l’Etat et votre devoir… celui de veiller au bon déroulement de cette procédure. A moins que l’Etat n’ait pas été mis au courant par ses propres démembrements, les services de police ou de gendarmerie. La faute serait à qui, dans ce cas ? Vous n’êtes pas sans savoir que, dès qu’un enlèvement est perpétré, la nouvelle fait le tour de la région comme une trainée de poudre et que la presse s’en fait immédiatement l’écho. N’est pas informé celui qui ne le veut pas. Non, l’argument de la collaboration ne tient pas.

Quoiqu’il en soit, les familles des victimes sont unanimes pour dire que ni vos services, ni la justice ne se sont préoccupés de leurs cas. L’Etat algérien les a abandonnées à leur détresse et livrés à des ravisseurs déterminés à aller jusqu’au bout de leurs objectifs. Ces citoyens ont du négocier, seuls, la libération de leurs parents enlevés. Vous n’avez pas le droit, aujourd’hui, de rejeter sur eux la responsabilité de l’incurie des pouvoirs publics.

Après avoir accusé les victimes des enlèvements, vous vous en prenez aux élus locaux. Dans votre critique transparait une volonté de régler des comptes avec les élus de l’opposition démocratique, en particulier ceux du RCD. Vous voulez brocarder le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie d’abord parce qu’il détient la majorité des communes de la wilaya de Tizi Ouzou et celle (la majorité) de l’APW, une pilule qui n’est pas passée ; ensuite, parce que ce parti pose avec pertinence les vrais problèmes auxquels est confronté notre pays, vous souhaitez le gommer du paysage politique national ; enfin, parce qu’il est la mauvaise conscience du régime auquel vous appartenez, vous ne ratez aucune occasion pour orchestrer une tentative de lynchage.

Les élus locaux de notre wilaya remplissent quotidiennement et avec honneur leur mission, comme ils ont le souci de mener à bien leur devoir de citoyen. Ils n’ont pas eu de cesse d’interpeller les pouvoirs publics sur le climat d’insécurité qui règne dans la région. L’Etat est resté indifférent. Je vous rappelle que l’APW de Tizi Ouzou a organisé une session extraordinaire sur l’insécurité dans la wilaya. C’était en juillet 2008, juste après les premiers enlèvements de personnes. Les pouvoirs publics avaient été, à cette occasion, mis devant leur responsabilité ; en décembre 2010, le président de l’APW vous a, ensuite, personnellement adressé une correspondance à ce sujet. Aucune réaction de votre part ne lui est, à ce jour, parvenue.

Les élus locaux se sont largement impliqués dans cette affaire d’insécurité, ils sont dans leur rôle. Affirmer qu’ils ont failli à leur mission est injuste et participe assurément d’une rancune tenace. Par ce subterfuge, vous voulez, sans doute, vous départir de votre responsabilité et vous défausser sur un hypothétique pouvoir d’action des élus locaux que vous avez, au demeurant, dépouillés, au profit de l’administration, de toutes les prérogatives qui leur sont dues. En particulier celle qui leur confère le statut d’officier de police judiciaire et qui leur permet de requérir, en cas de besoin, les services de sécurité. Une mission importante qui a été « mise au placard » depuis la promulgation du décret exécutif de février 1992 instaurant l’état d’urgence dans notre pays. Une mesure qui libère les services de police et de gendarmerie de la tutelle de la loi, une mesure qui fait de vous et du pouvoir auquel vous appartenez, non pas des « adeptes de la force de la loi mais des partisans de la loi de la force ».

Monsieur le ministre, vous vous êtes, votre prédécesseur et vous-même, emmurés durant dix mois dans un silence qui en dit long sur votre embarras concernant les enlèvements de personnes commis en Kabylie. Une activité lucrative, vous le reconnaissez dans votre réponse, qui ne s’est pas tarie puisque deux autres kidnappings viennent de s’y produire. Votre embarras est l’aveu de l’indifférence des pouvoirs publics au malheur qui a frappé toutes ces familles. Un désintérêt coupable, condamnable parce que si vous n’avez pas, dans vos missions (celles de l’Etat), l’obligation du résultat, vous avez celle (l’obligation) de l’action. En l’occurrence, l’Etat que vous représentez n’a pas agi.

Si vous aviez manifesté la volonté de lutter fermement contre ce fléau – qui a aujourd’hui dévitalisé notre région – les citoyens natifs d’ici et les opérateurs économiques, qui en sont généralement les victimes, l’auraient su. Les uns et les autres ont perdu confiance et ne croient plus à votre capacité à les protéger.

Aujourd’hui, et après avoir pris connaissance de votre réponse, le citoyen et élu de la nation, que je suis, constate que vous n’êtes toujours pas déterminé à agir pour éradiquer ce phénomène. Je doute de votre volonté et de celle de l’Etat à assurer la sécurité des biens et des personnes, une disposition pourtant contenue dans la Constitution (article 24). Je doute aussi de votre désir de faire appliquer et respecter la loi quand vous foulez au pied, vous et votre gouvernement, la loi fondamentale de notre pays et que vous ignorez son article 134 qui vous oblige à répondre dans un délai de 30 jours à toute interpellation écrite d’un élu de la nation. Mais « la loi n’est pas un problème » a, publiquement, affirmé votre prédécesseur à ce portefeuille ministériel.

Vous exhibez la force de la loi quand vous pensez que la menace pèse sur votre pouvoir. L’Algérie toute entière a eu à l’apprécier quand, sous prétexte d’assurer la sécurité des citoyens, il a fallu mettre Alger sous état de siège et réprimer une marche pacifique. C’était le 22 janvier dernier et c’était le RCD qui avait appelé à manifester.

Vous avez récemment déclaré que « L’Etat doit être fort mais juste ». Un principe généreux et qui a du sens dans un Etat de droit mais, compte tenu des circonstances, ce propos apparaît comme une grossière mystification. Il ne peut y avoir de justice quand, pour cause d’état d’urgence, vous bâillonnez tout un peuple durant 19 années. Quant à la force de l’état, les citoyens la subissent depuis un demi-siècle, depuis que vous avez confisqué l’indépendance de notre pays. Vous allez, sans doute, la faire valoir à nouveau le 12 février prochain quand, pour demander votre départ, le peuple algérien viendra marcher dans la capitale.

Une contribution qui a été publié dans le quotidien national Liberté en date du 06 février 2011


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